Devant la menace des zombis, le désaccord éclate entre Ben (Duane Jones), le protagoniste afro-américain de La nuit des morts-vivants, et Harry Cooper (Karl Hardman), père de famille au tempérament autoritaire, avant de dégénérer en bagarre.

Les zombis à l’assaut de la culture populaire (2e partie)

Avril 1968 : Devant un hôtel de Memphis (Tennessee), Mar tin Luther King Jr, le chef de file visionnaire du mouvement des droits civiques aux États-Unis, est assassiné par un fanatique raciste.

     Quelques mois plus tard, dans une ferme abandonnée de Pennsylvanie, un autre Afro- américain tombe sous les balles des forces de l’ordre. Ce jeune homme s’appelle Ben et, contre toute espérance, il vient de survivre à une bataille nocturne contre des zombis cannibales. Mais la patrouille qui est en train d’éliminer les derniers troupeaux de morts-vivants a pris Ben pour l’un de ces derniers – et un agent lui a tiré dessus.

     Il s’agit bien sûr du film culte Night of the Living Dead (La Nuit des morts-vivants), réalisé par George Romero (1940-1977), surnommé « le Père du cinéma des zombis ». Certes, le zombi des films d’horreur se promenait sur le grand écran, sous diverses variantes, depuis le début des années 1930 (voir notre précédente chronique à ce sujet). Le monstre créé par Romero avait quelque chose de nouveau : il dévorait la chair humaine. Son insatiable appétit a donné lieu à des scènes d’une violence choquante – moyennant des tripes de bœuf obtenues des bouchers de la région de Pittsburgh, où l’équipe de Romero était basée.

     Cen’était pas le seul aspect visuel qui donnait au film sa puissance, pourtant. Le cannibalisme des zombis, c’était l’Amérique se dévorant de l’intérieur. En 1968, alors que la guerre du Viêt Nam faisait rage, que les valeurs traditionnelles faisaient l’objet d’un profond questionnement et que la société tout entière était appelée à se transformer, Night of the Living Dead exprimait parfaitement l’angoisse collective liée à ces grands changements.

     Renfermés avec Ben (Duane Jones) dans la maison de ferme, il y a trois jeunes, Barbra (Judy O’Dea) ainsi que le couple Tom (Keith Wayne) et Judy (Judith Ridley) qui représentent la nouvelle génération aux prises avec la crise sociétale, et la famille nucléaire composée de Harry Cooper (Karl Hardman), Helen Cooper (Marilyn Eastman) et leur fille Karen (Kyra Schon). Ayant subi une morsure par l’un des zombis, la petite Karen finira par manger la chair de ses deux parents.

     Le seul personnage réellement doté d’aplomb et de bon jugement, c’est Ben, dont l’héroïsme renverse la hiérarchie raciale. Même si Romero a toujours nié l’intention initiale d’engager un acteur noir, son choix final aura façonné l’impact symbolique de l’œuvre.

     Nous l’avons dit la dernière fois : le zombi est une métaphore mobile, capable de s’adapter à des contextes socioculturels très divers. Dix ans plus tard, Romero récidivait avec Dawn of the Dead (en français, Zombie : le crépuscule des morts-vivants) dont le scénario a été écrit en consultation avec l’Italien Dario Argento. Cette fois-ci, c’est la société de consommation qui est pointée du doigt.

     L’apocalypse des zombis déclare sur fond de conflit entre la police et des résidents afro- américains de Philadelphie. Un petit groupe de journalistes et de gendarmes s’empare d’un hélicoptère pour se réfugier dans un énorme centre d’achat situé en banlieue. Tous les biens et produits imaginables, de base et de luxe, sont à leur disposition alors qu’ils tentent de repousser les hordes de cadavres ambulants qui rôdent dans le mall. Le comportement des zombis, qui diffère peu de celui des habitués des centres d’achat, ne laisse aucune ambiguïté : nous sommes déjà, même vivants, zombifiés par nos habitudes de consommation.

