À voix haute

Des fois je me ferme les yeux le soir et je vois filer derrière mes paupières mon interface Instagram, avec photo après photo d’amis, d’étrangers, de produits à vendre. Pendant la conférence d’honneur du samedi matin dans le cadre du colloque Les médias francophones sous toutes leurs coutures : rôles, défis, occasions dans un environnement en changement du 4 au 6 octobre à l’Université Sainte-Anne à la Pointe-de-l’Église, Sylvain Lafrance nous dit : On voit de plus en plus de contenu, mais on se voit de moins en moins dedans.

      Il parle, bien sûr, du fait que nous sommes bombardés chaque jour de nouvelles, d’articles, de listes, de vidéos, de blogs, d’annonces, de photo, de reportages, de tweets -- et j’en passe. Est-ce qu’on se voit là-dedans, nous les Acadiens et les francophones du Canada? J’en doute très fort. C’est donc chanceux que nous aussi on a accès aux programmes et technologies qui permettent la création de ce contenu et l’épanouissement du contenu qui existe déjà. Je pense au magazine web Astheure, au site web du Courrier de la Nouvelle-Écosse, et à la nouvelle compagnie Télé-Louisiane, qui diffuse sur Facebook entre autres des courts-métrages à grande valeur de production et qui, selon sa description sur le site, se qualifie de « première plateforme multimédia dédiée aux langues et cultures de la Louisiane » (sic).

     M. Lafrance poursuit : Comment savoir que le contenu existe? Et moi je me demande : Comment savoir que nous on existe?

     C’est une question que je continue de me poser, comme jeune Acadienne bisexuelle qui habite dans un petit village anglophone et néo-écossais sur la côte Sud-Ouest du Cap Breton, et quineparlelefrançaisquequand je retourne visiter mon village natal de Chéticamp, ou quand je téléphone à mes parents. Mais ce n’est pas la seule chose qui m’a marquée de la conférence de M. Lafrance. En effet, la chose qui m’a frappée le plus s’est passée une fois que la conférence a été terminée et que la période de questions a commencé.

     Dans une période de questions d’une quinzaine de minutes, chaque personne qui a posé une question était un homme. Je ne sais pas pourquoi je m’en suis aperçu, mais voilà que je me suis dit que c’était intéressant, comme petit phénomène endigué. Et, parce que j’étais entourée de chercheurs universitaires à une conférence de recherches à mon alma mater, j’ai décidé dès la fin de la période de questions de mener ma propre enquête tout au long du colloque. L ’expérience allait se dérouler simplement : à chaque séance à laquelle j’assisterais, j’allais noter pendant la période de questions qui posait des questions ou faisait une intervention, et si c’était un homme ou une femme. Si une personne posait plusieurs questions à la fois, je n’en ai compté qu’une seule, mais si elle a posé une question, reçu la réponse, et a posé une autre question plus tard, je l’ai compté deux fois.

     Il y a, bien sûr, des problèmes avec cette enquête. Premièrement, ça ne tient pas compte des personnes non binaires qui auraient pu y assister, et c’était basé simplement sur mes suppositions de genre. Je n’ai pas non plus pu assister à chaque séance, et parce que je voulais garder mon enquête secrète, je n’ai pas demandé à des collègues de m’aider. Le forum vers la fin du colloque était moins officiel et avait davantage un esprit de partage, donc j’ai compté ces interventions-là séparément, et je partagerai ces résultats-là aussi. Finalement, il était difficile de compter chaque fois qu’une personne offrait un commentaire plutôt qu’une question, ce qui s’est passé assez souvent — surtout de la part des hommes — donc j’ai choisi de compter chaque intervention, pas seulement des questions.

     Sans la liste de participants, je n’ai aucune idée de la proportion de femmes par rapport aux hommes participants, mais quand même, les résultats étaient choquants : pendant les trois jours de colloque, sans le forum ouvert et seulement aux séances auxquelles j’ai pu assister, il y a eu 14 interventions de femmes — et 45 interventions de la part d’hommes. Au forum, dans un espace moins officiel de discussion, il y a eu au micro huit interventions de femmes et 13 interventions d’hommes devant tous les participants.

     Ce sont, d’après moi, des chiffres bouleversants. S’il y a une telle disparité dans un environnement de chercheurs universitaires experts dans leur domaine, qui ont des maîtrises et des doctorats et qui étaient présents pour partager leurs recherches et enquêtes, quelle est la disparité dans des salles de classe? Dans des assemblées législatives? Dans des réunions au travail?

