Doris Ponce
Vicente Huanquilen Reyes.
Vicente Huanquilen Reyes.

Être ou ne pas être

POINTE-de-L’ÉGLISE : Comment peut-on définir la question de l’adaptation et de l’intégration des nouveaux arrivants dans leur société d’accueil? Quelles que soient les motivations qui poussent ces personnes à quitter leur pays, la question demeure légitime, car c’est la pierre angulaire pour la réussite à devenir citoyen à part entière dans une communauté donnée. Dans cette troisième chronique Portrait d’immigrants en Clare , nous allons à la rencontre de Vicente Huanquilen Reyes qui nous présente sa vision sur l’adaptation et l’intégration dans sa nouvelle communauté.

     Vicente Huanquilen Reyes est Chilien d’origine mapuche (Peuple de la Terre) de la Municipalité de Tolten dans l’Auracanie (9e région) dans le Sud du Chili. Les Mapuches et/ou les Auracans est un peuple des Premières Nations au Chili. L’histoire de Vicente commence lorsqu’il quitte sa communauté à l’âge de 18 ans pour aller à Santiago, la capitale du Chili, y faire sa vie. Après avoir vécu dans la capitale chilienne pendant 15 ans, Vicente a décidé de faire le grand saut et de venir s’installer au Canada dans le but d’abord et avant tout d’apprendre l’anglais et d’y travailler. De passage à Toronto, il a appris qu’en Nouvelle-Écosse on cherchait des travailleurs et il s’est dit : Pourquoi pas? C’est ainsi que Vicente est arrivé dans cette communauté du Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse depuis trois ans.

     Dès son arrivée à Wedgeport, son voisin Julian Babin lui a fait faire le tour de sa nouvelle communauté et c’est ainsi qu’il a été présenté à ses futurs voisins. Par la suite Julian Babin est devenu son ami. Cette rencontre a permis à Vicente de comprendre que malgré la barrière linguistique, il existe des personnes qui sont prêtes à t’aider. Au travail, Vicente s’est fait connaître par sa persévérance et son attitude positive auprès de ses collègues de travail et il se dit choyé de faire partie de cette équipe. Son apprentissage de l’anglais se poursuit pendant qu’il travaille comme superviseur des cuisines et traducteur pour les employés qui ne parlent ni l’anglais ni le français. Lorsque nous commençons à discuter d’adaptation et d’intégration, Vicente mentionne qu’il n’a eu aucun problème à s’adapter à sa nouvelle vie, même si parfois il s’ennuie de sa famille, surtout de sa fille, qui est restée au Chili avec sa mère. Il aime les grands espaces et il trouve que là où il habite, ça ressemble beaucoup à l’Auracania.

    Nouvelle identité : La réflexion de Vicente sur l’adaptation va encore plus loin. « Lorsque j’ai quitté le Chili, je n’étais plus citoyen de ce pays, je suis devenu Latino-Américain et, en tant que Latino-Américain, c’est mon devoir de bien représenter cette grande culture. » Effectivement, plusieurs études convergent dans cette même optique. Danielle Elleouet, consultante réglementée en immigration canadienne, dit dans un article intitulé Nouveaux immigrants au Québec? Trois étapes vers l’adaptation... publié dans le journal Atlas Montréal, qu’il y a trois étapes nécessaires que l’immigrant doit franchir pour que son adaptation dans la nouvelle société d’accueil soit une réussite, c’est-à-dire : la perte de ses repères, la transition et enfin l’adaptation. Elle explique que : « Pour beaucoup d’immigrants, le succès est étroitement lié à leur habileté à adapter la perception qu’ils ont de leur identité à un nouveau contexte culturel et de ne pas s’isoler ». Il est évident que pour Vicente ça a été le cas, mais aussi sa personnalité amicale, sa grande capacité d’adaptation et sa résilience font que Vicente se sent chez lui là où il est. Vicente explique que cette force de caractère, tu dois la construire, car lorsque tu es seul, sans amis, sans connaître la langue ni la culture, tu te dois de te reconstruire et d’aller de l’avant. Rester tout seul n’est pas une option, mentionne-t-il. À cet effet, Mme Elleouet aborde cette problématique dans le même sens : « Quitter sa zone de confort pour tout recommencer dans un nouveau pays requiert une grosse dose de courage et beaucoup de volonté, mais la démarche n’est complète que lorsque vous avez réussi à établir des liens avec d’autres cultures et que vous avez la nette impression de faire partie intégrante de cette nouvelle société; en somme, de vous être finalement adapté. »

     Culture mapuche

     Mais qu’en est-il de la culture mapuche? Au Chili, les Mapuches sont un peuple très opprimé où la violence et le non-respect des droits de l’homme sont monnaie courante. Depuis des décennies, le peuple mapuche revendique la préservation de son territoire ancestral pour conserver son mode de vie. Depuis un tout jeune âge, Vicente a vu ces injustices, surtout au niveau familial. Sa mère est d’origine espagnole et elle vit dans la colonie espagnole de la communauté de Tolten, tandis que son père est Mapuche. Cet amour était interdit. Sa mère a dû quitter la colonie pour épouser le père de Vicente et elle n’a pas pu retourner chez elle. Quoi qu’il en soit, Vicente est très fier de ses racines mapuches. Il enseigne des mots de la langue mapudungun (langue mapuche) à ses amis acadiens et anglais et, comme beaucoup d’autres, il est sensible à la question linguistique qui le touche énormément.

     Il est évident que l’adaptation et l’intégration de Vicente se sont faites rapidement dans son nouveau chez-lui, car ce jeune homme a toujours le regard porté vers l’avenir. Son côté combattant, il le tient du grand guerrier mapuche Lautaro, il fait face à l’adversité dans la sagesse de la bonne humeur et de l’optimisme. Chaltu may Pewkallal.