Chronique de la cigogne!

Les tractations entre Mgr Denaut, Mgr de la Marche et Sigogne (partie 3) Nous terminons ici les deux dernières chroniques au sujet des démarches insistantes des Acadiens du Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse auprès des autorités religieuses et civiles. Insatisfaits de leurs pasteurs et négligés des autorités religieuses, ils sollicitaient un prêtre de langue française voulant demeurer à long terme avec eux.

C’est dans ce contexte historique complexe que se poursuivent les démarches afin d’obtenir un prêtre, « un prédicateur, un français, un homme tel qu’il est impossible de leur trouver dans l’état présent des affaires ».1 Au printemps 1793, Jones « écrit à Philadelphie pour avoir un prêtre français pour la baïe Ste-Marie ».2 Le printemps suivant, il écrit à Mgr de la Marche « pour trois prêtres français, pour remplacer LeRoux [décédé] et pour desservir les autres cantons ».3 La correspondance avec cet évêque français exilé à Londres, durant la Révolution française, est tout probablement son premier contact avec lui en vue d’obtenir des prêtres émigrés de France. À peine deux mois plus tard, Mgr de la Marche fait savoir à Jones qu’il a reçu sa requête et « qu’il fera passer trois prêtres à la Nouvelle-Écosse ».4 Malheureusement pour Jones ainsi que pour les Acadiens de son territoire, cette promesse de Mgr de la Marche, quoique sincère, ne se réalisera pas aussitôt. Jones recevra encore de cet évêque des messages prometteurs dont il fait mention à Mgr Hubert en juillet 1794 et encore en mars 1795.5 Dans cette dernière lettre, Jones signifie à son évêque son intention d’écrire à monsieur Matignon, docteur de Sorbonne, « à présent missionnaire à Boston où il prêche en anglais », afin de gagner son appui à la cause des Acadiens.

Dans l’intervalle, les Acadiens du Sud-Ouest constatent que leur requête officielle du 15 septembre 1790 n’aboutit pas rapidement à la conclusion souhaitée. Toujours insatisfaits du ministère des missionnaires irlandais, ils entreprennent de présenter une deuxième requête officielle, cette fois au Lieutenant-gouverneur de la province, Sir John Wentworth. La préparation de cette requête durait quelques années. Elle fut vraisemblablement remise sous forme de brouillon6 à Jones qui, en  y apposant son approbation et son appui, la présente à Wentworth probablement au printemps 1796. La requête fut copiée le 10 mai 1796 et envoyée à Londres avec la recommandation du Lieutenant-gouverneur Wentworth. Jones renseigne son évêque de ce fait dans deux lettres. Dans la première, datée du 20 mai 1796, il écrit : « ceux de la Baïe Ste-Marie ont présenté une requête à notre gouverneur le priant de leur trouver un des prêtres émigrés en Angleterre ; il me dit qu’il va le faire ».7 Dans la deuxième lettre, datée du 7 avril 1797, un an plus tard, il ajoute : « Sir John Wentworth m’a dit qu’il a mandé de Londres un des prêtres émigrés pour desservir la Baïe Ste-Marie, &c. ».8


L’importance de cette dernière requête des Acadiens nécessite que nous la présentions presque entièrement. Les points essentiels reprennent en quelque sorte ceux de la pétition du 15 septembre 1790 adressée à Jones :

Sensible of the inestimable blessings we possess under the British government in the protection and security of our property and the perfect enjoyment of civil and religious liberty, we have only to regret the want of a proper establishment in the religion of our forefathers amongst us, which all our own exertions have not hitherto been adequate to supply.

During the course of our residence in this settlement we have been without the permanent establishment of any priest or minister of our religion amongst us and depending mostly for our religious instruction on a precarious intercourse with itinerant ministers unacquainted with the language we speak which alone is known to many of our people; in consequence we are destitute of spiritual instruction and assistance and our youth who are numerous are growing up in a state of ignorance which is truly alarming to us and leaves them open to every kind of dangerous impression.