     Qui parle? Qui ne parle pas? Que pouvez-vous faire pour encourager à s’exprimer à haute voix les femmes qui n’utilisent pas leur voix, et aux hommes qui utilisent leur voix peut-être un peu trop souvent à laisser la place aux autres? Lors du colloque, il y a quelqu’un qui m’a mentionné qu’il y avait très peu de personnes de la Nouvelle-Écosse qui faisaient des interventions — je n’ai pas pu calculer, mais je suis certaine qu’elle avait raison. Donc, je me suis demandé : quels accents entend-on le plus souvent? Est-ce que les seules personnes qui posent des questions sont blanches? Est-ce que les lieux de rencontres sont accessibles, physiquement ou financièrement? Qui est là? Qui n’y est pas? Pourquoi?

     Ce n’est pas à moi de découvrir les raisons pour cette disparité, et en effet, je suis certaine que la recherche existe déjà et qu’il y a eu des tas d’enquêtes semblables à la mienne entreprises par des gens qui connaissent bien mieux le sujet que moi. Mais je vous présente quand même mes résultats, et je vous demande, à tous ceux qui me lisent, d’observer la prochaine fois que vous vous trouvez dans une situation similaire. Si, comme Sylvain Lafrance le laisse entendre, on se voit de moins en moins représenté dans le contenu multimédia qu’on consomme, on devrait faire l’effort d’être représenté parmi nous, Acadiens et francophones du Canada. On peut se battre pour des changements systémiques et institutionnels, mais on peut aussi effectuer des changements à petite échelle, dans notre monde personnel.

Le tissu social de l’île du Cap-Breton-Unama’ki est en train de changer. De nouvelles entreprises innovatrices apparaissent dans l’île, la population d’étudiants internationaux augmente à une vitesse sans précédent, et les industries traditionnelles, comme celles des produits de la mer et le tourisme, connaissent une forte croissance. Il y a un sentiment d’optimisme dans l’air.

     L’île du Cap-Breton-Unama’ki accueille maintenant de nouveaux résidants, de nouveaux projets, et de nouvelles expériences, mais il en faut plus. L’île du Cap-Breton-Unama’ki mérite mieux. Notre population est en déclin, nos taux d’imposition sont plus élevés que dans d’autres régions du pays, nos jeunes continuent de s’exiler pour chercher un emploi, et il existe d’énormes obstacles pour les groupes sous-représentés qui les empêchent d’atteindre leurs objectifs.

     Pour surmonter ces défis, nous avons tous besoin de travailler ensemble.

     Le Partenariat du Cap-Breton est l’organisme de développement économique dirigé par le secteur privé de l’île du Cap-Breton-Unama’ki. Nous nous concentrons sur trois choses : promouvoir notre île comme le meilleur endroit où vivre et investir; développer une culture qui valorise et célèbre la créativité, l’innovation et l’entrepreneuriat; et relier les entrepreneurs et les entreprises aux ressources dont ils ont besoin pour réussir.

     Le 22 novembre 2019

     Son Excellence
     Édouard Philippe

     Premier ministre de la France Hôtel de Matignon
     57, rue de Varenne
     75700 Paris

     Monsieur le Premier ministre,

     La communauté universitaire et collégiale acadienne que nous représentons a été très peinée d’apprendre la nouvelle de la fermeture programmée du Consulat général de France dans les provinces de l’Atlantique en 2022.

     Ouvert à Moncton, au Nouveau-Brunswick en août 1964, le Consulat représentait la présence solennelle de la France en Acadie et concrétisait un partenariat de peuple à peuple souhaité par le général de Gaulle et appuyé ensuite, sans relâche, par ses successeurs à la Présidence de la République française.

Je ne peux pas résister à l’envie de féliciter les personnes qui ont pris l’initiative de demander l’installation de panneaux de signalisation en français dans la région de Clare.

     Ces gens perçoivent sans doute le peu de visibilité du français à l’extérieur, dans les lieux publics, les salles communautaires et les commerces dans une région à prédominance acadienne. Espérons que nous observerons aussi des changements similaires dans la région de Par-en-Bas.

     Souhaitons aussi que ces changements se produiront également dans le cœur de certaines personnes.

     C’est une nouvelle encourageante à une époque où le bastion de la Nation canadienne-française en Amérique subit des assauts de toutes parts. Quand un membre est attaqué, tout le corps en souffre.

     Le jour approche donc où je pourrai dire, en français « Pointe-de-l’Église, Météghan et Rivière-aux-Saumons » sans me faire regarder comme un extraterrestre. Le français, ça se parle, ça se vit, et ça se transmet... en Acadie également.

