Mélodie Jacquot-Paratte.
Mélodie Jacquot-Paratte.

Sluice : si Blink-182 avait été des Sk8terBoi de Par-en-Bas

C’est vendredi soir, tu es chez tes parents, devant une étagère remplie de DVD. En voulant regarder quelque chose qui ne requière pas de puissance cérébrale, tu te fais plaisir en choisissant une nostalgie relativement récente : American Pie (1999).

Entre le buzz du frigidaire de 1987, le crunch du pop-corn dans ta bouche et le statique sur l’écran, tu entends dans la bande sonore (qui a atteint la position #50 sur le classement Billboard200) « Mutt » de Blink-182. 


L’énergie de cette chanson te dynamise, te sortant d’un demi-coma sur le sofa en ce début de fin de semaine. 


Cela, c’est le pouvoir du power-pop ou du pop-rock, quasi omniprésent entre 1990 et 2010, ayant son âge d’or durant la première décennie du 21e siècle.


Ce qui manque à cette scène est la présence d’un artiste acadien qui puisse rivaliser ce que Blink-182 a pu donner au genre, avec son album « Enema of the State », qui offrait au pop-punk une place au centre des tendances populaires – enfin, c’est ce qui manquait, jusqu’en 2021.


En avril 2021 est sorti un album intitulé « Le succès par le travail » d’un groupe inconnu nommé Sluice (prononcé comme Juice). Un projet de l’artiste Trevor Murphy, connu entre autres avec son groupe Quiet Parade, qui souhaitait faire vivre son français et son Acadie à travers sa musique.


Lancer un album dans un style déchu, même vu comme du « rock de papa », c’est un gros risque, mais l’album de Sluice apparaît seulement quelques mois après l’immense succès de l’album concept « Tickets to my downfall » par Machine Gun Kelly, en collaboration avec Travis Barker (le batteur de Blink-182).


Les comparaisons entre ces deux groupes sont évidentes au niveau du style puisqu’ils viennent du même univers sonore. Allant plus loin, les thèmes abordés se rejoignent. Beaucoup de questionnements sont similaires. Par exemple, le ridicule de l’âge, de la jeunesse – ou l’expression de ces sentiments, qu’on remarque dans les morceaux « Le ruisseau » de Sluice et « What’s my age again? » de Blink-182. Un autre thème commun, le premier amour, est notamment présent avec les chansons « First date » de Blink-182 et « Première Drogue » de Sluice.


Un lien externe à la musique que l’on retrouve chez ces groupes, c’est le renoncement de la peur du différent. Blink-182 s’est imposé dans la scène du début des années 2000 en utilisant le ridicule en sa faveur et Sluice canalise cette même énergie pour livrer son message profond : la barrière langagière existante (entre accents, bilinguisme, vocabulaire et accessibilité à la scène canadienne musicale avec une francophonie hors-norme). 


En contrepartie du côté pop, les thèmes punks de rébellion et de destruction de barrières sont véritablement présents.


Le génie de l’album de Sluice, est d’aborder une époque spécifique et de raconter une jeunesse à Par-en-Bas, à travers un style populaire vécu par cette jeunesse en question. C’est un hommage offert à travers la musique de groupes tels Blink-182, Greenday ou d’Avril Lavigne, qui jouait à la radio ou sur un lecteur de CD portable. 


L’album peint un tableau qui rassemble le visuel et l’auditif, en offrant à ceux qui l’écoutent un voyage à travers le temps.


Passer de l’époque de American Pie à celle de la Rappie Pie, c’est ce que nous promet cette réouverture du passé vers un futur d’inclusion et de fusion francophone.


« Sous l’abri de nos ancêtres

On entend un futur fort

Des éloizes qui courent dans 

nos veines

Comme le diable dans notre corps » 

– Électrique, Sluice (2021).