Chronique de la cigogne!

Les tractations entre Mgr Denaut, Mgr de La Marche et Sigogne (partie 2)

(Suite de la chronique du 22 mai 2020, page 13.)

Les missionnaires frauduleux, malhonnêtes,1 itinérants, et incapables en grande partie de parler la langue du peuple,2 confirmaient les inquiétudes déjà exprimées par les Acadiens dans un document daté du 16 janvier 1787; ce document déplorait « la triste situation où nous sommes regardant le spirituel ».3 Ils firent parvenir plus tard en septembre 1790 leur requête officielle auprès du supérieur des missions, Jones, pour obtenir un prêtre de langue française (voir dernière chronique dans ces colonnes). Bien que Jones ne fût généralement pas impressionné par les missions du Cap-Sable et de Sainte-Marie, il s’efforça quand même activement de trouver un missionnaire résident de langue française pour ces Acadiens. Dans une lettre du 5 octobre 1790 à Gravé, vicaire général à Québec, Jones s’exprime ainsi :

Quand j’ai eu l’honneur de vous voir à Québec, vous m’avez parlé au sujet des Acadiens de la Baie Ste-Marie, vous m’avez dit, qu’il serait mieux pour eux d’avoir un missionnaire canadien, j’ai leur a [sic] marqué votre paternel à leur égard. En attendant j’ai leur [sic] envoyé un prêtre irlandais (Monsieur Grace, un homme de bonnes moeurs), il a resté huit mois entre Cap Sable et la Baie Ste-Marie, et il y passera l’hiver à les desservir. Il ne peut pas prêcher en français. J’ai promis à Monsieur Dousset de leur procurer un homme habile à les instruire en français. Je vous prie de leur envoyer une telle personne. Le dedans [c’est-à-dire document ci-joint : probablement la requête du 15 septembre 1790] est leur convention avec leur missionnaire /…/ Je vous prie de m’écrire à ce sujet, comme j’ai mandé un confrère qui est à présent en France (un bon prédicateur) et je le remanderai, sur le reçu de votre lettre, en cas qu’un missionnaire canadien se trouve.4

Jones n’avait écrit sa toute première lettre en français que le 1er septembre 1789 ; elle était destinée à Gravé : « Celle-ci est ma première épreuve en français, je n’ai ni dictionnaire ni aucune autre aide. Si je puis vous communiquer mes idées, je ne m’en soucie de la diction ou du stile. »5
Quelques semaines plus tard, il écrit à son évêque, Mgr Hubert : “I attempted writing in french to your Vicar general, Mr Gravé; I doubt if he can make any hand of it. Fearing it might be so again, I write the present in a language much more favourable to express my thoughts.”6 Il est évident par ces remarques que Jones était beaucoup plus à l’aise en anglais ; cela explique la lourdeur de son français écrit. Peut-on supposer que son français oral était plus séant ? Quoi qu’il en soit, en dépit des difficultés qu’il rencontre dans cette langue, il est vraisemblable qu’il soit arrivé à se faire comprendre en français. Jones semble donc le seul à pouvoir s’exprimer et à se faire comprendre dans la langue du peuple, tandis que Grace et les autres prêtres n’y parviennent pas.7 A part Jones, une seule exception parmi ces prêtres irlandais : Laurent Phelan qui, rappelons-le, « a passé quatorze ans en France ».

Le 12 mai 1792, Jones répondait aux Acadiens de la Baie Sainte-Marie qui lui avaient expédié en septembre 1790 cette requête en vue d’avoir un prêtre résident pouvant parler leur langue. Jones commence par l’affirmation suivante : “I have told you more than once that it is beyond the reach of our worthy Bishop of Québec to furnish missionaries for these parts.”8 Comme preuve, cependant, de sa bonne volonté en dépit de la pénurie de prêtres français, il leur fit les suggestions suivantes:
1. Meet together and bind yourselves to what you can do for a clergyman. 2. There is a constant intercourse between Boston and St-Pierre & Miquelon. Send your proposals to the Reverend Mr Longueville, Superior of that mission, and pray him to forward a priest to you by the way of Boston or any others that may answer.