M. René Arseneault, député de Madawaska-Restigouche; M. Serge Cormier, député d’Acadie-Bathurst; M. Pat Finnigan, député de Miramichi-Grand Lake; M. Dominic LeBlanc, député de Beauséjour; Mme Ginette Petitpas- Taylor, députée de Moncton-Riverview-Dieppe; M. Darrell Samson, député de Sackville-Preston-Chezzetcook et M. Chris d’Entremont, député de Nova-Ouest,

     Madame la députée,
     messieurs; les députés,

     Nous tenons à souligner l’aboutissement de cette campagne électorale fédérale qui, pour la première fois dans l’histoire de notre pays, envoie sept députés acadiens à la Chambre des communes.

J’étais décidé de regarder les résultats en français de l’élection fédérale le lundi 21 octobre 2019 à la télévision de Radio-Canada.

     Malheureusement, pendant les premières minutes avant le début de l’entrée des résultats, lors du tour de table des commentaires de la dizaine d’invités et de l’animateur Patrice Roy, j’ai constaté qu’il n’y avait aucun commentateur de l’Atlantique. De plus, en attendant les premiers résultats, les commentateurs invités parlaient de tout autre que les provinces de l’Atlantique. Ils n’avaient même pas fait l’effort de se renseigner sur nous. Je suis alors passé au poste anglais de CBC.

Depuis maintenant plusieurs années, les memes (une blague sous forme de photo, de court vidéo ou de gif animé, avec une anecdote ou un bref message significatif) ont pris d’assaut le web et sont devenus une forme d’humour très populaire. Outre leur valeur diver tissante, ces blagues sont également devenues des vecteurs d’identité pour les minorités visibles.

     Que ce soit au Nouveau-Brunswick, avec la page Niaiseries Acadiennes, ou au Québec, où fut popularisée la page Conneries Québec, les francophones peuvent accéder à du contenu humoristique dans leur langue maternelle, ainsi qu’à des blagues à saveur régionale mettant en vedette des personnalités locales, des restaurants du coin, ou des valeurs communes. Mais de quoi rient les Acadiens néo-écossais?

     Depuis mon arrivée dans la région de Clare, il y a de cela plusieurs années, je me suis toujours intéressée à la culture locale : les habitudes alimentaires, les superstitions et croyancesreligieuses,ledialecte, les contes et la littérature orale, la musique et les créations des artistes locaux. Mon premier constat : une richesse culturelle incroyable, mais très peu de plateformes pour en parler. Je me suis creusé la tête : comment valoriser l’acadianité de Clare sans être trop moralisatrice ou prêcheuse?

C’est avec indignation que je lis dans notre journal, Le Courrier de la Nouvelle-Écosse (11 octobre 2019), la lettre ouverte au sujet de la fermeture du Consulat général de France en Atlantique.

     Je suis profondément offusqué de cette intention de la France à nous enlever le Consulat à Moncton et Halifax, un bureau français qui, au cours des décennies, a contribué de façon bien tangible à un partage culturel essentiel entre notre mère patrie et l’Acadie d’aujourd’hui, comme le démontre si bien la lettre en question.

     On rapporte que la méconnaissance de notre histoire nous amène souvent une répétition des erreurs du passé. La négligence de la France envers l’Acadie, surtout au 18e siècle, qui a mené au Grand Dérangement, va-t-elle se répéter au 21e siècle en abandonnant l’Acadie seule à ses propres moyens, dans cet vaste océan anglophone et anglicisant de l’Amérique du Nord?

     Je souhaite ardemment que la France reviendra à ses sens en corrigeant son intention, mais surtout en constatant qu’elle a tout à gagner en retenant le partenariat indispensable avec une Acadie forte et vibrante de vitalité. Emmanuel Macron, Président de la France : ne répétez pas les erreurs de notre histoire passée.

ATLANTIQUE : Un ar ticle du quotidien néo-brunswickois l’Acadie Nouvelle publié la semaine dernière a révélé que la France aurait pris la décision de fermer le Consulat de France dans les provinces de l’Atlantique en 2022.

     Cette information a initialement été transmise à François Lubrina, conseiller à l’Assemblée des Français de l’Étranger, dans une réponse à une question qu’il posait à cette entité plus tôt cette semaine. Cette fermeture a « [...] été actée dans le cadre de l’exercice Action publique 2022. Elle résulte d’une décision prise en réunion des ministres en janvier dernier, présidée par le Premier ministre sur les réseaux de l’État à l’étranger », peut-on y lire.

À sa sortie à l’automne 2010, la série télévisée The Walking Dead proposait un univers fictif d’une pertinence criante aux yeux d’une Amérique toujours aux prises avec la grande récession de 2008-2009.

