En juin dernier, la Cour suprême du Canada donnait gain de cause aux parents francophones de la Colombie-Britannique.
En juin dernier, la Cour suprême du Canada donnait gain de cause aux parents francophones de la Colombie-Britannique.

Nos droits en temps de pandémie

Réjean Grenier
Francopresse
OTTAWA : Deux pas en avant, un en arrière. Voilà souvent la trajectoire du combat continuel des Canadiens francophones pour leurs droits. C’est un peu ce qui semble se passer depuis le début de la pandémie. Depuis quelques années, nous avons gagné quelques batailles en éducation en Ontario et en Colombie-Britannique, mais depuis la pandémie de COVID-19 nous subissons des revers en Ontario et en Alberta.

 Je dis « depuis la pandémie » parce que les gouvernements qui annulent des droits utilisent cette excuse, mais nous savons très bien que si ce n’était pas la COVID-19, ils inventeraient d’autres excuses pour masquer leur mesquinerie. Comme ils le font depuis 1867. 


D’abord, les gains


Le plus important est certainement le jugement de la Cour Suprême du Canada qui, en juin dernier, donnait raison aux parents de la Colombie-Britannique qui se battaient depuis 10 ans pour obtenir des écoles équivalentes à celles des anglophones. Le plus haut tribunal du pays a statué que la province ne peut utiliser des raisons financières pour justifier un financement inadéquat. Jugement important puisqu’il s’applique à tout le pays. 


Les Franco-Ontariens ont aussi obtenu un demi-gain, il y a un peu plus d’un an, quand leur gouvernement a finalement accepté – suite à une mobilisation de la communauté et des pressions du fédéral – de créer une université de langue française en Ontario. Ce n’est vraiment pas l’université franco-ontarienne panprovinciale que nous voulions, c’est plutôt une grenouille qui se prend pour un bœuf, mais c’est quand même un petit gain.


Maintenant, les pas en arrière  


Le plus important recul de nos droits c’est la décision du gouvernement Ford en Ontario de retirer l’offre des cours en ligne des conseils scolaires pour la remettre à la télévision éducative, TFO. Ce n’est pas banal alors qu’une récente politique du ministère de l’Éducation force les élèves du secondaire à suivre des cours obligatoires en ligne, pandémie ou pas. Cette décision viole le concept de gouvernance de notre éducation par et pour des francophones. 


Les gens de TFO sont du ben bon monde, mais ils n’ont pas été élus et ils ne nous sont pas redevables comme le sont nos conseillers scolaires. (Pour en savoir plus sur cette question, prière de lire l’éditorial du journal Le Voyageur du mercredi 19 aout.)


Le deuxième recul de nos droits en éducation c’est la décision de l’Université Laurentienne de Sudbury d’abolir 17 cours, dont 10 en français. Une proportion sans mesure quand ont sait que l’offre de cours en français dans cet établissement dit bilingue est bien en deçà du nombre de cours en anglais. 


Si je dis que c’est l’Ontario qui mène le palmarès des reculs, c’est uniquement parce que l’Université de l’Alberta n’a pas encore finalisé sa décision au sujet du Campus Saint-Jean. Parce que ça, ce serait bien pire. 


Dans un exercice de rentabilisation causée par les coupures du gouvernement de Jason Kenney, l’Université de l’Alberta étudie actuellement 9 scénarios d’assainissement de ses dépenses. Six de ces plans pourraient entrainer la fermeture du Campus Saint-Jean à Edmonton. Déjà on parle de couper 77 des 410 cours qui y sont offerts. Pourtant, le nombre d’étudiants y augmente régulièrement depuis quelques années. J’imagine que le campus n’offre pas assez de cours sur l’extraction du pétrole pour plaire à Kenney.


Quoi qu’il en soit, il est clair que la COVID a le dos large et que plusieurs autorités en profitent pour réduire nos acquis. Plusieurs de ces coupures enfreignent soit des ententes ou même des lois, sans parler de la Constitution. Nous pourrions donc porter tout ça devant les tribunaux. 


Ah, j’oubliais! Les tribunaux fonctionnent au ralenti, itou.


L’Université Laurentienne à Sudbury annonçait la semaine dernière la suspension des inscriptions dans 17 programmes dont une dizaine en français.