Under these circumstances we turn our eyes towards the French Royalist Clergy who by the unhappy circumstances of the present times are dependent on the British government, indulging the hope that by the assistance of his Majesty’s Ministers (in whose liberality of sentiment we have the fullest confidence) we may be supplied from that body with a clergyman every way qualified to render us the most essential service.

Our peculiar circumstances (having been so long without any regular establishment) require the experience of a man above middle age of life but who would be capable of enduring the fatigues incident more or less to every new country, we should wish a gentleman well recommended for moderate principles as well as attachment for his religion and particularly of approved loyalty as he would be qualified to form the political as well as religious sentiments of our youth.

The success with which providence has blessed our honest industry enables us to offer a decent support to a clergyman who might be sent to us; we will engage to furnish a gentleman of the foregoing description (and hereby pledge ourselves the subscribers for that purpose) a comfortable house in the center of the settlement (which extends near thirty miles) and to pay him the sum of one hundred pounds per annum (so much of it as he may have occasion for to be paid in our produce and the remainder in cash) besides the usual perquisites for marriages of one dollar.9


D’après les documents analysés et cités, nous croyons que les efforts des autorités religieuses et civiles concordaient avec les demandes des Acadiens dans le but d’obtenir un prêtre français résidant parmi eux. En consultant la correspondance de Mgr de la Marche à Londres et de Matignon à Boston, les tractations entreprises durant cette époque pour faire aboutir cette affaire deviennent plus claires. La correspondance de Jones offre aussi quelques indications à ce sujet. Déjà, en 1794, Mgr de la Marche écrivait à l’évêque de Québec que « l’espérance de retourner en France détourne beaucoup d’ecclésiastiques de penser à s’éloigner … »10 et, quelques mois plus tard, il ajoute que les évêques « ne peuvent se résoudre à se détacher de leurs meilleurs sujets, espérant toujours voir la fin de leur exil ».11 Ces raisons expliqueraient sans doute la difficulté, et la lenteur, à trouver parmi les milliers d’ecclésiastiques français réfugiés en Angleterre des missionnaires dignes, volontaires et ayant l’autorisation de leur évêque de se rendre dans un pays lointain en voie de colonisation.


La requête des Acadiens avait été déposée à Londres par Wentworth en 1796. Le silence sur cette question persista néanmoins jusqu’au début de l’année 1799. Dans une lettre du 12 janvier 1799, Jones écrit à Mgr Plessis : 

“Inform his Lordship, our good Prelate, that I must wait the spring to give him a just account of St. Mary’s Bay. The reason is that Doctor Matigny[sic] of Boston, at mine and the people’s request, has in agitation to procure them a french priest from England.”12 Cinq semaines plus tard, Jones reprend dans une autre letter : “I advised the inhabitants of the Bay and Cape Sable to apply to [Doctor Matignon; …] I am certain the Doctor will procure them (from among the emigrant clery in England) a suitable person and one pleasing to our government”.13 


En effet, Matignon écrivait de Boston à Jones le 31 janvier 1799 que, suivant une nouvelle demande des habitants de la Baie Sainte-Marie, il avait expédié à Londres 20 guinées pour le passage d’un ecclésiastique.14 La réponse de Plessis à Jones vient confirmer la position du Diocèse de Québec quant à la situation :


Puisque Mr Matignon a bien voulu se charger de faire venir d’Angleterre un prêtre français pour la desserte de la Baie Ste-Marie et du Cap Sable, vous pouvez être persuadé que Monseigneur l’Évêque de Québec n’y en enverra aucun d’ici. Vous donnerez à celui que Mr Matignon fait venir, tels pouvoirs que vous jugerez nécessaires pour la desserte de cette mission.15