     L ’apocalypse des zombis, telle qu’imaginée par les bédéistes Robert Kirkman et Tony Moore puis scénarisée pour la chaîne AMC, montre une société où, le gouvernement s’étant effondré, les structures institutionnelles, économiques et sociales s’écroulent aussitôt. Les zombis eux-mêmes, ces hordes de cadavres ambulants qui n’ont qu’un désir, celui de se repaître de chair humaine, deviennent, en fait, des accessoires presque secondaires dans cette dystopie libertarienne. Au premier plan s’imposent plutôt des enjeux liés à des débats de société bien réels – par exemple sur la possession des armes à feu.

     Il va sans dire que cette série à succès ne représente guère la première apparition du zombi sur l’écran, petit ou grand. Il n’est que de penser au film culte de George Romero The Night of the Living Dead (La nuit des morts-vivants, 1968) ou, plus récemment, la superproduction World War Z (2013), avec Brad Pitt en tête d’affiche.

Du 4 au 6 octobre 2019, j’ai eu le privilège et le grand plaisir de participer à un colloque des plus intéressants à l’Université Sainte-Anne : Les médias francophones sous toutes leurs coutures : rôles, défis, occasions dans un environnement en changement.

     Des conférences, des tables rondes, entre autres, toutes aussi intéressantes et stimulantes les unes que les autres. Normalement ce genre de colloque a lieu dans des plus grandes universités dans d’autres villes francophones au Canada, surtout dans le cadre de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (ACFAS). Cette année, grâce aux vaillants efforts des organisateurs à l’Université Sainte-Anne, le colloque a eu lieu sur son campus principal à la Pointe-de-l’Église.

     J’ai particulièrement apprécié la variété et la grande qualité des présentations offertes par une brochette de jeunes chercheurs et chercheuses universitaires, et de dirigeants et dirigeantes d’organismes canadiens et d’ailleurs. C’était réellement ravissant de constater l’excellente recherche et érudition qui se réalisent dans nos universités canadiennes et d’ailleurs. Bravo à tout ce monde! Et surtout « chapeau bas! » à Clint Bruce, Université Sainte-Anne, et Natalie Robichaud, Société acadienne de Clare et Fédération culturelle acadienne de la Nouvelle-Écosse, coprésidences au poste de commande de cette admirable réalisation.

Le vendredi 4 octobre, l’Acadie Nouvelle a révélé en exclusivité que le consulat général de France dans les provinces de l’Atlantique allait fermer ses portes en 2022, à l’expiration du mandat du nouveau consul général, Johan Schitterer. La nouvelle n’est pas surprenante. Elle était dans l’air depuis l’abolition, en août 2018, du poste d’agent comptable, les finances étant désormais gérées directement par l’ambassade à Ottawa.

     Tout d’abord, j’observe que l’information, qui reste à confirmer, a été transmise par le conseiller de Montréal, François Lubrina. Ce dernier n’est pas le seul conseiller consulaire à avoir abordé ce sujet puisque l’été dernier, un conseiller de Toronto, Marc Cormier, l’avait évoqué sur les réseaux sociaux. Or, la fermeture éventuelle du consulat général de France à Moncton et Halifax est un thème de campagne électorale, et les Français de l’étranger seront appelés aux urnes pour élire, au printemps 2020, leurs conseillers consulaires. François Lubrina et Marc Cormier pour Les Républicains, et Yan Chantrel (Rassemblement des Français de gauche) qui vient de lancer une pétition en ligne, courtisent les voix des Français du Canada atlantique où ils ne résident pas eux-mêmes. En réalité, peu leur importe que le consulat ferme ses portes ou soit maintenu.

Le 21 octobre prochain environ 60 % des électeurs habilités à voter se présenteront aux urnes, et moins de 40 % d’entre eux détermineront qui gouvernera le Canada pendant les quatre prochaines années. On peut logiquement prétendre que nos gouvernants auront peu de légitimité puisqu’ils auront été rejetés par une vaste majorité d’électeurs.

     Il est vrai que comme cette conception de l’exercice de la démocratie semble favoriser les deux principaux partis politiques, aucun changement dans le mode de scrutin n’est envisagé dans l’immédiat. Nous avons tendance à nous résigner à cette aberration en nous comparant aux régimes totalitaires ailleurs dans le monde et à la dictature de facto instaurée par Donald Trump.

