Sigogne, prédicateur… le jubilé 1827.

Une des qualités manifestées par Sigogne fut sans doute son habileté à prêcher, pour certains de ses paroissiens, cependant, pendant trop longtemps. Il est vrai que le prédicateur moralisait parfois pendant de très longs moments, désirant convenablement instruire son monde dans la droiture de l’enseignement de l’Église. Naturellement, le contexte au 19e siècle était grandement différent de celui d’aujourd’hui.

Heureusement pour nous, Sigogne a écrit pratiquement tous ses sermons durant ses 45 années en Acadie et ils sont presque tous conservés encore aujourd’hui dans différentes archives au Canada. Cela nous aide à découvrir et à comprendre à travers ces sermons comment vivaient nos ancêtres et comment ils ont été instruits des vérités religieuses durant cette période au 19e siècle. 

Nous pourrions présenter plusieurs exemples de sermons de Sigogne, la liste étant longue et le choix vaste ; durant nos recherches, nous avons pu en identifier au-delà de 100. Aujourd’hui, pour initier une série d’instructions et de sermons dans nos chroniques, nous choisissons celui du jubilé de 1827.

Le but de présenter ces sermons, et celui-ci en particulier, est de démontrer l’endoctrinement subi par nos ancêtres durant cette période avec Sigogne. Nous nous rappellerons la requête de nos ancêtres à la fin du 18e siècle à leur évêque (le 15 septembre 1790, voir notre chronique du 22 mai 2020 dans ces colonnes) : « … obtenir un Pasteur résident parmi nous… et nous maintenir dans la religion dans laquelle nous sommes nés. » Nos ancêtres espéraient et désiraient recevoir les instructions essentielles à leur salut, et ce, dans leur langue française. Autre temps, autres mœurs! Nos ancêtres étaient de fermes croyants en la religion catholique et la plupart y adhérait en pratique. Ce fut donc Sigogne qui répondit à leur requête devenant le pasteur résident, et nos ancêtres en ont eu pour leur argent.

En 1827, Sigogne reçoit avec un enthousiasme brûlant l’annonce de ce jubilé1 et il s’empresse de la transmettre à ses paroissiens. Ce jubilé consiste en un temps privilégié où la pleine rémission des péchés est offerte aux fidèles. Une paix relative étant revenue dans le monde, le pape Léon XII a daigné accorder cette indulgence plénière aux catholiques sous réserve d’accomplir certaines pratiques de dévotion. Le prédicateur incite particulièrement ceux qui se sont récemment séparés de l’Église à profiter de ce jubilé pour s’y réconcilier. Il supplie les parents d’emmener leurs enfants au jubilé et au catéchisme. Il énonce lesquels parmi ses paroissiens doivent faire une confession générale.

(Ce sermon, daté du 9 septembre 1827, est présenté à la paroisse Sainte-Anne, et sans doute à la paroisse Sainte-Marie avant cette date. Il est présentement conservé aux Archives nationales, Ottawa, Fonds Sigogne, MG 23, C-10, vol. 2, pp. 452-459 ; les numéros entre crochets […] dans le texte indiquent la pagination utilisée par l’archiviste.)

Annonce du jubilé à Sainte-Anne

Me voici de retour parmi vous, chrétiens, plein de joie et de volonté quoique, si dans les circonstances présentes je ne considérais que quelques particularités très affligeantes en elles-mêmes, je me trouverais cependant découragé. Mais des considérations d’un ordre bien supérieur m’animent, me font parler et me font en quelque sorte oublier le chagrin que j’ai éprouvé ou au moins elles l’emportent par-dessus et de préférence pour le moment, au point de n’en point faire aujourd’hui aucune mention particulière parce que j’espère fortement qu’avec l’assistance de la grâce de Dieu, les effets de ce qui surviendra couvriront la honte et la disgrâce que nous aurions tous ensemble, vous comme moi, à éprouver autrement. 