Suite aux supplications répétées et insistantes des Acadiens, Jones à Halifax et Matignon à Boston réussirent à obtenir avec le concours de Mgr de la Marche, à Londres, le passage de Sigogne pour les missions du Cap-Sable et de Sainte-Marie.16 « Je viens de procurer le pasport[sic] du gouvernement à un bon et vertueux ecclésiastique nommé M. Sigogne qui est parti pour aller travailler sous vos ordres à Halifax. »17 Il y a donc eu cinq ans d’intervalle depuis la demande initiale d’Halifax en 1794 pour obtenir « deux ou trois ecclésiastiques »18 et la réponse favorable transmise par Mgr de la Marche en avril 1799 à l’évêque de Québec. A l’exception du récit de Dagnaud basé sur la tradition orale, aucun autre document ne fait mention des tractations qui amenèrent Sigogne à accepter la mission du Cap-Sable et de la Baie Sainte-Marie.


Le 1er juillet 1799, Matignon écrivait de Boston à Bénoni d’Entremont, qui était un des principaux chefs de famille de Pouboumkou (aujourd’hui Pubnico) de la Paroisse Sainte-Anne, Cap-Sable, l’une des deux grandes et principales paroisses de la mission destinée à Sigogne. Nous concluons que d’Entremont était l’un de ceux qui avaient entrepris des démarches auprès de Matignon pour obtenir ce missionnaire tant désiré. La lettre en question, quoique brève, est révélatrice des sentiments que partageaient à l’endroit de Sigogne non seulement l’auteur de cette lettre, mais également celui qui, à Londres, l’avait vivement recommandé. Elle révèle également quelques détails d’intérêt historique. La voici intégralement :

Par une lettre de Londres du 11 mars [sans doute de Mgr de la Marche], j’apprends qu’un missionnaire se préparait à s’embarquer sous 15 jours pour se rendre auprès de vous. Son nom est Mr Sigogne, prêtre fort respectable du diocèse de Tours, âgé d’environ 39 ans [il avait en réalité 36 ans]. C’est un ecclésiastique à bonnes œuvres, plein de zèle, et fortement recommandé par un saint évêque qui est à Londres à la tête de tout le clergé français. J’ai recommandé qu’il vint par Halifax, afin d’y voir Mr Jones, y recevoir ses pouvoirs, etc., et sachant qu’il était fort difficile de trouver un passage à moins de le payer en partant au capitaine, je lui ai fait passer à Londres les 20 guinées dont nous étions convenus, que j’espère que vous voudrez bien me faire payer ici par Mr Par…[sic] aussitôt que vous serez instruit de son arrivée. J’espère que la présence de ce vertueux ecclésiastique parmi vous suppléera à tous vos besoins spirituels, et vous procurera, ainsi qu’à tous les habitants de Sainte-Marie et du Cap Sable, les consolations que vous désirez. J’ai l’honneur d’être en vous souhaitant toute sorte de bénédictions.19


Sigogne part donc de Londres le 16 avril 1799, aborde à Halifax le 12 juin suivant, et arrive le 4 juillet de la même année à Sainte-Anne, la seule paroisse de la région du Cap-Sable.20 Quelques semaines plus tard, le 30 juillet,21 il est à Sainte-Marie, la plus grande des deux paroisses et le principal domicile du missionnaire. Il reçoit le 20 juin 1799 un certificat du Lieutenant-gouverneur de la province, John Wentworth, l’autorisant à travailler comme missionnaire catholique romain auprès des habitants acadiens et irlandais du sud-ouest de la province et des environs.22 Le ‘père Sigogne’, - c’est ainsi que ses paroissiens l’appelleront désormais - demeurera, jusqu’à sa mort survenue le 9 novembre 1844, pasteur, bâtisseur, éducateur et défenseur des Acadiens pendant 45 ans.