     À sa sortie en 1978, Dawn of the Dead a connu un grand succès commercial, aussi bien à l’étranger qu’en Amérique du Nord. L ’attention portée aux effets spéciaux, notamment en ce qui concernait le gore, c’est- à-dire les scènes sanglantes jusqu’au dégoût, n’a pas manqué d’impressionner les spectateurs. En Europe, le film s’intitulait, en toute simplicité, Zombi ou Zombie. Et c’est là que des cinéastes en Italien ont saisi leur chance.

     Désireux d’exploiter l’enthousiasme suscité par le film de Romero, le producteur Fabrizio De Angelis voulait « une imitation facile » (« a quickie rip-off ») de Dawn of the Dead. Toutefois, sa collaboration avec le réalisateur Lucio Fulci (1927-1996), aujourd’hui reconnu comme un maître du cinéma d’horreur, est allée beaucoup plus loin que cette modeste ambition.

     Malgré son titre « volé », Zombi 2 (1979; parfois L’Enfer des zombis en français) ne constitue pas vraiment la suite de Zombi, c’est-à-dire Dawn of the Dead. D’une part, le récit renoue avec les origines antillaises du genre : l’Américaine Anne Bowles (Tisa Farrow) se rend dans une île de la Caraïbe en compagnie du journaliste Peter West (Ian McCulloch), à la recherche de son père, un scientifique porté disparu. En raison d’un sortilège vodou, les cadavres sont en train de ressusciter et de s’attaquer aux vivants.

     D’autre part, et à la différence de l’œuvre de Romero (qui s’est poursuivie bien au-delà des années 1970), il est futile de chercher ici une quelconque critique sociopolitique. Il n’y en a pas. Le but de Zombi 2, c’est de faire de l’horreur, et plus précisément de révulser le spectateur. En proposant des zombis en état de putréfaction avancée et des scènes d’une violence physique inouïe, Fulci a bien mérité son surnom de « Parrain du gore ». Ça ne s’arrête pas là : blasphème, nudité gratuite... toutes les bienséances sont violées.

     Ma scène préférée est celle où le personnage de Paola (Olga Karlatos), femme du docteur David Menard (Richard Johnson) qui est obsédé par le vodou, se fait crever l’œil par la très longue écharde d’une porte pendant qu’un zombi la tire vers lui, très lentement, par les cheveux. L’incident dure 6 minutes et le point culminant est parfaitement dégueulasse!

     Grâce à Fulci et à ce film bien plus original que le titre ne le suggère, le zombi cinématographique italien a pris forme. Le critique Donato Totaro a décrit sa raison d’être comme « le divertissement comme pur spectacle ». C’est de l’art pour l’art, sans nulle autre prétention.

     Bien entendu, des facteurs socioculturels ne sont jamais absents. Pour Alan Jones, l’auteur de Morti Viventi, une histoire du zombi en Italie, l’extrême violence des films italiens s’explique par la religiosité traditionnelle : « Le zombi italien est unique dans la culture cinématographique parce que l’idée même de l’incapacité de la mort de contenir est une notion catholique très forte. » La résurrection des morts-vivants servirait « d’affirmation à l’inverse de la foi ».

     D’autres voient dans l’engouement des Italiens pour Dawn of the Dead et, à sa suite, Zombi 2, un reflet de leurs propres craintes face à la situation de leur pays, qui traversait une crise politique dans les années 1970.

     Peu importe, la démarche artistique consiste avant tout à pousser les limites du septième art. Pour une bande de cadavres écervelés, ce n’est pas mal comme exploit.

« Le film qui a changé le cinéma d’horreur » : les zombis de Lucio Fulci présentent un état de putréfaction avancée, comme en témoignent les vers de terre qui rongent la cavité oculaire de ce conquistador ressuscité.

C’était en avril 2007, plus d’un an avant l’élection présidentielle qui allait propulser Barack Obama à la Maison-Blanche. Son futur adversaire, feu John McCain, ancien prisonnier de guerre au Viêt Nam et sénateur républicain de l’Arizona depuis 1987, s’est fait poser une question dans une assemblée publique sur la stratégie qu’il envisagerait face à l’Iran, soupçonné de développer des armes nucléaires.