Mais d’un autre côté, à considérer les grandes dispensations de la providence et de la miséricorde divine, j’ai à vous annoncer une telle nouvelle, une si grande cause d’allégresse, une telle occasion de salut et de paix chrétienne selon Dieu, que je ne balance pas, en vous l’annonçant, d’employer les paroles de l’ange qui annonçait aux bergers des environs de Bethléem, la naissance du Sauveur : Je viens vous annoncer une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie (Lc 2, 10). J’ajouterai encore ce que la multitude de l’armée céleste jointe à cet ange ajouta en louant Dieu : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. (Lc 2, 14) C’est l’année du jubilé universel parvenue enfin [453] jusqu’à vous, quoique vous soyez des derniers en toute probabilité parce que les lettres qui nous l’ont annoncée ne nous sont parvenues que tard et qu’on n’a pu le publier ici avant ce jour. Mais n’importe, il vous reste un temps suffisant pour en profiter et le gagner si vous en avez la volonté. En toute probabilité il est accompli partout ailleurs. Il ne reste plus que jusqu’au premier jour de janvier prochain pour en voir la fin, c’est-à-dire un peu moins de quatre mois. Nous ne pouvons l’étendre au-delà de ce terme, quoique là où les bulles ou lettres de Notre Saint-Père, le pape, ont été publiées plus tôt on ait eu selon les termes de ces lettres l’espace de six mois pour le faire, soit dit en passant.


Entrons maintenant en explication autant que le temps nous le permet et que les circonstances l’exigent de nous. Aux premiers moments que le Sauveur des hommes commença ses fonctions pour notre Rédemption, il entra un jour de sabbat dans la synagogue (ou l’église de Nazareth où il avait été élevé) et il se leva pour lire et on lui présenta le livre du prophète Isaïe et, ayant ouvert le livre, il trouva l’endroit où il était écrit : L’esprit du Seigneur s’est reposé sur moi. C’est pourquoi il m’a consacré par son onction, il m’a envoyé pour prêcher l’Évangile aux pauvres, pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour annoncer aux captifs leur délivrance et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour mettre [454] en liberté ceux qui sont sous l’oppression, pour publier l’année favorable du Seigneur et le jour de la rétribution. Ayant alors fermé le livre il le rendit au ministre et s’assit. Alors il commença à leur dire : C’est aujourd’hui que cette parole de l’Écriture que vous venez d’entendre est accomplie.2


Oui, chrétiens, vous dirai-je, en me servant des paroles du Sauveur, cette écriture est accomplie parmi vous. C’est l’année de la Rédemption ou délivrance des captifs. C’est l’année favorable du Seigneur. C’est l’année du jubilé, un temps favorable, un temps d’indulgence, un temps où tous les pécheurs sont rappelés à Dieu, un temps où la pleine rémission de tous péchés leur est offerte en son nom. Qu’est-ce donc que le jubilé, me dira-t-on? C’est un temps de joie, de rémission, d’allégresse et de rétablissement. C’est cette année de délivrance où l’oint du Seigneur est envoyé par son Esprit pour prêcher l’Évangile aux pauvres, annoncer aux captifs du démon à cause de leurs péchés leur pleine et entière délivrance, et où ceux qui sont sous l’oppression du diable, l’ennemi de notre salut, sont mis en liberté. Voilà quelles sont les vues et les fins générales du jubilé. 


[…]  Mais maintenant que, par la grâce de Dieu, la paix règne dans le monde chrétien et que l’ordre est rétabli au moins en grande partie, Notre Saint-Père, le pape Léon XII de nom, a jugé à propos d’avoir cette condescendance pour tous les enfants de l’Église catholique, de suivre cette coutume qui n’avait été interrompue qu’une seule fois parce qu’on ne pouvait mieux alors, et a accordé à tous les chrétiens l’indulgence plénière de leurs péchés sous les conditions prescrites dans ses lettres. Ce jubilé a été célébré à Rome avec les plus augustes cérémonies par le chef de l’Église et avec une piété, un zèle et une charité vraiment chrétienne et extraordinaire par tous les fidèles, tant de la ville que ceux qui s’y étaient assemblés et venus de fort loin de tous les pays catholiques comme vous l’apprendra la lecture de la bulle qui sera faite ensuite. Ce jubilé a été bien reçu et rempli saintement dans tous les pays chrétiens comme je l’ai appris tant par lettres que par ouï-dire. Ce jubilé nous est enfin parvenu et il n’est pas nécessaire que je vous parle de l’empressement de nos frères de Sainte-Marie à le faire. Le bruit public vous l’a déjà annoncé et a sans doute disposé [457] vos esprits à le recevoir avec la même bonne volonté et la même soumission. Il n’a été nulle part négligé et méprisé que par les impies, les libertins et ceux qui en ce monde n’ont aucune crainte de Dieu, ni de ses jugements, gens perdus et réprouvés qui n’ont aucune espérance pour le ciel et à qui il ne reste que l’enfer.