     Plusieurs des engagements pris lors de la campagne électorale ne sont que des leurres et de la poudre aux yeux visant à recueillir les votes des personnes crédules ou faibles. La réalité est que l’administration du Canada est très complexe et s’effectue en continu la plupart du temps sans égard au parti au pouvoir. Bien sûr, les gouvernants disposent du pouvoir de choisir leurs hauts fonctionnaires, de légiférer et de faire appliquer les lois, mais normalement ils n’osent pas bouleverser l’administration des affaires courantes au niveau du peuple. Les promesses ont leur utilité pour attirer les votes et il arrive que certaines soient réalisées, comme la légalisation de l’usage du cannabis. (Quelle merveille!) Plus besoin d’assister à une séance de vaudou pour voir des zombies. Tout de même une manière efficace d’engourdir les méninges d’un segment appréciable de la population... En cela une immigration légale bien ciblée pourra suppléer à la diminution de motivation et d’acuité intellectuelle dont souffriront les abuseurs de cannabis, errant prématurément dans les limbes durant leur existence terrestre.

Ces deux personnages du poème Évangéline se retrouvent ensemble en août 2019 au Logis de Meteghan afin d’échanger des souvenirs de leurs parcours de vie depuis leur courte période de célébrité. Le tout se passe sur la scène du théâtre de la salle paroissiale de Saulnierville au mitan du siècle dernier.

 Le Père Félicien devenu écrivain est venu présenter à Évangéline un exemplaire de son dernier ouvrage intitulé Les Familles fondatrices Saulnier de la paroisse de Saulnierville.

     Ensemble ils regardent la photo de 1948 alors que les deux se retrouvaient, pour le repos d’une nuit, sur les rives du Mississippi avec un guide mik’maq, tandis que de l’autre côté du rivage, l’auditoire voit le canot de Gabriel s’éloigner d’eux durant leur sommeil.

     Après le succès de cette pièce du père Simon Larouche, eudiste, inspirée du poème de Longfellow, sous la direction de l’abbé Louis Comeau, les deux acteurs ont chacun continué leurs routes de vie.

     Le père Louis Comeau, en assumant la direction de cette œuvre théâtrale avait été grandement inspiré par un éducateur célèbre de la Baie Sainte-Marie, le professeur Willie Belliveau de Pointe-de-l’Église.

     Angèle Geddry, devenue par la suite l’épouse de Delile Boudreau de Wedgeport, a été l’hôtesse modèle en recevant des milliers de visiteurs à son auberge près de la rivière Meteghan, qui donne une vue sur de superbes couchers de soleil sur la Baie Sainte-Marie, surtout pendant la saison estivale.

Les politiciens ont récemment posé la question suivante : que veulent les vétérans? Notre réponse est simple ... Que le Premier ministre et les dirigeants du Canada respectent leurs promesses!

     Les vétérans veulent que le gouvernement du Canada honore le contrat d’inscription à la pension de retraite des Forces canadiennes.

     Les vétérans de l’armée et de la GRC veulent que le gouvernement du Canada traite les vétérans du Canada avec honneur et dignité. Qu’ils prennent des mesures pour mettre fin à la récupération de la rente du RPC sur la pension de nos Forces à 65 ans, ou plus tôt quand ils reçoivent une pension d’invalidité. Le système de prestations de raccordement du RPC est un mensonge. Les vétérans ont entièrement payé pour tous leurs avantages.

     Les vétérans veulent que le gouvernement du Canada cesse d’épuiser le surplus du compte de pension de nos Forces et verse une juste part de leurs contributions.

     Les vétérans veulent que des mesures soient prises pour rétablir la couverture du RARM après la libération de l’assurance, terme qui prend fin à l’âge de 75 ans.

     La pension des veuves des Forces doit être la même que celle que reçoivent les veuves des politiciens.

     La prestation de décès supplémentaire de 10 000 $ doit être identique à celle que reçoivent les employés de la fonction publique.

     Aujourd’hui, moins de 30 % de nos recrues se réengagent dans les Forces canadiennes. Le mauvais traitement de nos vétérans est définitivement dans leurs pensées. Les politiciens doivent appliquer les avantages auxquels les vétérans de la GRC et des militaires ont pleinement contribué. Les vétérans, leurs familles et leurs amis refusent de voter pour des politiciens qui mentent et ne tiennent pas leurs promesses toute l’année.

Parmi les 500 adolescents âgés de 14 à 18 ans pris en charge annuellement par Por tage, 88% ont une dépendance au cannabis. Nous nous sentons donc interpellés par la légalisation prochaine du cannabis comestible.

     Le cannabis est la drogue la plus consommée selon le sondage sur le tabac, l’alcool et les drogues de 2017 du gouvernement du Canada. De plus, des études de marché ont révélé que le Canada atlantique affichait les taux déclarés de consommation de cannabis les plus élevés au pays.