     « Vous connaissez cette vieille chanson des Beach Boys, « Bomb Iran? », a-t-il demandé à la foule, avant d’entonner, sourire en coin : « Bomb, bomb, bomb... bomb, bomb Iran! » Suite à la médiatisation de sa malencontreuse boutade, McCain n’a ni désavoué, ni démordu.

« Mort à l’Amérique! » « Mort aux infidèles! » Depuis longtemps maintenant, ces slogans scandés par des foules en Iran traduisent pour nous le sentiment régnant dans ce pays envers l’Occident en général et envers les États-Unis plus particulièrement.

     On les a entendus dans la foulée de l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani lors d’un bombardement américain en Irak, le 3 janvier, sur l’ordre du président Donald Trump. Les événements subséquents ont fait craindre le pire.

Combien restera-t-il de l’Australie? C’est la question qui court sur beaucoup de lèvres en ce début d’année alors que des incendies ravagent plusieurs secteurs de l’île-continent, détruisant tout sur leur passage.

     Ce ne sont pas les dossiers explosifs qui font défaut en ce début d’année. Un bombardement effectué en Irak par les États-Unis vient de tuer le général iranien Qassem Soleimani, commandant de la Force Al-Qods chargée des opérations extérieures non conventionnelles au service de son pays. Les tensions entre l’Iran et les États-Unis pourraient tourner au conflit ouvert.

     S’il y a un trait d’union entre ces deux points saillants de l’actualité, c’est bel et bien le lien entre les ressources énergétiques, qui suscitent l’intérêt stratégique du Moyen-Orient aux yeux de l’Occident, et l’environnement, de plus en plus menacé par l’activité humaine.

Chère Acadie, À l’heure où j’écris ces lignes, la molle clarté du jour se meurt doucement sur la Méditerranée. Vue de mon balcon, la ville d’Alger, dite « la Blanche » en raison de la couleur de ses façades, s’étale dans toute sa splendeur, des hauteurs de Zeghara, par-delà le centreville et le quartier historique de la Casbah, jusqu’à l’étincelante autoroute qui longe le bord de mer avant de frôler la toute nouvelle Djamaâ El-Djazaïr, la troisième plus grande mosquée du monde après celles de la Mecque et de Médine.

     Dans quelques heures se terminera mon premier voyage sur le continent africain et mon premier séjour dans un pays musulman. Je m’en souhaite beaucoup d’autres.

     Méconnue et parfois mal perçue, l’Algérie cherche sa place au soleil. Après avoir arraché à la France son indépendance gagnée de haute lutte entre 1954 et 1962, mettant ainsi fin à une colonisation brutale de 130 ans, et après avoir traversé des périodes difficiles comme la guerre civile opposant le gouvernement à des extrémistes religieux dans les années 1990, elle est de nos jours riche d’une jeunesse assoiffée d’avenir. Si ce pays a su cultiver certains avantages, notamment au niveau du développement humain, qui est le plus élevé d’Afrique, l’Algérie du 21e siècle n’en connaît pas moins des défis considérables, qu’elle résoudra, espérons-le, plus tôt que tard.

Vert, jaune, rouge : la façade du palais de justice de Nashville, immense et ornée d’imposantes colonnes grecques, brillait de ces trois couleurs du drapeau du peuple kurde, le soir du mardi 15 octobre dernier. Le pont commémoratif des anciens combattants de la Guerre de Corée, aussi.

     « Par solidarité avec nos voisins et alliés », déclarait sur Twitter le maire John Cooper, au moment de prendre la parole lors d’une vigile aux chandelles pour manifester le soutien de la communauté aux Kurdes de Rojava, au nord de la Syrie.

     Le 6 octobre, le président Donald Trump annonçait le retrait des troupes états-uniennes du Nord de la Syrie, où les milices kurdes, en fidèles alliés des États-Unis, avaient assuré la défaite de l’État islamique. Le départ des Américains a permis à la Turquie, dirigée par le président Recep Tayyip Erdogan, un islamiste aux tendances autoritaires, de lancer une campagne d’invasion du Rojava. Plus de 300 000 personnes ont été déplacées.