Le paragraphe suivant révèle non seulement les impressions de Jones concernant la mission de la Baie Sainte-Marie, mais aussi le contexte difficile de l’époque:
But, my brethren, you ought to consider the sacrifice a man makes leaving his country and connnections to bury himself in woods and marshes, lost to society and to all the comforts of life! Do not imagine as your wilds please you, it may be so with others!

Il est important de faire ressortir davantage, au moyen de sa correspondance, la perception que Jones se faisait des missions acadiennes du sudouest de la Nouvelle-Écosse. Cette correspondance met en lumière le contexte entourant les négociations qui eurent lieu avec le supérieur de ces missions peu sensible aux réalités rurales. Elle donne en même temps une bonne description du milieu socio-culturel des Acadiens de la part de celui qui, non seulement connaissait ceux-ci, mais qui de plus était en mesure de prendre des décisions importantes quant à leur avenir:

/…/ en cas que ce Mr  vienne il aura à faire à des gens difficiles à mener, ils sont des vrais américains à l’égard de leur police ecclésiastique.9

There is a scanty pittance only for one [missionary], the families may be about 150, but poor and hard to govern being the Acadians, or their descendants, who passed from these parts to New England. They are, in church polity, very troublesome. Vestments and chalices, &c , they have both at the Bay and Cape Sable, and at the former a glebe house near their church. I have been among them and I think it a poor country and a severe mission.10

 [Cape Sable and Bay St-Marie] are about 50 miles apart, no roads, no place of entertainment, and their dwellings are scattered far and wide! [… The missionary’s] comforts in this life will depend chiefly on his protestants neighbours and a reward, adequate to his labours, he will, I hope, receive in next.11 Ces remarques peu flatteuses, incendiaires presque, à l’endroit des Acadiens de cette partie de la Nouvelle-Écosse de la part de leur supérieur ecclésiastique immédiat ajoutaient à la difficulté, voire l’impossibilité, éprouvée jusque-là à obtenir un missionnaire permanent pouvant s’exprimer convenablement en français devant ces paroissiens négligés.

Afin de démontrer la complexité à obtenir des missionnaires francophones pour les Acadiens ainsi que le contexte général d’opposition aux missionnaires français par les autorités, certains documents épiscopaux élucident davantage cette question épineuse. Un mémoire,  État de la mission de l’Acadie en 1787, rédigé à l’automne 1787

vraisemblablement par Mgr Hubert,12 coadjuteur de Québec, et expédié à Mr Villars, vicaire général à Paris, fait la conclusion suivante : « que surtout il faut s’abstenir d’y envoyer aucune personne capable de donner ombrage au gouvernement Britannique, tels que seraient des prêtres français ou espagnols, etc. ».13 Aussi, dans une lettre du 22 octobre 1787, du même évêque à Jones, il affirme :

Les Acadiens établis dans la Nouvelle-Écosse doivent s’accoutumer aux missionnaires anglais puisqu’on ne peut plus leur en procurer d’autres. Leur délicatesse sur ce point serait déplacée, d’autant que la plus part [sic] entendent et parlent passablement l’anglais.14

Ce commentaire révèle bien l’opinion de cet évêque à propos de la situation linguistique des Acadiens en poursuivant dans la même missive :
Mr Lucy est arrivé à Québec où l’on n’a aucun emploi à lui donner, parce qu’il ne parle pas français. Je lui ai donné ordre de retourner auprès de vous et lui ai promis de vous le recommander. Puisqu’il n’est pas propre pour Halifax vous pourriez lui donner quelque autre place comme la Baie Ste-Marie ou le Cap Sable, &c; en un mot, suivant que vous le jugerez convenable.