     D’ici six mois, la vente et la consommation de cannabis comestible seront également autorisées. Loin de nous l’idée de rouvrir le débat, mais il nous importe d’attirer l’attention des consommateurs et du gouvernement sur certaines de nos préoccupations :

     Les surdoses : les effets du cannabis se font sentir bien moins rapidement et sont plus imprévisibles lorsqu’il est ingéré plutôt qu’inhalé, ce qui peut entraîner une surconsommation. Les histoires de surdoses accidentelles qui font parfois les manchettes nous donnent un aperçu des conséquences dramatiques que peut représenter une consommation inadéquate de cannabis comestible.

     La sécurité des enfants : il existe également un danger pour les enfants du fait que certaines pâtisseries et autres friandises contenant du cannabis soient attrayantes, car elles ont la même apparence que certains produits qui n’en contiennent pas.

     L’étiquetage : selon une étude parue en novembre 2017 dans le Journal de l’Association médicale américaine, un tiers des produits contenant du CBD (un des composants actifs du cannabis) était mal étiqueté et indiquait de façon inexacte la teneur réelle en CBD.

     Face à tous ces risques et incertitudes, il est primordial que le gouvernement fasse preuve de la plus grande prudence quant à la légalisation et au contrôle du cannabis comestible. Rappelons que le plus grand risque reste la banalisation du cannabis et de ses effets sur la vie de milliers de personnes.

     La réadaptation et le traitement de la toxicomanie demeurent un secteur sous-financé. Avec la légalisation du cannabis, Portage est d’avis que le gouvernement a la responsabilité d’en faire davantage pour prévenir et traiter la dépendance.

     Par le passé, nous avons proposé que la totalité des sommes perçues avec la légalisation du cannabis, incluant la TVQ, serve au développement d’une stratégie nationale de prévention et de réadaptation. Il en va de la santé et de la sécurité de tous les Canadiens de l’Atlantique.

     Il est important de rappeler que la légalisation ne met pas fin aux problèmes de dépendance, quel que soit le mode de consommation.



          Depuis 45 ans, Portage a aidé des milliers de personnes aux prises avec des problèmes de toxicomanie à reprendre leur vie en main à travers divers    
     programmes de réadaptation. Portage Atlantique, le centre de réadaptation en toxicomanie pour les jeunes de l’Atlantique, est situé à Cassidy Lake, N.-B.


LA BUTTE : Le Conseil scolaire acadien provincial (CSAP) est fier d’annoncer que le centre de Bedford portera le nom de Centre le Tournesol.

     La décision a été prise lors de la réunion régulière du Conseil qui s’est tenue le 22 juin au siège social. Des 80 propositions de noms reçues, cinq ont été présentées au Conseil par le comité d’évaluation formé de six personnes. Les conseillers ont procédé au vote.

     Kristina Oje de Musquodoboit Harbour est l’auteure du nouveau nom proposé. Elle recevra une œuvre originale d’un artiste local.

     Ce centre accueille les élèves du programme de la prématernelle de la Nouvelle- Écosse appelé Grandir en français. À partir de septembre 2019, on y donnera également le programme expérientiel. Dans le cadre de ce projet, on offre une formation pratique aux élèves afin de répondre à leurs forces, leurs besoins et leurs intérêts.

POINTE-de-l’ÉGLISE : Julie Anne Amirault, née LeBlanc, a vu le jour le 1er juin 1854 dans la paroisse de Pubnico-Est. Le 10 juin 1954, Le Petit Courrier rappor tait la « touchante fête de famille » organisée le 1er juin dans la paroisse de Saint-Michel de Wedgepor t en l’honneur de ses 100 ans. Cette fête « marquait dans les annales de notre histoire les hauts faits de nos ancêtres ». On comprend l’importance que revêtent, en 1954, cent ans de vie... un exploit encore peu commun aujourd’hui! Exploit qui mérite d’autant plus d’être souligné comme « hauts faits de nos ancêtres » que nous sommes alors à quelques semaines de lancer les célébrations du bicentenaire de la Déportation, qui a aussi touché la région d’Argyle. Que représentait le centenaire de Julie Anne pour sa communauté? N’était-elle pas la preuve, elle qui comptait 11 enfants, sept petits-enfants, 34 arrière-petits-enfants et 13 arrière-arrière-petits-enfants que les Acadiens de la Nouvelle- Écosse étaient toujours présents et bien vivants? Que les Acadiens de Par-en-Bas étaient revenus en force sur leur propre territoire?

