CHARLES ET MONIQUE : Si June Carter & Johnny Cash auraient chanté en acadjonne

Mélodie Jacquot-Paratte.
Mélodie Jacquot-Paratte.
Cette chronique s’aventure dans un monde dangereux : celui de la comparaison d’un duo, au mythique couple qu’étaient June et Johnny. Cette comparaison est un compliment, mais aussi une base pour savoir dans quel type d’univers musical nous partons.

Ne vous en faites pas — entre le country plus classique, le rockabilly ou le bluegrass et l’alternatif, il sera facile de voir comment ces deux duos sortent de la même dynamique auditive. 


Voyageons premièrement jusqu’en 1967 afin de retrouver un album très spécifique « Carryin’ On With Johnny Cash & June Carter ». Il représente beaucoup de choses, mais notre intérêt mise sur l’alliance entre ces deux grands noms de la scène country de l’époque. Évidemment, tous deux ont sorti une pléthore de singles et d’albums chacun de leur côté avant et après ce disque, mais c’est justement ce qui enrichit cet enregistrement : regrouper pour toute sa durée les harmonies de June et de Johnny.


Revenons à notre époque, plus exactement le 26 novembre 2014. Sur YouTube paraît la vidéo « Joline - version acadienne » par le duo Charles et Monique (composé de Charles Robichaud à la guitare et Monique Comeau à la voix). Reprendre la chanson la plus iconique de Dolly Parton, chanson qui a su voyager à travers les générations et est aujourd’hui vue comme un classique incontournable — c’est osé. 


Mais le risque en vaut la chandelle, donnant à ce duo une grande visibilité, aujourd’hui cette vidéo dépasse les 70 000 vues. Après plusieurs péripéties, Charles et Monique sortirent finalement, un EP éponyme en juin 2021. C’est dans ce EP que nous retrouvons des similarités à « Carryin’ On ». 


Dans ces deux albums, nous retrouvons un grand montant d’humour et d’autodérision ; passant des classiques de Johnny et de June « Jackson » et « Long-Legged Guitar Pickin’ Man », à « Folle comme ça » de Charles et Monique ; tous parlant d’une relation relativement malsaine dont personne ne veut réellement se séparer. La mélancolie se retrouve dans la triste réalité de « It ain’t me babe » de June et Johnny, mais aussi dans l’histoire racontée dans « Avec les highs avec les lows ». 


On remarque instantanément que la dernière chanson du EP — l’hilarante « Seafest Beauty Queen » — est d’un style différent, mais il ne faut pas oublier que June et Johnny ont changé plusieurs fois de styles. Dans l’album « Carryin’ On », on retrouve l’extra-terrestre « Fast Boat to Sydney », qui est beaucoup plus relaxe et d’un style inspiré par Hawaï (autant la slide-guitare que le rythme des tambours) comparée à « Jackson », par exemple. 


L’important est la cohésion entre les chansons et leur cohabitation sur un album, et c’est ce qu’on retrouve dans les deux albums. Il faut noter la grande différence entre ces groupes : June & Johnny faisaient des duos, mais quant à Charles et Monique, la voix est exclusivement celle de Monique.  


Avoir une voix féminine à l’avant, dans un groupe francophone néo-écossais, c’est rare. Cela n’enlève aucune légitimité aux autres artistes, mais il est fondamental de le souligner. 


De plus, c’est ce que Johnny et June ont donné au monde du country : une visibilité du masculin et du féminin sur scène, gardant chacun son identité propre. Ils n’étaient pas les premiers, mais ont tout de même réussi à pousser beaucoup de barrières musicales et sociales. 


Toute action a une réaction, celle de Charles et Monique est de donner à leur alt-country-folk-pop une voix acadienne féminine définie, accompagnée d’un musicien expert et des arrangements entraînants. 


June Carter, mais surtout Johnny Cash, était bien connue de prôner fièrement leur héritage de l’« Americana » du sud des États-Unis. Entre un historique douteux et raciste, mais aussi un esprit rebelle, ou encore une ruralité désertique, ils ont prescrit le beau et le mal dans leur longue carrière d’auteur-compositeur-interprète.


Dans la musique de Charles et Monique, on trouve une fierté claire de leur héritage acadien de la Baie Sainte-Marie, à travers des textes, mais surtout, dans leur univers entièrement écrit en acadjonne (français acadien du sud-ouest de la N.-É.), et bercé par la mer qui les entoure. D’une ruralité ou d’une identité à une autre, on finit par se retrouver chez soi. 


« Savais tu que les temps avons changé

La vie est waillement compliqué

Tout ce qu’on peux fare c’est essayer

Ça vaut poin much ma c’est mieux que rionne »


« La mar à boire » par Charles et Monique