Mgr Hubert réitère de nouveau en 1790 ses préjugés au sujet des Acadiens et leur parler quotidien:

 [La Nouvelle-Écosse] , en effet, où les catholiques nombreux sont presque tous Anglais, Irlandais, Écossais, ou Acadiens sachant bien la langue anglaise, ouvre une carrière honorable au zèle des ecclésiastiques Britanniques.15

Nous n’avons trouvé aucune évidence que Lucy se soit effectivement rendu au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Heureusement pour les Acadiens de cette région, car l’opinion que se faisait l’évêque au sujet du parler de ces habitants n’est pas conforme à celle qu’ils exprimaient eux-mêmes. Dans une pétition soumise au Lieutenant-gouverneur de la province en 1796, ces Acadiens affirment que les ministres qui les desservent sont « unacquainted with the language we speak which alone is known to many of our people ».16

Ayant déjà vécu une mauvaise expérience avec le moine français Ledru, Jones ne se sentait pas en mesure d’en tenter une nouvelle avec un autre prêtre français et il demeurait conséquemment prudent quant à l’approbation d’un nouveau missionnaire français. Il écrit à Gravé le 1er  septembre 1789 : « on m’a dit qu’il y a un prêtre français à Québec qui a été à Boston, ne le permettez pas de venir ici, car je le regarde comme un autre LeDru ».17  Et encore dans une lettre du 24 octobre 1791 à son évêque, il écrit : « Rousselet [vraisemblablement un français] que j’ai recommandé à Votre approbation, est un autre homme que je ne le croyais, j’ai été trompé »; et plus loin, dans la même lettre, il ajoute : « Un pseudo-apôtre français (a methodist) vient d’entrer dans ce païs » et conséquemment il avertit LeRoux, missionnaire au Nouveau-Brunswick, de « mettre son troupeau sur leur garde [… et de] faire sonner le tocsin à l’approche du loup ».18  Cinq mois plus tard, ayant appris que Rousselet n’était pas « en règle », il affermit sa décision à son sujet : « je lui ai défendu de passer chez ces bons[sic] gens »19  de la Baie Sainte-Marie. Cette remarque (« … bons gens… ») faite en 1792 surprend considérant ce qu’il pensait de ces mêmes Acadiens en février 1799.20

Encore que la disponibilité de prêtres canadiens ou français pour desservir en leur langue les Acadiens du sud-ouest de la province ait été peu prometteuse, la méconnaissance de l’évêque et la méfiance du supérieur des missions envers ces Acadiens donnaient peu d’espoir d’obtenir un prêtre francophone résidant. De plus, l’attitude de Jones envers les prêtres français en général réduisait davantage la possibilité d’accorder une réponse favorable à leur demande. Les Acadiens le reconnaissaient trop bien. Déjà au début de l’année 1787, les Acadiens avaient commencé à négocier entre eux afin de presser non seulement les autorités religieuses, mais civiles aussi afin de leur fournir un prêtre pouvant parler leur langue et qui consentirait à s’établir à long terme parmi eux. Le document préparatoire à la pétition du 15 septembre 1790 fut écrit le 16 janvier 1787 par les Acadiens du Sud-Ouest :

Les envoyés du Cap Sable s’étant rendus à la Baie Sainte- Marie à l’assemblée générale ont résous de se joindre et se sont joints à eux pour faire écrire à monsieur Bourque, grand vicaire, notre supérieur et le leur, pour lui mander la triste situation où nous sommes regardant le spirituel.21 

Bien que ce document ne précisât pas autant que celui de 1790 les conditions rattachées à l’obtention d’un prêtre, il stipulait la volonté des habitants de partager à part égale, selon la proportion des habitants dans chacun des deux cantons, les services du pasteur ainsi que les dépenses inhérentes. À l’époque de ces pourparlers entre les habitants des deux cantons, en janvier 1787, le seul missionnaire qui visitait ces Acadiens était bien Ledru. Nous présumons que le comportement bizarre et l’instabilité de ce missionnaire transpirassent déjà à leurs yeux. L’interdiction dont il avait été frappée l’automne précédent compliquait encore davantage son ministère pastoral auprès des Acadiens. Si, comme il est indiqué plus haut, Ledru administrait encore les sacrements aux Acadiens du sud-ouest de la province en 1788, il fut sans doute le dernier missionnaire français dans cette région avant l’arrivée des prêtres irlandais plus tard dans la même année.

