Flora Sandrine Sephora Agnanki lou Kissi

Mystère surréel

On avait pourtant la solution de l’énigme. C’était sous nos yeux. C’était une lapalissade. La meilleure des cachettes est généralement la plus évidente. La première de couverture de la nouvelle Double Assassinat dans la Rue Morgue, écrite par Edgar Allan Poe, publiée aux éditions Le Livre de Poche, nous paraît d’une simplicité désarmante.

     Ce récit, paru en 1841, dans le Graham’s Magazine, a ensuite été traduit par Charles Baudelaire quinze ans plus tard – en 1856 dans le Recueil Histoires Extraordinaires. Que de mystères, d’intrigues et d’improbabilités nous retrouvons dans ce livre! Les premières minutes de lecture nous portent à nous questionner sur le genre même de l’œuvre. Est-ce un texte psychanalytique? Est-ce une introspection? Est-ce un texte philosophique? Bien de choses que nous pourrions inventer. Il ne s’agit là que d’une entrée en matière, d’une analyse de l’état d’esprit d’un analyste. Un enquêteur doit s’immiscer dans l’esprit du sinistre, c’est- à-dire inspecter minutieusement la scène du crime. Ensuite, se mettre à la place de la victime ou même penser comme le criminel afin de ne pas s’écarter des pistes qui lui permettront d’élucider l’affaire. L’intelligence, l’habileté, l’attention et l’intuition sont ses qualités, car « observer distinctement, c’est se rappeler fidèlement » (p. 23). C’est dans cette lancée qu’un sinistre hors du commun suscitera l’expertise du chevalier Dupin dans cette œuvre révolutionnaire.

   C’était un matin vers trois heures, des hurlements en provenance du quatrième étage d’une bâtisse de la rue Morgue alertent tous les habitants du quartier Saint-Roch. C’est la demeure de madame l’Espanaye qui inquiète ses voisins. Plusieurs se précipitent sur les lieux afin de découvrir l’origine de ces cris. Mais un spectacle très lugubre et tragique les attend dès qu’ils réussissent à pénétrer dans ces appartements.

     Verrouillé depuis l’intérieur, le logis est devenu une scène de crime. Le cadavre de madame l’Espanaye est étendu sur le sol avec la tête détachée du tronc et de nombreuses excoriations. On pourrait penser à une strangulation. Camille, sa fille est enfoncée sans vie dans la cheminée. Son sang fait penser à un liquide inflammable qui humidifie le foyer. Il faut cinq hommes robustes pour la libérer de ce sarcophage. Il règne dans la maison un désordre notoire. On aperçoit une lame de rasoir qui a sûrement servi pour cet affreux crime. Aussi, une touffe de cheveux grise arrachée avec tellement de férocité que la peau du crâne y est visible. Tant d’horreurs, mais aucun suspect, ni de criminel en vue. Les fenêtres étaient fermées et personne n’avait vu entrer, ni sortir, depuis les dernières heures. Une affaire si singulière et surréaliste qu’elle met la police en déroute. C’est ainsi que Monsieur Dupin prend les rênes et enquête de son côté. Il réussit à percevoir les pièces manquantes du puzzle en commençant par imaginer comment l’individu aurait pénétré dans la maison, puis analyse le corps ainsi que les autres indices, et ce, avant de se rendre compte que le coupable pourrait être un animal. C’est dans cette optique qu’il émet l’hypothèse d’un orang-outang. À la grande surprise du lecteur, les hypothèses du chevalier Dupin s’avèrent justes.

     Dans cette nouvelle, Edgar Allan Poe a inventé un genre, le roman policier classique. Il accentue les traits et les qualités d’enquêteur de Dupin. Il nous amène à réfléchir et à nous faire imaginer un potentiel coupable. Nous voyageons jusqu’à la rue Morgue. L’intrigue et le suspens de l’histoire conduisent à une résolution des plus improbables! Personne n’aurait jamais pensé à cela, mais c’est lui! La solution en première de couverture : l’orang-outang. Nous devrons faire plus attention aux détails, car rien, dans un récit policier, n’arrive par hasard.