Je vous y appelle tous au nom trois fois saint de Dieu, notre maître absolu, de Jésus Christ, notre Rédempteur et notre juge, enfin au nom de l’Église, notre mère. J’y invite en particulier les membres égarés des quatre familles qui nous ont fait connaître leur funeste séparation l’an dernier, je prie le Seigneur de leur donner la grâce. J’y appelle aussi tous ceux qui nous ont donné scandale ces dernières années par leur excès et la dépravité (sic) de leurs mœurs ; il n’en est malheureusement que trop. Je ne dirai rien en détail aujourd’hui sur ce point. Je dirai à tous que, quelque grands pécheurs qu’ils puissent être, s’ils veulent retourner à Dieu sincèrement ils seront reçus à bras ouverts. C’est la fin du jubilé d’exciter et d’animer la piété et la charité chrétiennes et de donner occasion à la pénitence, la réconciliation et la conversion des plus grands pécheurs. Je ne demande aujourd’hui à ceux-là que de retourner chacun à leur place avant huit jours et de m’en assurer. Autrement, je ne leur permettrai pas d’approcher plus près de l’église que la clôture du cimetière en dehors et cela jusqu’à ce qu’ils se soumettent. Et j’interdirai [458] leur société avec les fidèles afin qu’ils viennent à la fin à rougir de leur conduite s’ils demeurent endurcis.


J’y invite aussi tous vos enfants. Le jubilé est ouvert pour eux comme pour les autres. Et vous, pères et mères, j’attends de vous que vous les y amènerez partout avec vous, les pères leurs garçons et les mères leurs filles, même les plus jeunes d’entre eux. Dès qu’ils ont assez de connaissance pour se souvenir et réciter quelques prières, disposez-les, instruisez-les à cet effet. Envoyez aussi aux instructions du catéchisme tous ceux qui sont en âge depuis onze et douze ans afin qu’ils puissent aussi participer à la grâce du jubilé en faisant leur première communion, car selon les termes du jubilé les adultes n’y peuvent avoir part qu’en faisant une bonne confession et une bonne communion. Quand j’ai dit, chrétiens, il n’y a qu’un moment, que je demandais que ceux qui se sont écartés rentrassent à leur place d’ici à huit jours, je vous avertis que je ne prétends point comprendre une femme outragée à qui je suis éloigné de faire de la peine ne voulant pas accroître ses chagrins, dont même je suis disposé de prendre la part selon la justice de Dieu et la charité, et que toutefois je désirerais voir paisiblement et heureuse au sein de sa famille. Aujourd’hui le temps ne me permet pas de vous lire les lettres de Notre Saint-Père, le pape. Ce sera pour un autre dimanche ; elles sont longues. Mais le langage en est [459] si plein d’onction, si plein de foi, si consolant, si édifiant pour toute personne qui a de la foi, qui désire faire son salut et gagner le ciel, enfin si digne d’un apôtre que j’ai cru de mon devoir de la mettre en français pour votre édification et votre instruction, quoique je reconnaisse ici que ce soit une tâche au-dessus de mes talents de rendre justice au discours, à la grandeur et la beauté des sentiments du Saint-Père. Cependant, voyant que vous n’aviez pas d’autre moyen de les connaître et qu’il était nécessaire de les publier, je me suis hasardé de traduire ces lettres afin qu’elles fussent connues autant qu’il est en notre faiblesse. Ce que je me propose d’exécuter pour dimanche prochain.

Venons à présent à la pratique. Quant à la confession et la communion, je vous exhorte d’y venir dès le commencement, surtout ceux qui n’ont pas satisfait à leur devoir pascal ces dernières années. Il n’est pas nécessaire de faire de confessions générales. Cependant je vous préviens que j’en exigerai de ceux qui n’ont pas été à confesse ou communié depuis longtemps; quant aux autres je ne suis pas disposé à les recevoir si ce n’est en quelques cas particuliers où elle me paraîtra nécessaire.

(Références)

1Jubilé équivaut à une indulgence plénière solennelle et générale accordée par le Pape, en certains temps et à certaines occasions, aux fidèles pour une année, dite année sainte, moyennant certaines pratiques de dévotion.

