La police d'Halifax entoure la dernière cabane, mercredi après-midi, à l'extérieur de l'ancienne bibliothèque de Spring Garden Road, afin de retenir les protestataires.  
La police d'Halifax entoure la dernière cabane, mercredi après-midi, à l'extérieur de l'ancienne bibliothèque de Spring Garden Road, afin de retenir les protestataires.  

Jetés hors de Peace and Friendship

Thibault Jacquot-Paratte
Le matin,la police s’en est venueon était beau dehorsla rente était due

On était dans des tentes

il nous restait au moins ça

on n’était pas sur le trottoir

mais c’était une perspective inquiétante

de n’avoir plus aucun toit

d’être sans abris, sans espoir.


La police de Halifax,

elle nous a donné des amendes

300$ à payer, pour camper illégalement

quand ce n’était pas de plaisir,

mais de survie, ce campement 

nous étions réfugiés, sans fuir notre patrie

les armes contre nous étaient les hausses des prix

nous n’avions plus d’emploi, et les loyers sans mesures

avaient doublé ou triplé sans augure.


Nous, qui n’avions pas

de famille comme une bouée de sauvetage

d’amis si proches dans les parages 

qu’un canapé nous aurions pu supplier...

Nous, qui ne savions où aller,

étions dans les parcs de la ville.


Au Peace and Friendship,

près d’où arrivent les bateaux de croisière

ou du côté du Waegwaltik

où y a les beaux yacht-clubs

ou devant l’ancienne bibliothèque,

en plein centre-ville.


Là, des charités avaient placé des abris

des shacks de plywood isolés contre le froid.

Les amis qui y survivaient depuis de rudes mois

et nous itou, on a reçu il y a deux jours des avis

ils venaient de la mairie, et aboyaient “Quittez les lieux!”

Pour aller où? Dieu seul sait!

Nous étions là, non pas heureux

mais car nous n’avions pas d’autre solution

et personne ne nous en proposait!

Si la ville n’aimait pas notre solution,

au moins qu’ils nous donnent une autre option!


Si les loyers étaient restés gelés

depuis plus de cinq ans qu’on nous parle de crise d’habitation

si les immeubles vides, qui sont nombreux

étaient transformés en hébergement...

Ou si l’infameux Shannon Park devenait

un lieu de logement abordable

à la place de permettre aux conseillers municipaux

de fantasmer sur un stade de football...


Le matin, après deux jours d’angoisse,

la police est venue nous dire de décamper

les nôtres les plus désespérés,

ils ont été arrêtés

le reste, où allons-nous?

Dans des boîtes en carton sur la Spring Garden?


La ville dit avoir “essayé de travailler avec nous”

on aimerait bien du travail, mais il se trouve où?

La ville nous a dit de partir, sans alternative à notre misère

(même pas une différente misère aussi noire)

pas de chômage, pas d’aide à l’embauche, pas de dortoir

« travailler avec nous », c’est sa façon de dire

qu’elle n’assume pas ses actes.


Que Halifax admette « On n’aime pas voir des bums »

La ville aurait pu garder le nom « Cornwallis »

si c’était pour commencer de remover le monde de ce parc

qui asteur s’appelle Peace and Friendship.

De beaux mots, du langage diplomatique

Que Halifax admette que la ville n’en a rien à faire

de régler des problèmes sociaux,

de traiter le monde avec dignité

que Halifax admette que les actions de la ville

disent : « Quand t’es down, on va t’kicker down ».


Le matin du 18 août, 

la police d’Halifax nous a jetés hors

du Peace and Friendship,

pour ensuite vider les autres parcs

de tout le « monde indésirable »

qui pendant une pandémie de lockdowns

de manque d’ouvrage, de factures à payer

a coulé

et s’est retrouvés avec

une tente, et un sac à dos, sur une pelouse publique

sans douche, sans eau, sans chauffage, sans lessive, sans toilettes

et on leur a pris tout ça

en leur criant dans les oreilles: 

Va être homeless ailleurs!