« Ils n’ont pas vaincu l’État islamique pour les Kurdes seulement, ils ont vaincu l’ÉI pour le monde entier. [...] Les États-Unis, après avoir promis leur protection, ne font que se retirer pour nous jeter aux loups, que sont les Turcs. [Les Kurdes] ont mené votre guerre et maintenant vous les trahissez. »

     Débordant d’émotion et d’indignation, ces propos publiés il y a quelques jours dans l’hebdomadaire Nashville Scene expriment un consensus fort chez la communauté kurde du Tennessee (Nashville Kurds: What Did We Do to Deser ve This? », le 8 octobre 2019), la plus importante des États-Unis. L’agent immobilier Gharib Silivaney a passé neuf ans dans un camp de réfugiés en Turquie avant d’aboutir à Nashville. Fait curieux, la capitale de la musique country, où résident plus de 15 000 immigrés kurdes et leurs descendants, est devenue l’un des foyers de cette diaspora originaire du Moyen-Orient, déjà implantée dans plusieurs pays d’Europe et au Canada également.

L’univers des médias ne cesse de se transformer. Les mutations technologiques des dernières décennies ont révolutionné les plateformes de diffusion et, partant, nos habitudes en tant que citoyens et consommateurs. Autant la transition numérique ouvre de nouveaux horizons, notamment grâce aux réseaux socio numériques comme Facebook, autant elle présente des défis pour des organes de presse comme Le Courrier de la Nouvelle-Écosse.

     Le gouvernement du Canada en a fait une priorité dans son dernier Plan d’action pour les langues officielles (2018- 2023) : celui-ci dévoile un appui vigoureux aux médias communautaires francophones et à la formation de la prochaine génération des professionnels de ce secteur.

     Car nos petits journaux, nos radios communautaires et nos sites d’actualité locaux sont appelés, plus que jamais, à jouer un rôle fondamental dans un contexte où la fragmentation sociale caractérise de plus en plus notre vécu.

     Ces enjeux se trouvent au cœur des questions qui seront explorées à l’occasion du prochain colloque du Réseau de la recherche sur la francophonie canadienne (RRF), organisé sous l’égide de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC). Son thème : Les médias francophones sous toutes leurs coutures – rôles, défis, occasions dans un environnement en changement.

     Se déroulant du 4 au 6 octobre 2019 sur le campus de Pointe-de-l’Église de l’Université Sainte-Anne, cette manifestation scientifique et communautaire est coordonnée par l’Observatoire Nord/Sud, centre rattaché à la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT), dont je suis le titulaire, et la Société acadienne de Clare. La directrice générale de cette dernière, Natalie Robichaud, copréside avec moi ce colloque qui rassemble une dizaine d’autres partenaires. En font partie Le Courrier, Radio CIFA 104,1 FM, l’Association de la presse francophone (APF) et l’Alliance des radios communautaires du Canada.

Buvant à longs traits, le petit garçon vide la bouteille d’une boisson gazeuse, si rafraichissante sous la chaleur d’un splendide jour d’été au bord de la mer. Sa grande sœur lui rappelle d’aller déposer le contenant dans le réceptacle destiné à la collecte des matières recyclables. Il y court, fait disparaître la bouteille dans le trou marqué : « plastique », puis retourne à ses jeux.

     Une bonne action d’accomplie pour l’environnement, n’est-ce pas? Et si ce n’était pas vrai? Si nous étions dupes de notre propre bonne conscience, bercée par les illusions d’un écologisme de bon ton, mais surtout de façade?

     Cette chronique n’a pas pour intention de faire la morale. Je ne veux pas non plus verser dans l’alarmisme. Si, après lecture, vous vous décidez à réduire votre utilisation d’objets en plastique à usage unique, tant mieux. Peu importe, le gouvernement vous devance. Emboîtant le pas à l’Union européenne, le premier ministre Trudeau a annoncé en juin dernier l’interdiction, dès 2021, de toute une gamme de produits en plastique : emballages, sacs jetables, bouteilles, pailles, couverts et assiettes, et j’en passe.