2 Lc 4, 16-21.


La présente chronique, et d’autres qui suivront, fait partie d’une série d’instructions ou de sermons présentés par Sigogne à ses paroissiens, une série initiée la semaine dernière dans ces colonnes.

Depuis son arrivée en Acadie du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, l’abbé Sigogne a maintes fois déploré avec constance l’ignorance parmi son monde. Il a souvent prêché contre ce « vice » pour inciter les siens à s’instruire non seulement des vérités de la foi, mais encore de la lecture, de l’écriture et des mathématiques, des sujets utiles à leur vie de tous les jours. Nous présentons aujourd’hui, en une première partie de deux chroniques, les efforts de Sigogne envers l’éducation de son monde et ses réalisations pour encourager ses ouailles à s’instruire.

En première partie sur le thème de Sigogne, bâtisseur d’églises, nous avons vu comment il avait négocié avec ses paroissiens la construction de ses premières églises et comment il avait insisté sur des règlements pour maintenir l’ordre dans ses églises.

En arrivant en Acadie, c’est à dire, le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, l’abbé Sigogne ne tarde pas à renseigner son évêque à Québec sur l’état physique des églises dans ses deux grandes paroisses. « Il y a une église et un presbytère dans les deux endroits [Sainte-Anne-du-Ruisseau et Pointe-de-l’Église], mais les églises doivent être incessamment rebâties, » lui écrit-il en 1800.1

Les tractations entre Mgr Denaut, Mgr de la Marche et Sigogne (partie 3) Nous terminons ici les deux dernières chroniques au sujet des démarches insistantes des Acadiens du Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse auprès des autorités religieuses et civiles. Insatisfaits de leurs pasteurs et négligés des autorités religieuses, ils sollicitaient un prêtre de langue française voulant demeurer à long terme avec eux.

Nous présentons dans cette chronique le père de la famille Sigogne, Mandé, qui est en quelque sorte un personnage énigmatique dont l’idéologie diffère grandement de celle de son fils aîné, Jean Mandé. Comme adulte, Mandé est devenu un fonctionnaire public dans sa commune française et il se montre passablement intransigeant dans ses idées et son comportement.

Dans le Décret relatif aux passeports proclamé le 1er février 1792,(1) il est stipulé que « toute personne qui voudra voyager dans le royaume » ou qui voudra sortir du royaume sera tenue de se munir d’un passeport octroyé individuellement et signé exclusivement par le maire ou un autre officier municipal, par le secrétaire-greffier et par l’individu. Quelques mois plus tard, le 29 juillet 1792, un autre décret sur le même sujet ajoute encore :

À compter du 9-10 août 1792, l'Assemblée Notre dernière chronique (voir le 27 mars 2020) rapportait les différentes idéologies qui séparaient le père, Mandé Sigogne, et son fils, le vicaire de Manthelan, et les conflits entre père et fils que celles-ci occasionnaient.

Sigogne a complété ses études théologiques à Tours, en France, où il fut ordonné prêtre en 1787 au service du diocèse du même nom. Il fut aussitôt nommé vicaire de la commune Manthelan, sous l’autorité du curé LeBen. Rien de très par ticulier n’est rappor té à propos de son ministère à partir de son affectation jusqu’à la mainmise des Républicains sur l’État et leur empiètement sur l’autorité religieuse en France.

Suivant la monographie de Dagnaud (1) (voir chronique du 13 mars 2020), peu de nouvelles données sur la vie de Sigogne ont été révélées dans les nombreux écrits qui ont suivi jusqu’à nos jours. Ces articles ont soit repris les faits connus sur Sigogne, soit exposé une nouvelle interprétation ou une nouvelle perspective de sa vie à la lumière de publications déjà parues.

Faisant suite à nos plus récentes chroniques, nous ne pouvons passer sous silence l’auteur qui a marqué de façon brillante la période de Sigogne dans une monographie. En 1905, le deuxième supérieur du Collège Sainte-Anne à l’époque, et curé de la paroisse Sainte-Marie de 1899 à 1908, Pierre-Marie Dagnaud, Français et prêtre eudiste, publie l’œuvre, à cette époque, la plus reconnue et la plus volumineuse au sujet de Sigogne et des Acadiens du Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse^1. Cette monographie comprend douze chapitres précédés d’une préface du supérieur général des pères eudistes, d’une introduction de l’auteur, le tout suivi de deux appendices, dont le deuxième reproduit intégralement le règlement (voir chronique du 20 décembre 2019) de vingt-huit ar ticles proposés par Sigogne en 1799 à ses deux paroisses.