     De manière tout à fait symbolique, les universitaires que nous sommes ne peuvent faire autrement que de remarquer que la vie de Julie Anne Amirault coïncide avec la période de Renaissance acadienne qui prend forme à la fin du 19e siècle et qui ouvre la voie à la modernité de la seconde moitié du 20e siècle. Imaginez! La formation d’une parole acadienne se fait au moment où Julie Anne se marie, qu’elle a ses enfants, qu’elle participe peut-être activement à la vie communautaire. Pour bien en prendre la mesure, pensons qu’au cours de sa vie, on assiste à la fondation du Collège Saint-Joseph (qui se veut le berceau de la Renaissance acadienne) en 1864, à celle du Collège Sainte-Anne en 1890 et à la tenue des Conventions nationales acadiennes, qui s’étendent de 1881 à 1937. La jeune Julie Anne aura certainement entendu parler de la naissance du Canada en 1867. Mais a-t-elle entendu parler, en 1870 et 1885, du sort que nous avions réservé au Métis de la Rivière rouge dans notre désir d’étendre le pays jusqu’au Pacifique? Ce qui est certain, c’est qu’elle aura connu la douleur de deux guerres mondiales et qu’elle aura vu les effets de la crise économique de 1929. A-t-elle assisté à la fondation du Petit Courrier en 1937 en Argyle par Désiré d’Éon? Et quoi d’autre... Il s’en passe des choses en un siècle!... Julie Anne a d’ailleurs traversé la période d’industrialisation que connaît le pays, l’exode vers les États-Unis de nombreux Acadiens, mais aussi la modernisation qui touche les foyers canadiens au cours du 20e siècle. Il nous semble qu’en ce 10 juin 1954, en première page du journal, Julie Anne Amirault était l’image de notre résistance. En était-elle consciente? Pensait-elle à tout cela quelques jours plus tôt, entourée d’une famille nombreuse et d’une communauté heureuse d’assister à ce moment historique?

     En 1954, la religion était à l’honneur pour la fête de Julie Anne, célébrée dans la chambre qu’elle occupait chez Bernice, l’une de ses deux filles encore vivantes. Le Courrier nous apprend que la jubilaire a eu « l’insigne honneur d’assister à la messe dans sa chambre, chantée par le curé, père Adolphe LeBlanc, et servie par le père Franklin Pothier. » Si le jour de son anniversaire prenait un air solennel où se mêlaient l’Église et l’État « dans la personne de l’honorable M. Hicks [qui] lui avait envoyé un message de félicitations », une semaine plus tôt, c’était au tour de ses parents et amis de lui rendre hommage, du moins ceux qui lui restaient-elle avait déjà perdu son mari Charles et neuf de leurs onze enfants. L’article ne dit pas à quel âge Julie Anne rencontra Charles, ni quel âge elle avait lorsqu’est né son premier enfant. Une chose est certaine, la jeune maman a dû passer plusieurs matinées dans la cuisine pour nourrir sa famille nombreuse et d’innombrables heures à laver, essorer et étendre le linge par journées ensoleillées. À en croire la « Petite Histoire » de Félix Thibodeau, « la lâv’rie » dans le temps où Julie Anne élevait sa famille pouvait prendre une journée entière, du lever jusqu’au souper. Pour ce qui est du pain, « on le coummençait le soir d’avant, pi y était rinque tchuit le lend’main après-midi », à condition bien sûr d’avoir pu « emprêter du p’tit l’vain su l’oiézonne ».

     Alors même que Le Petit Courrier soulignait le centenaire de cette vaillante mère acadienne qui avait su blanchir et nourrir 11 enfants et un mari, il annonçait en même temps l’apparition sur le marché de deux nouvelles innovations technologiques pouvant rendre les tâches ménagères moins ardues et surtout moins prenantes. En page 10, le magasin Leonard C. Comeau invite les clientes à venir voir la nouvelle machine à laver, avec essoreuse automatique, de la marque Connor Thermo qui promet de faire tout le lavage en une heure. Les clientes, puisqu’il s’agit bien d’elles à qui on s’adresse, n’ont qu’à « la regard[er] travailler et elle accomplit automatiquement toutes les opérations du lavage ».

     L’année 1954 n’oubliera pas non plus les boulangères qui, grâce à la nouvelle levure sèche active de la marque Fleishmann « qui garde toute sa vigueur jusqu’au moment de servir – et se conserve ... SANS réfrigération », n’auront plus à « tolér[er] les gâteaux de levure périssable qui ont perdu leur efficacité ». En page 7 du Courrier, la publicité pour la « merveilleuse levure sèche active » de Fleischmann, qui promet une « cuisson plus facile et plus rapide » que celle à laquelle se serait habituée Julie Anne, s’accompagne d’une recette pour des brioches à la cannelle. De quoi faire rougir le traditionnel pain de ménage que préparait sûrement Julie Anne pour nourrir sa famille.

     Julie Anne est un phénomène, sa vie ne s’est pas faite dans le confort moderne. C’est beaucoup grâce à l’acharnement des « Julie Anne » qui ont traversé l’histoire de nos communautés que le mot « Acadien » veut encore dire quelque chose...