Pendant près d’un demi-siècle suivant le Grand Dérangement de 1755, les Acadiens de Sigogne avaient été involontairement délaissés par leurs pasteurs vénérés, sauf pour quelques visites occasionnelles loin de les satisfaire pleinement. Lorsque le missionnaire arriva sur les lieux, il s’empressa de remédier à la situation en administrant les sacrements qui avaient tellement manqué, et surtout en baptisant des enfants qui avaient jusqu’à quatre et cinq ans, et parfois sept ans, et de régulariser les mariages non bénis par l’Église.23


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1Archives de l’archevêché de Québec (AAQ), 312 CN, N.-É., I:32, lettre du 24 octobre 1791 de Jones à Hubert.

2AAQ, 312 CN, N.-É., I:46, lettre du 16 mai 1793 de Jones à Hubert.

3AAQ, 312 CN, N.-É., I:50, lettre du 10 mars 1794 de Jones à Hubert.

4AAQ, 312 CN, N.-É., I:51, lettre du 3 mai 1794 de Jones à Hubert.

5AAQ, 312 CN, N.-É., I:55 et I:57, lettres du 12 juillet 1794 et du 17 mars 1795 de Jones à Hubert.

6Centre d’études acadiennes (CÉA), Université de Moncton, CN-2-156 et CN 1.24-5; le deuxième document (CN 1.24-5) est une transcription manuscrite par Gaudet du document de travail, le premier (CN-2-156), préparé par les Acadiens de la Baie Sainte-Marie et signé d’Amable Doucet, Amant Lanoue et 21 autres paroissiens.

7AAQ, 312 CN, N.-É., I:60, lettre du 20 mai 1796 de Jones à Hubert.

8AAQ, 312 CN, N.-É., I:62, lettre du 7 avril 1797 de Jones à Hubert.

9Public Records Office, Londres, Angleterre, CO 217, Volume 67, folios 111-112.

10Dionne, N.-E., Les Ecclésiastiques et les Royalistes français réfugiés au Canada à l’époque de la Révolution, 1791-1802, Québec, 1905, 447 p., voir lettre du 15 avril 1794, p. 433.


11Ibid., lettre du 4 juin 1794, p. 434.

12AAQ, 312 CN, N.-É., I:63, lettre du 12 janvier 1799 de Jones à Plessis.

13AAQ, 312 CN, N.-É., I:64, lettre du 20 février 1799 de Jones à Plessis.

14AAQ, 7 CM, États-Unis, II:11, lettre du 31 janvier 1799 de Matignon à Jones. Il faut noter néanmoins que son passage lui en coûté 35 guinées; voir “Journal de l’Abbé J. M. Sigogne. De Londres à Halifax sur le brig Stag, en 1799”, L’Évangéline (30 octobre 1890), pp. 1-2.

15AAQ, 210 A, III:133, lettre du 12 juin 1799 de Plessis à Jones, p. 77.

16Nous n’avons trouvé aucun document indiquant comment le choix de Sigogne avait été fait en Angleterre.

17AAQ, 1 CB, VG VI:112, lettre du 15 avril 1799 de de la Marche à Denaut.

18Dionne, Les Ecclésiastiques, p. 434.

19CÉA, CN-2-130.

20Selon Placide Gaudet, « Il prit passage [d’Halifax] sur une goélette de pêche commandée par un Bourque de Ste-Anne-du-Ruisseau-de-l’Anguille et y débarqua le 4 juillet. » AAQ, 312 CN, N.-É., V:142, lettre de Gaudet à Têtu, p. 2.

21Janet B. Jehn, Baie Ste. Marie, Parish Registers 1799-1801, Covington, Kentucky, 1985, p.1. Ce document est une traduction anglaise de la transcription faite par Placide Gaudet du registre paroissial de Sainte-Marie avant qu’il n’ait passé au feu au début du siècle. La transcription de Gaudet se trouve aux AN, MC 9, B. 8, vol. 26.

22Public Archives of Nova Scotia, RG 1, Vol. 172, p. 87.

23Dans l’une de ses premières lettres à son évêque, Sigogne révèle: « il y en a parmi eux de 25, même de 30 ans qui n’avaient jamais été à confesse avant d’y venir à moi. » AAQ, 312 CN, N.-É., V:30, lettre du 26 janvier 1800 de Sigogne à Denaut, p. 5.