La présente chronique donne suite à notre dernière du 28 février 2020 sur les écrits de Placide Gaudet à propos de Sigogne. Gaudet a commencé à écrire dans le Courrier des Provinces Maritimes, le 19 novembre 1885, dans un article intitulé simplement : ‘L’Abbé Jean-Mandé Sigogne’.

Dans notre dernière chronique, nous avons présenté les commentaires élogieux à l’endroit de Sigogne formulés durant son vivant par deux influents personnages, Haliburton et Howe. Il aura fallu attendre près de six décennies avant de découvrir dans la presse francophone naissante des témoignages aussi éloquents que ceux-là, et ce, quelque quarante ans suivant la mort de Sigogne. En effet, c’est Placide P. Gaudet(1), qui reprend les éloges dans Le Courrier des Provinces Maritimes(2) à partir du 19 novembre 1885.

Au Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse en début du XIXe siècle, peu d’Acadiens savaient écrire. Il n’y avait pas de journal en français dans les provinces Maritimes où ils auraient pu s’exprimer. Il est donc difficile à cette période, sinon impossible, de trouver des commentaires publiés par ces Acadiens au sujet de leur pasteur, l’abbé Sigogne.

Tournant décisif de la guerre de Sept Ans (1756-63), la chute de la forteresse française de Louisbourg, à l’été 1758, marque le début de la fin de l’Amérique française. La victoire des forces britanniques à l’île Royale (Cap-Breton) ouvre la voie au siège de Québec, où se jouera l’an suivant le sort de la Nouvelle-France sur les plaines d’Abraham, et à la capitulation de Montréal en septembre 1760, sans oublier la bataille de la Ristigouche (juillet 1760) à laquelle participeront des Acadiens réfugiés dans la région de la baie des Chaleurs.

En octobre 1802, Sigogne écrit à Mgr Denaut, évêque de Québec, une longue lettre remplie d’importants renseignements au sujet de son ministère. Physiquement, cette lettre comprend quatre longues pages (21 X 33 cm) écrites dans une calligraphie mince, assez soignée cependant, comparée à celle d’autres lettres où la calligraphie est quelques fois illisible. Il est évident que Sigogne en a long à dire à son évêque. Nous reviendrons, dans des chroniques ultérieures, à d’autres points soulevés dans cette lettre, mais aujourd’hui nous nous arrêtons à un sujet en par ticulier qui touche la difficulté de se trouver un conjoint à l’extérieur de la parentalité.

Deux ans après son arrivée parmi les Acadiens du Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse, l’abbé Sigogne se vide à son évêque de ses problèmes personnels et aussi des problèmes qu’il a avec ses ouailles. Ce ne sera pas, hélas!, la seule fois ... ces ‘tracasseries’ deviendront un thème récurrent dans sa correspondance à ses supérieurs.

En 2020, les habitants de la paroisse Sainte-Marie, Pointe-de-l’Église, Nouvelle-Écosse, sont aux prises avec l’état de leur église qui a grandement besoin de réparations coûteuses et qui est trop spacieuse pour le nombre déclinant de fidèles qui la fréquentent.

À partir de 1789, la Révolution française entraîne des conséquences désastreuses pour plusieurs en France, et en particulier pour les religieux. L’abbé Sigogne fut une des victimes cléricales en raison de son refus d’embrasser la Constitution civile du Clergé imposée par les Républicains à tous les religieux, évêques, prêtres, entre autres.

La correspondance de l’abbé Jean Mandé Sigogne est abondante et riche en intérêt historique et notamment en histoire religieuse de la région du Sud-Ouest de la Nouvelle Écosse. Tout près de 100 lettres retrouvées sont conservées dans différentes archives, principalement au Canada, bien qu’il s’en trouve une aux archives diocésaines de Westminster, à Londres, en Angleterre.

La lettre suivante, datée du 19 août 1816, est en réponse à celle du 16 février 1816, du notaire français Gallicher qui, très probablement, informait l’abbé Sigogne du décès (le 16 octobre 1815, à Beaulieu, France) de son père. Tout d’abord, la lettre initiale de Gallicher n’a malheureusement jamais été retrouvée. Ensuite, la réponse de l’abbé Sigogne dans sa version manuscrite originale existe toujours, mais elle est très fragmentaire.