(à suivre…)


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1En plus des interdictions à l’endroit de Ledru, le supérieur des missions, Jones, avait « défendu d’exercer aucune fonction ecclésiastique » à William Phelan; voir AAQ, 312 CN, N.-É., I:37 et 40, lettres du 24 mars et du 6 mai 1792 de Jones à Hubert; et aussi I:39, lettre du 16 avril 1792 de Jones aux catholiques de la Nouvelle-Écosse.

2AAQ, 312 CN, N.-É., I:25, lettre du 5 octobre 1790 de Jones à Gravé.

3Archives du Centre acadien, Université Sainte-Anne, MG 2, Volume 5, boîte 2, folio 6.

4AAQ, 312 CN, N.-É., I:25, lettre du 5 octobre 1790 de Jones à Gravé.

5AAQ, 312 CN, N.-É., I:15, lettre du 1er septembre 1789 de Jones à Gravé.

6AAQ, 312 CN, N.-É., I:16, lettre du 22 septembre 1789 de Jones à Hubert.

7Même si Grace ne pouvait s’exprimer couramment en français, l’acte de baptême fait par celui-ci et transcrit par Placide Gaudet témoigne qu’il pouvait écrire en français; voir AAQ, 312 CN, N.-É., V:152.

8AAQ, 312 CN, N.-É., V:153, lettre du 12 mai 1792 de Jones aux Acadiens. Ce document est une transcription manuscrite par Placide Gaudet de l’original qui “est précieusement conservé parmi les papiers de famille des descendants du capitaine Pierre dit Pitre Doucet à la baie Ste-Marie où j’en ai pris copie en 1892” (lettre du 18 janvier 1904 de Gaudet à Mgr H. Têtu, AAQ, 312 CN, N.-É., V:186); une traduction en français est publiée dans l’article de Gaudet, “Les premiers missionnaires”, L’Évangéline (23 juillet 1891).

9AAQ, 312 CN, N.-É., I:62, lettre du 7 avril 1797 de Jones à Hubert.

10AAQ, 312 CN, N.-É., I:63, lettre du 12 janvier 1799 de Jones à Plessis.

11AAQ, 312 CN, N.-É., I:64, lettre du 20 février 1799 de Jones à Plessis.

12Pour établir l’auteur de ce mémoire voir AAQ, 1 CB, VG, VI:28, lettre du 15 octobre 1787 de Hubert à Villars.

13AAQ, 312 CN, N.-É., I:12, État de la mission de l’Acadie en 1787.

14AAQ, 1 CB, VG, I:40, lettre du 22 octobre 1787 de Hubert à Jones.

15AAQ, 12 A, Registre des insinuations, vol. D, f. 223 vo ss, mémoire du 20 mai 1790 de Hubert à Lord Dorchester.

16PRO, Colonial Office [CO] 217, Volume 67, folios 111-112.

17AAQ, 312 CN, N.-É., I:15, lettre du 1er septembre 1789 de Jones à Gravé.

18AAQ, 312 CN, N.-É., I:32, lettre du 24 octobre 1791 de Jones à Hubert.

19AAQ, 312 CN, N.-É., I:35, lettre du 10 mars 1792 de Jones à Hubert.

20AAQ, 312 CN, N.-É., I:64, lettre du 20 février 1799 de Jones à Plessis.

21ACA, MG 2, Volume 5, boîte 2, folio 6.

En première partie sur le thème de Sigogne, bâtisseur d’églises, nous avons vu comment il avait négocié avec ses paroissiens la construction de ses premières églises et comment il avait insisté sur des règlements pour maintenir l’ordre dans ses églises.