En première partie sur le thème de Sigogne, bâtisseur d’églises, nous avons vu comment il avait négocié avec ses paroissiens la construction de ses premières églises et comment il avait insisté sur des règlements pour maintenir l’ordre dans ses églises.

En arrivant en Acadie, c’est à dire, le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, l’abbé Sigogne ne tarde pas à renseigner son évêque à Québec sur l’état physique des églises dans ses deux grandes paroisses. « Il y a une église et un presbytère dans les deux endroits [Sainte-Anne-du-Ruisseau et Pointe-de-l’Église], mais les églises doivent être incessamment rebâties, » lui écrit-il en 1800.1

Nous présentons dans cette chronique le père de la famille Sigogne, Mandé, qui est en quelque sorte un personnage énigmatique dont l’idéologie diffère grandement de celle de son fils aîné, Jean Mandé. Comme adulte, Mandé est devenu un fonctionnaire public dans sa commune française et il se montre passablement intransigeant dans ses idées et son comportement.

Dans le Décret relatif aux passeports proclamé le 1er février 1792,(1) il est stipulé que « toute personne qui voudra voyager dans le royaume » ou qui voudra sortir du royaume sera tenue de se munir d’un passeport octroyé individuellement et signé exclusivement par le maire ou un autre officier municipal, par le secrétaire-greffier et par l’individu. Quelques mois plus tard, le 29 juillet 1792, un autre décret sur le même sujet ajoute encore :

À compter du 9-10 août 1792, l'Assemblée Notre dernière chronique (voir le 27 mars 2020) rapportait les différentes idéologies qui séparaient le père, Mandé Sigogne, et son fils, le vicaire de Manthelan, et les conflits entre père et fils que celles-ci occasionnaient.

Sigogne a complété ses études théologiques à Tours, en France, où il fut ordonné prêtre en 1787 au service du diocèse du même nom. Il fut aussitôt nommé vicaire de la commune Manthelan, sous l’autorité du curé LeBen. Rien de très par ticulier n’est rappor té à propos de son ministère à partir de son affectation jusqu’à la mainmise des Républicains sur l’État et leur empiètement sur l’autorité religieuse en France.

Suivant la monographie de Dagnaud (1) (voir chronique du 13 mars 2020), peu de nouvelles données sur la vie de Sigogne ont été révélées dans les nombreux écrits qui ont suivi jusqu’à nos jours. Ces articles ont soit repris les faits connus sur Sigogne, soit exposé une nouvelle interprétation ou une nouvelle perspective de sa vie à la lumière de publications déjà parues.

Faisant suite à nos plus récentes chroniques, nous ne pouvons passer sous silence l’auteur qui a marqué de façon brillante la période de Sigogne dans une monographie. En 1905, le deuxième supérieur du Collège Sainte-Anne à l’époque, et curé de la paroisse Sainte-Marie de 1899 à 1908, Pierre-Marie Dagnaud, Français et prêtre eudiste, publie l’œuvre, à cette époque, la plus reconnue et la plus volumineuse au sujet de Sigogne et des Acadiens du Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse^1. Cette monographie comprend douze chapitres précédés d’une préface du supérieur général des pères eudistes, d’une introduction de l’auteur, le tout suivi de deux appendices, dont le deuxième reproduit intégralement le règlement (voir chronique du 20 décembre 2019) de vingt-huit ar ticles proposés par Sigogne en 1799 à ses deux paroisses.

La présente chronique donne suite à notre dernière du 28 février 2020 sur les écrits de Placide Gaudet à propos de Sigogne. Gaudet a commencé à écrire dans le Courrier des Provinces Maritimes, le 19 novembre 1885, dans un article intitulé simplement : ‘L’Abbé Jean-Mandé Sigogne’.