     Une telle mesure fera du bien. Un récent rapport de l’organisme Environmental Defence révélait que le Canada recycle à peine 10 % de ses déchets en plastique. Où aboutit le reste? Quand ce n’est pas à la décharge, et quand ce n’est pas pour polluer nos lacs et océans, une bonne partie est expédiée outre-mer, dans des pays qui, eux, nous tiennent lieu de dépotoirs.

     Ces pays-là commencent à en avoir marre.

     Un différend avec les Philippines a fait les manchettes au printemps. Vous vous en souvenez peut-être : le président Rodrigo Duterte, un populiste tapageur, a menacé le Canada d’une déclaration de guerre si le gouvernement Trudeau ne récupérait pas la cargaison d’une centaine de bateaux provenant d’une compagnie de l’Ontario qui avait tenté de faire passer des déchets pour des produits recyclables.

     Après que Manille a renvoyé des tonnes d’ordures à bord d’une flotte de conteneurs à destination de Vancouver, un compromis a été trouvé. Le problème de fond demeure, toutefois : plusieurs nations riches traitent les pays pauvres comme des sites d’enfouissement.

     Jusqu’à récemment, des quantités massives de déchets étaient exportées vers la Chine, avide de matériaux réutilisables. À partir du 1er janvier 2018, Pékin a mis le couvercle sur sa poubelle. Le rejet de 24 catégories de déchets solides a semé le désarroi au sein de l’industrie du recyclage, surtout en Europe et en Amérique du Nord. Du jour au lendemain, tout un marché mondial a connu un redessinage drastique.

     Avec les Philippines, quelques- uns de ses voisins d’Asie du Sud-Est et de l’Océanie sont en train d’en subir les conséquences. Après avoir accepté de remplir le vide laissé par la Chine, ils y renoncent, déjà aux prises avec leur propre gestion des déchets.

     « La Malaisie ne sera pas la décharge du monde ». Yeo Bee Yin détient depuis l’été dernier le portefeuille du ministère de l’Énergie, des Sciences et Technologies, de l’Environnement et du changement climatique de ce pays multiethnique dont le territoire se répartit entre une zone péninsulaire de l’Asie, une partie de Bornéo ainsi que près de 900 petites îles. Moins gueularde, mais tout aussi ferme que le président philippin, elle dénonce une tendance qui représente pour la Malaisie une urgence sanitaire, une injustice environnementale et un grave déséquilibre, surtout depuis le revirement de la politique chinoise.

     « Nous exhortons les pays développés à cesser d’expédier leurs déchets dans notre pays. Nous les retournerons sans pitié à leur pays d’origine », déclare-t-elle sans ambages (citation tirée de Libération, 29 mai 2019).

     Bien que le Canada n’échappe pas à sa ligne de mire, c’est depuis l’Australie qu’un véritable trafic illégal de déchets assaille les nations voisines. On peut se donner une idée des causes et des effets en visionnant un reportage de l’émission 60 Minutes Australie, Exposing Australia’s Recycling Lie (disponible sur YouTube : https://youtu.be/ lqrlEsPoyJk). On apprendra notamment que l’industrie du recyclage se rentabilise mal en grande partie parce que les matières plastiques, faites de polymères d’une très grande variété, se prêtent mal à la récupération – un point c’est tout.

     Faute d’action concertée, la crise ne fera que s’aggraver. La Banque mondiale dresse un portrait lucide dans son rapport : Déchets : quel gâchis 2.0 : un état des lieux actualisé des enjeux de la gestion des ordures ménagères ». En raison de l’urbanisation, de la croissance démographique et du développement économique, la production mondiale de déchets augmentera de 70% d’ici 2050.

     Cette évolution affectera surtout des villes et des pays où le traitement des ordures et déchets constitue déjà un défi majeur. Il n’est pas raisonnable que les nations riches continuent de qualifier allègrement de « développement durable » l’abus pur et simple des « pays- poubelles ».

     La circulation des matières dangereuses est régie par un traité international, la Convention de Bâle, entrée en vigueur en 1992. Jusqu’ici, beaucoup de matériaux jugés « non nocifs », comme les plastiques, ne sont pas couverts, exclusion qu’il faudrait peut-être revoir.