En arrivant en Acadie, c’est à dire, le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, l’abbé Sigogne ne tarde pas à renseigner son évêque à Québec sur l’état physique des églises dans ses deux grandes paroisses. « Il y a une église et un presbytère dans les deux endroits [Sainte-Anne-du-Ruisseau et Pointe-de-l’Église], mais les églises doivent être incessamment rebâties, » lui écrit-il en 1800.1

Les tractations entre Mgr Denaut, Mgr de la Marche et Sigogne (partie 3) Nous terminons ici les deux dernières chroniques au sujet des démarches insistantes des Acadiens du Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse auprès des autorités religieuses et civiles. Insatisfaits de leurs pasteurs et négligés des autorités religieuses, ils sollicitaient un prêtre de langue française voulant demeurer à long terme avec eux.

Nous présentons dans cette chronique le père de la famille Sigogne, Mandé, qui est en quelque sorte un personnage énigmatique dont l’idéologie diffère grandement de celle de son fils aîné, Jean Mandé. Comme adulte, Mandé est devenu un fonctionnaire public dans sa commune française et il se montre passablement intransigeant dans ses idées et son comportement.

Dans le Décret relatif aux passeports proclamé le 1er février 1792,(1) il est stipulé que « toute personne qui voudra voyager dans le royaume » ou qui voudra sortir du royaume sera tenue de se munir d’un passeport octroyé individuellement et signé exclusivement par le maire ou un autre officier municipal, par le secrétaire-greffier et par l’individu. Quelques mois plus tard, le 29 juillet 1792, un autre décret sur le même sujet ajoute encore :

À compter du 9-10 août 1792, l'Assemblée Notre dernière chronique (voir le 27 mars 2020) rapportait les différentes idéologies qui séparaient le père, Mandé Sigogne, et son fils, le vicaire de Manthelan, et les conflits entre père et fils que celles-ci occasionnaient.

Sigogne a complété ses études théologiques à Tours, en France, où il fut ordonné prêtre en 1787 au service du diocèse du même nom. Il fut aussitôt nommé vicaire de la commune Manthelan, sous l’autorité du curé LeBen. Rien de très par ticulier n’est rappor té à propos de son ministère à partir de son affectation jusqu’à la mainmise des Républicains sur l’État et leur empiètement sur l’autorité religieuse en France.

Suivant la monographie de Dagnaud (1) (voir chronique du 13 mars 2020), peu de nouvelles données sur la vie de Sigogne ont été révélées dans les nombreux écrits qui ont suivi jusqu’à nos jours. Ces articles ont soit repris les faits connus sur Sigogne, soit exposé une nouvelle interprétation ou une nouvelle perspective de sa vie à la lumière de publications déjà parues.

Faisant suite à nos plus récentes chroniques, nous ne pouvons passer sous silence l’auteur qui a marqué de façon brillante la période de Sigogne dans une monographie. En 1905, le deuxième supérieur du Collège Sainte-Anne à l’époque, et curé de la paroisse Sainte-Marie de 1899 à 1908, Pierre-Marie Dagnaud, Français et prêtre eudiste, publie l’œuvre, à cette époque, la plus reconnue et la plus volumineuse au sujet de Sigogne et des Acadiens du Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse^1. Cette monographie comprend douze chapitres précédés d’une préface du supérieur général des pères eudistes, d’une introduction de l’auteur, le tout suivi de deux appendices, dont le deuxième reproduit intégralement le règlement (voir chronique du 20 décembre 2019) de vingt-huit ar ticles proposés par Sigogne en 1799 à ses deux paroisses.

La présente chronique donne suite à notre dernière du 28 février 2020 sur les écrits de Placide Gaudet à propos de Sigogne. Gaudet a commencé à écrire dans le Courrier des Provinces Maritimes, le 19 novembre 1885, dans un article intitulé simplement : ‘L’Abbé Jean-Mandé Sigogne’.