     Jimmy Thibeault, (CRÉAF) et Chantal White, Département d’études françaises, Université Sainte-Anne (avec la collaboration de Ramona Blinn).

Nous désirons féliciter l’Université Sainte-Anne pour sa reconnaissance des mérites de cette compagnie et pour l’accueil chaleureux que cette dernière fait aux employés qui nous arrivent du Mexique et d’ailleurs, depuis quelques années, et qui enrichissent notre communauté par leur présence.

     Nos liens avec le Mexique remontent au moins au milieu du siècle dernier. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce pays s’est tourné vers nos chantiers navals pour renouveler sa flotte de pêche aux crevettes, avec une commande de onze chalutiers, créant ainsi de l’emploi pour nos ouvriers, y compris certains qui revenaient des champs de bataille de l’Europe.

     Au début du conflit ayant débuté en 1939, le chantier maritime de Meteghan, géré par Johnny à Maggie Deveau, employait des centaines d’ouvriers pour construire des dizaines de navires-corvettes qui serviraient à libérer les côtes et les ports d’entrée des mines placées par les Allemands durant la guerre.

     Au printemps 1951, six des onze capitaines mexicains quittaient le port de Meteghan à bord des chalutiers prêts à pêcher les crevettes sur les côtes de leur pays à leur retour, pendant que le chantier complétait la construction des autres navires commandés par le gouvernement du Mexique.

     En monnaie d’aujourd’hui, cela représentait trois millions de dollars pour l’économie de Clare à un moment important de la période d’après-guerre, alors qu’une abondance de jeunes ouvriers se cherchait du travail.

     Cet événement a fait l’objet d’un reportage dans le Chronicle Herald d’Halifax, le 12 avril 1951.

     La Baie Sainte-Marie a une longue histoire de liens avec nos amis des Caraïbes et du Mexique.

La semaine dernière, nous avons été régalés d’une pièce de théâtre originale et comique à en mourir ... Clare dans un soir III, au Club Richelieu, Baie Sainte-Marie.

     Ces jeunes comédiens et musiciens pleins de talents ont su nous divertir gaiement pendant deux heures... Leurs histoires cocasses, leur musique de la Baie, leur langage distinctif et coloré de par-en-haut, tout était splendidement présenté avec aisance et fluidité sur l’estrade. Bravo à tous ces jeunes, sur scène et dans les coulisses, qui, pour la troisième année consécutive, nous offrent un spectacle de théâtre populaire des plus intéressants, comique et divertissant. Je ne cesse de m’étonner du talent, de la virtuosité et des belles qualités de cette jeunesse qui s’exprime si facilement devant une salle comble avide de les voir et de les écouter. Grand merci et félicitations sincères ... et vive Bobby Pico!

Monsieur le Premier ministre Trudeau, vous avez violé de nombreuses promesses électorales. Citation : « Si j’ai mérité le droit de servir notre pays en tant que Premier ministre, aucun ancien combattant ne sera forcé de se battre contre son gouvernement pour obtenir le soutien et la compensation qu’il a gagnés ».

     Premier ministre Trudeau, vous et tous les députés libéraux, avez voté en faveur du succès du décompte du projet de loi C-201. Une fois élu, vous refusez de discuter et de faire avancer notre question de la récupération de la pension de retraite des anciens combattants. Le 9 janvier 2018 lors d’une assemblée publique en Nouvelle-Écosse, nous vous demandions à nouveau de prendre charge et de mettre fin à notre problème de pension du RPC. Vous avez contourné la question sans y répondre.

     D. Samson, député, vous a posé la même question, mais vous avez choisi de ne pas répondre. Le 22 janvier 2019, des anciens combattants ont présenté un autre exposé à votre réunion du caucus libéral de la Nouvelle-Écosse. Malheureusement, le comité libéral de la Nouvelle-Écosse n’a pas encore réglé le problème de la récupération des prestations de pension du RPC.

     Notre demande de mettre fin à la question de la récupération du RPC ne serait prise en charge par aucun contribuable.

     Monsieur le Premier ministre, vous n’avez pas réussi à envoyer au ministre d’Anciens Combattants Canada une lettre de papier blanc demandant les mesures nécessaires et les modifications à apporter à la Loi sur les pensions et à ses politiques.

     Rappelons aux libéraux que les anciens combattants et leurs familles représentent plus de 10 % de la population canadienne. À moins que vous n’honoriez vos promesses et que vous preniez des mesures pour remédier à la situation, les anciens combattants et leurs familles ne sont pas prêts à voter pour le Parti libéral lors de la prochaine campagne électorale.


Sincèrement,

Jean Labelle