     Bien évidemment, des actions positives peuvent être adoptées à des niveaux divers. Je suis fier de travailler à l’Université Sainte- Anne où les bouteilles jetables en plastique ne sont ni vendues ni distribuées. Le comité de candidature du Congrès Mondial Acadien 2024, ou #Clargyle, a également fixé l’objectif d’éliminer le plastique à usage unique.

     Ce sont de petits pas qui indiquent les grands pas que nous devrons prendre ensemble.

« Pendant que les nations parlent, les villes agissent. » Cette formule de prédilection de Michael Bloomberg, richissime homme d’affaires et maire de la ville de New York pendant une douzaine d’années (2002-2013), exprime la conviction que les collectivités locales seraient peut-être plus aptes que les États à mener des efforts dans certains domaines traditionnellement réservés aux gouvernements nationaux.

     Mon plus récent voyage en Louisiane m’a amené à visiter une agence municipale qui porte haut et fier ce principe : le Centre international de Lafayette (CIL).

     Il y a tout lieu de se méfier de l’imposante statue du général Jean-Jacques Alfred Mouton (1829- 1864), fils d’une famille de l’élite créole-acadienne mort dans la guerre de Sécession, qui se dresse devant l’ancien hôtel de ville où le Centre international a élu domicile à sa fondation en 1989. Ce symbole du Vieux Sud ne reflète guère la mission, décidément progressiste, « de susciter le développement international du commerce et du tourisme » afin de « faire de Lafayette une des régions les plus ouvertes sur le monde aux États-Unis ».

     Telle est la vision que le Centre est appelé à réaliser, et ce, en tirant profit du caractère historiquement francophone de cette partie de la Louisiane ainsi que des liens avec l’Amérique latine, si proche.

     Fort d’une équipe de cinq employés, le CIL fait partie des services de développement économique du gouvernement « consolidé » de la ville et de la paroisse civile de Lafayette. Tout en facilitant le dialogue avec des gouvernements étrangers, il coordonne des initiatives avec des partenaires locaux comme le Conseil pour le développement du français en Louisiane (CODOFIL), la commission touristique de Lafayette (Lafayette Convention & Visitors Center, ou LCVC) et la Lafayette Economic Development Authority (LEDA).

     Tout cela peut paraître ambitieux pour une collectivité de taille moyenne, d’environ 250 000 habitants. Rappelons cependant que l’industrie pétrolière a mondialisé dès le milieu du XXe siècle l’économie de Lafayette, désormais une plaque tournante à l’échelle régionale. Le Centre international ne cherche pas tant à attirer le commerce pour le commerce, qu’à stimuler des échanges aptes à mettre en valeur la spécificité socioculturelle du pays créole et cadien.

     Quand son directeur, Robert Melanson, m’accueillait dans son bureau la semaine dernière, il s’apprêtait à partir pour la Belgique. Accompagné de son collègue Christophe Pilut, spécialiste de recherche et de traduction, M. Melanson allait passer une semaine à Namur. Après les célébrations du 40e anniversaire du jumelage de Lafayette avec Namur, tous deux allaient participer à des activités du réseau Vertech City, « qui est l’un des résultats tangibles de notre jumelage », précise M. Melanson. Cette initiative, fruit d’une concertation des deux villes- sœurs avec Poitiers (France) et Victoriaville (Québec), a pour but de favoriser le développement durable, « notamment les technologies énergétiques écologiques ».

     Ensuite, cap sur Paris pour des réunions avec des hauts fonctionnaires de l’Organisation internationale de la Francophonie. Il s’agira aussi de rencontrer l’Association internationale des maires francophones (AIMF) à laquelle Lafayette a adhéré en 2009 avant d’accueillir le congrès de l’AIMF en 2015. Le CIL y aura été pour beaucoup, c’est certain.

     « Nous discuterons du rôle que notre gouvernement local peut jouer dans la promotion de nos objectifs communs, explique M. Melanson, et nous chercherons également à clarifier le rôle des jumelages au sein de ces grandes organisations, car les jumelages ont toujours été un moyen pour nous de partager notre savoir-faire et de coopérer au niveau local. »

     C’est par cet axe, entre autres, que l’activité du CIL rejoint mes intérêts de recherche : l’Acadie des Maritimes a également privilégié les jumelages de villes, dont celui entre Lafayette et Moncton, qui remonte à 1971-1972.