Dans notre dernière chronique, nous avons présenté les commentaires élogieux à l’endroit de Sigogne formulés durant son vivant par deux influents personnages, Haliburton et Howe. Il aura fallu attendre près de six décennies avant de découvrir dans la presse francophone naissante des témoignages aussi éloquents que ceux-là, et ce, quelque quarante ans suivant la mort de Sigogne. En effet, c’est Placide P. Gaudet(1), qui reprend les éloges dans Le Courrier des Provinces Maritimes(2) à partir du 19 novembre 1885.

Tournant décisif de la guerre de Sept Ans (1756-63), la chute de la forteresse française de Louisbourg, à l’été 1758, marque le début de la fin de l’Amérique française. La victoire des forces britanniques à l’île Royale (Cap-Breton) ouvre la voie au siège de Québec, où se jouera l’an suivant le sort de la Nouvelle-France sur les plaines d’Abraham, et à la capitulation de Montréal en septembre 1760, sans oublier la bataille de la Ristigouche (juillet 1760) à laquelle participeront des Acadiens réfugiés dans la région de la baie des Chaleurs.

Au Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse en début du XIXe siècle, peu d’Acadiens savaient écrire. Il n’y avait pas de journal en français dans les provinces Maritimes où ils auraient pu s’exprimer. Il est donc difficile à cette période, sinon impossible, de trouver des commentaires publiés par ces Acadiens au sujet de leur pasteur, l’abbé Sigogne.

En octobre 1802, Sigogne écrit à Mgr Denaut, évêque de Québec, une longue lettre remplie d’importants renseignements au sujet de son ministère. Physiquement, cette lettre comprend quatre longues pages (21 X 33 cm) écrites dans une calligraphie mince, assez soignée cependant, comparée à celle d’autres lettres où la calligraphie est quelques fois illisible. Il est évident que Sigogne en a long à dire à son évêque. Nous reviendrons, dans des chroniques ultérieures, à d’autres points soulevés dans cette lettre, mais aujourd’hui nous nous arrêtons à un sujet en par ticulier qui touche la difficulté de se trouver un conjoint à l’extérieur de la parentalité.

Deux ans après son arrivée parmi les Acadiens du Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse, l’abbé Sigogne se vide à son évêque de ses problèmes personnels et aussi des problèmes qu’il a avec ses ouailles. Ce ne sera pas, hélas!, la seule fois ... ces ‘tracasseries’ deviendront un thème récurrent dans sa correspondance à ses supérieurs.

En 2020, les habitants de la paroisse Sainte-Marie, Pointe-de-l’Église, Nouvelle-Écosse, sont aux prises avec l’état de leur église qui a grandement besoin de réparations coûteuses et qui est trop spacieuse pour le nombre déclinant de fidèles qui la fréquentent.

À partir de 1789, la Révolution française entraîne des conséquences désastreuses pour plusieurs en France, et en particulier pour les religieux. L’abbé Sigogne fut une des victimes cléricales en raison de son refus d’embrasser la Constitution civile du Clergé imposée par les Républicains à tous les religieux, évêques, prêtres, entre autres.

La correspondance de l’abbé Jean Mandé Sigogne est abondante et riche en intérêt historique et notamment en histoire religieuse de la région du Sud-Ouest de la Nouvelle Écosse. Tout près de 100 lettres retrouvées sont conservées dans différentes archives, principalement au Canada, bien qu’il s’en trouve une aux archives diocésaines de Westminster, à Londres, en Angleterre.

La lettre suivante, datée du 19 août 1816, est en réponse à celle du 16 février 1816, du notaire français Gallicher qui, très probablement, informait l’abbé Sigogne du décès (le 16 octobre 1815, à Beaulieu, France) de son père. Tout d’abord, la lettre initiale de Gallicher n’a malheureusement jamais été retrouvée. Ensuite, la réponse de l’abbé Sigogne dans sa version manuscrite originale existe toujours, mais elle est très fragmentaire.