Julie Martinet

L’empreinte du renard

Lorsque j’ai vu la couverture du livre pour la première fois, quelque chose a attiré mon attention : le nom de l’auteur. Le nom de l’écrivain attire l’attention sans contredit. Non seulement il apparait en très gros caractères, qu’il est pratiquement impossible de manquer, il apporte également un exotisme à la une du livre. À partir de l’instant où j’ai lu le nom de Moussa Konaté, j’ai tout de suite eu un pressentiment qu’il ne s’agirait pas d’un roman policier traditionnel, comme on a l’habitude d’en lire ici en Occident. Heureusement pour moi, je n’ai pas été déçue. En prime, j’ai été transportée dans un univers où il fait beaucoup plus chaud et où les coutumes sont très différentes des miennes.

     Néanmoins, je me dois d’être honnête avec vous. Durant la plus grande partie des cinq premiers chapitres environ, j’ai été ébranlée. Certes, au fur et à mesure que je tournais les pages, je me suis familiarisée avec l’esthétique de l’auteur qui a écrit, L’empreinte du renard. Cependant, lorsque j’ai découvert que je n’étais pas la seule perplexe, ça m’a rassurée. De plus, un poids semblait s’être volatilisé de mes épaules, je me sentais moins ignorante. En effet, le commissaire Habib et l’inspecteur Sosso comptaient parmi ceux qui ne savaient que penser des traditions des Dogons. Contrairement à ma personne, ils étaient des enfants du pays. Bien que leur quotidien consista en calebasses, huttes, boubous, bonnets de citronnade et chaleurs épouvantables, le rythme de vie des Dogons restait un mystère pour les deux agents de police. Je vais, maintenant, vous donner une image bien précise de moi. Imaginez une jeune fille, qui vit dans un hiver quasi perpétuel, portant un immense bonnet, de style chapka, et de grosses mitaines de fourrures, fabriquant un igloo. Vous comprendrez rapidement que j’ai vite perdu tout repère.

     Cependant, à mesure que l’enquête s’écrivait, j’ai constaté que je devais placer, temporairement, toutes mes croyances et superstitions de côté pour une meilleure compréhension. Lorsqu’Habib fit la même observation que moi, l’analyse se mit à avancer plus vite. Il comprit que pour les Dogons la mort était un châtiment juste. Tandis qu’Habib décidait de ne pas arrêter les personnes qui avaient participé de près ou de loin aux crimes, son raisonnement me fit voir l’évidence : pour les Dogons, les gestes qu’ils posent ne sont que le résultat de la volonté de leurs aïeux. Selon ce que je peux déchiffrer, l’ancêtre des Dogons, Lèbè, transmet ses exigences en utilisant le corps de ses pratiquants. Cette théorie peut paraître étrange, mais c’est tout à fait rationnel dans ce contexte. En outre, lorsqu’on s’attarde aux études de Gustave Le Bon, qui visent la psychologie des foules, on comprend un peu mieux la mentalité de ce peuple.

     En résumé, Le Bon s’intéresse aux mouvements sociaux. Il découvre, rapidement, que si toute la société exécute un geste, un individu particulier finira inévitablement par imiter le groupe, même si cette action va à l’encontre de ses convictions. Le fait qu’il n’y a jamais eu de brassage de populations chez les Dogons, donne raison aux observations de Le Bon.

     En conclusion, une fois qu’on met ses propres croyances de côté, il est plus facile de réfléchir comme les paysans du village. Malgré toutes les différences que j’ai pu déceler, il reste qu’Habib, l’enquêteur, fut tout de même la figure lumineuse qui a apporté la limpidité à la suite des crimes.