     Robert Melanson présente un vrai profil de citoyen du monde. Issu d’une famille d’origine acadienne de la région de Houma, au sud- ouest de La Nouvelle-Orléans, il a vécu et travaillé dans plusieurs pays – France, Thaïlande, Russie, Angola et d’autres encore – et dans plusieurs domaines, du développement communautaire au sein du Corps de la paix à l’interprétation médicale en passant par le transport commercial transfrontalier. Il maîtrise non seulement le français, mais aussi le thaï et l’espagnol, en plus de ses compétences en russe et en portugais.

     Cette vaste expérience ne semble qu’avoir renforcé son appréciation de la culture et du patrimoine de sa région d’origine.

     De quoi plaire, sans doute, à son prédécesseur, Philippe Gustin. Belge d’origine et ancien directeur du CODOFIL, Philippe Gustin a tenu les rênes du Centre pendant une trentaine d’années, jusqu’à sa retraite l’an dernier. C’est pour recueillir un témoignage de son fascinant parcours professionnel que j’avais pris rendez-vous avec lui.

     Philippe Gustin, aussi affable que vif d’esprit, m’a signalé deux atouts du CIL : une relative autonomie en ce qui concerne le choix des priorités et des projets, d’une part, et la liberté de travailler avec d’autres municipalités de la région, d’autre part. Ces deux facteurs auront favorisé l’attachement de l’agence à sa vocation francophone. C’est important, car on le sait bien, l’érosion à peu près totale du français comme langue maternelle s’annonce dans un avenir rapproché.

     Pour l’instant, la francophonie locale demeure une carte à jouer, d’autant plus que la Louisiane a récemment rejoint l’OIF.

     Parmi les dossiers nombreux et variés du CIL, il y a un projet à venir qui suscite tout particulièrement l’enthousiasme de Robert Melanson. Le Centre souhaite, en l’absence criante de données fiables, dresser un portrait démolinguistique de la Paroisse de Lafayette.

     « Notre bureau est en train de communiquer avec divers individus et organisations afin d’obtenir des informations concrètes sur nos francophones et créolophones dans l’espoir d’identifier des opportunités de préservation culturelle et linguistique ainsi que de développement économique pour assurer la viabilité de ces communautés. »

     « Ce ne sera pas une tâche facile à accomplir, ni rapide », affirme Robert Melanson, mais l’intérêt est là.

Comme quoi, la globalisation peut venir à la rescousse des cultures locales. C’est du moins le pari du Centre international de Lafayette.

La couverture de l’édition de mai 1980 de Santé du monde, magazine de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), proclamait un miracle : « La variole est morte! » Vaincue donc pour toujours, cette maladie infectieuse d’origine virale, et ce, grâce à une campagne internationale de vaccination lancée en 1959 à l’initiative de l’Union soviétique.

     Incurable, mais évitable, la variole faisait à cette époque des centaines de milliers de victimes rongées par des pustules. Nombre des victimes étaient condamnées à la cécité et 20 % à la mort. Aujourd’hui, Variola virus n’existe plus que dans une poignée de laboratoires où sont conservés quelques échantillons.

     Les retombées d’une telle victoire pour l’humanité vont au-delà de la qualité de vie des gens. Il y a aussi d’énormes bienfaits en termes de développement économique – pensez aux coûts des mesures de prévention pérennes, du soin des personnes atteintes et de la baisse de la population active – et aussi de ressources en matière de santé publique : la menace d’une maladie écartée, on peut s’attaquer à une autre.

     Il est tout à fait possible, croient les autorités, d’éradiquer totalement la poliomyélite, dont le nombre de cas a chuté de 99 % depuis 1988. Celle-ci frappe principalement les enfants en bas âge chez qui une infection sur 200 entraîne la paralysie. Endiguée par un vaccin oral développé dans les années 1950, la polio subsiste dans trois pays seulement : au Nigeria, en Afghanistan et au Pakistan.