Dans notre dernière chronique, nous avons présenté les commentaires élogieux à l’endroit de Sigogne formulés durant son vivant par deux influents personnages, Haliburton et Howe. Il aura fallu attendre près de six décennies avant de découvrir dans la presse francophone naissante des témoignages aussi éloquents que ceux-là, et ce, quelque quarante ans suivant la mort de Sigogne. En effet, c’est Placide P. Gaudet(1), qui reprend les éloges dans Le Courrier des Provinces Maritimes(2) à partir du 19 novembre 1885.

Tournant décisif de la guerre de Sept Ans (1756-63), la chute de la forteresse française de Louisbourg, à l’été 1758, marque le début de la fin de l’Amérique française. La victoire des forces britanniques à l’île Royale (Cap-Breton) ouvre la voie au siège de Québec, où se jouera l’an suivant le sort de la Nouvelle-France sur les plaines d’Abraham, et à la capitulation de Montréal en septembre 1760, sans oublier la bataille de la Ristigouche (juillet 1760) à laquelle participeront des Acadiens réfugiés dans la région de la baie des Chaleurs.

Au Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse en début du XIXe siècle, peu d’Acadiens savaient écrire. Il n’y avait pas de journal en français dans les provinces Maritimes où ils auraient pu s’exprimer. Il est donc difficile à cette période, sinon impossible, de trouver des commentaires publiés par ces Acadiens au sujet de leur pasteur, l’abbé Sigogne.

En octobre 1802, Sigogne écrit à Mgr Denaut, évêque de Québec, une longue lettre remplie d’importants renseignements au sujet de son ministère. Physiquement, cette lettre comprend quatre longues pages (21 X 33 cm) écrites dans une calligraphie mince, assez soignée cependant, comparée à celle d’autres lettres où la calligraphie est quelques fois illisible. Il est évident que Sigogne en a long à dire à son évêque. Nous reviendrons, dans des chroniques ultérieures, à d’autres points soulevés dans cette lettre, mais aujourd’hui nous nous arrêtons à un sujet en par ticulier qui touche la difficulté de se trouver un conjoint à l’extérieur de la parentalité.

Deux ans après son arrivée parmi les Acadiens du Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse, l’abbé Sigogne se vide à son évêque de ses problèmes personnels et aussi des problèmes qu’il a avec ses ouailles. Ce ne sera pas, hélas!, la seule fois ... ces ‘tracasseries’ deviendront un thème récurrent dans sa correspondance à ses supérieurs.

En 2020, les habitants de la paroisse Sainte-Marie, Pointe-de-l’Église, Nouvelle-Écosse, sont aux prises avec l’état de leur église qui a grandement besoin de réparations coûteuses et qui est trop spacieuse pour le nombre déclinant de fidèles qui la fréquentent.

À partir de 1789, la Révolution française entraîne des conséquences désastreuses pour plusieurs en France, et en particulier pour les religieux. L’abbé Sigogne fut une des victimes cléricales en raison de son refus d’embrasser la Constitution civile du Clergé imposée par les Républicains à tous les religieux, évêques, prêtres, entre autres.

La correspondance de l’abbé Jean Mandé Sigogne est abondante et riche en intérêt historique et notamment en histoire religieuse de la région du Sud-Ouest de la Nouvelle Écosse. Tout près de 100 lettres retrouvées sont conservées dans différentes archives, principalement au Canada, bien qu’il s’en trouve une aux archives diocésaines de Westminster, à Londres, en Angleterre.

La lettre suivante, datée du 19 août 1816, est en réponse à celle du 16 février 1816, du notaire français Gallicher qui, très probablement, informait l’abbé Sigogne du décès (le 16 octobre 1815, à Beaulieu, France) de son père. Tout d’abord, la lettre initiale de Gallicher n’a malheureusement jamais été retrouvée. Ensuite, la réponse de l’abbé Sigogne dans sa version manuscrite originale existe toujours, mais elle est très fragmentaire.