# 19.1 Sigogne exilé en Angleterre, 1792-1799 (partie 1)

À quelques reprises dans nos chroniques antérieures, nous avons fait allusion au fait que l’abbé Jean Mandé Sigogne s’était exilé en Angleterre à la fin du 18e siècle pour échapper aux atrocités de la Révolution française.

     S’il est un point sur lequel les émigrés se montreront un jour unanimes, en dépit de leurs divergences d’opinions, c’est que l’Angleterre fut, de tous les pays où ils trouvèrent refuge, celui dont ils reçurent la plus généreuse hospitalité et le seul qui la leur accorda d’une manière constante pendant près d’un quart de siècle. 1

     Cette belle citation fait certes honneur aux hôtes britanniques des émigrés de la Révolution française. L’Angleterre reçut par milliers ces émigrés, en grande partie ecclésiastiques, avec l’autorisation et l’appui du gouvernement britannique ; ce fut le pays européen qui en reçut le plus grand nombre. Nombreuses sont les sources historiques qui témoignent de l’arrivée de ces foules d’émigrés sur la côte méridionale de la Grande-Bretagne et des gestes charitables posés de façon générale à leur endroit par les Anglais. Dans une lettre datée du 9 septembre 1792, un habitant de Eastbourne, Sussex, écrit à un certain John King :

     On account of the dreadful and savage commotions in France last week, we have within these two days had landed at this place near two hundred and fifty fugitive persons, chiefly priests, and some of them in very great distress. Much to the honor to the inhabitants and strangers here, everybody has vyed with each other in acts of kindness and hospitality to them and they have been by great exertions tolerably well fed and lodged; and most of them are by one conveyance or other now on the road to London. 2

     La citation suivante qui vient corroborer la précédente donne de façon vivante plus de détails encore sur cette masse d’émigrés français abordant les côtes anglaises à l’automne 1792 pour échapper aux massacres de la Révolution. Cette citation est une lettre datée du 12 septembre 1792 de Gosport ; elle est adressée par un magistrat de la ville à l’un des principaux secrétaires d’État de sa Majesté, Henry Dundas :
     As a Magistrate of this town and county, and in conformity to His Majesty’s late gracious proclamation, I conceive it highly necessary to inform you that there are a number of French Emigrants, (Priests), who daily arrive at this place, by packotts(sic), French fishing boats, etc. from France. As near as I can ascertain, the number landed here is about three hundred and from the best information I can gain, about the same number have been landed at Portsmouth. A French fishing vessel is now just come into harbour full of men from Caen in Normandy. I have sent on board to inquire the number which I find to be about sixty-five together with a Lady Abbess. Many of them, after being landed two or three days, separate and go into the country, neighbouring towns and villages. They are nearly all of the clergy and disguised in any dress they could procure such as fishermen’s and common peasant’s apparel of low appearance. And as many more are expected by the end of the week, I most sincerely hope and trust that no bad consequences will accrue by such numbers of clergy, etc., emigrating into this country from France.3

     Non moins nombreuses sont les lettres de Mgr de la Marche, évêque en exil de Saint-Pol-de- Léon et préposé au clergé français exilé durant cette période en territoire britannique, qui écrit au secrétaire d’État, Henry Dundas, lui fournissant plusieurs détails sur les émigrants français. Il se plaint, entre autres, « que les gazettes aient si fort exagéré le nombre » des ecclésiastiques dans le pays. Selon lui qui « inscrit sur un registre leurs noms, leurs diocèses et les fonctions qu’ils y remplissaient », il y aurait en date du 19 septembre 1792, environ 2000 ecclésiastiques en Angleterre.4 Et pourtant, quelques jours plus tard, une note du même évêque au même destinataire en date du 24 septembre précise « qu’on lui écrit de Jersey qu’il y est arrivé environ 2500 ecclésiastiques réfugiés et que l’isle est surchargée »5. Il n’est pas précisé s’il s’agit seulement de la région immédiate de Jersey ou bien de toute l’Angleterre. Quoi qu’il en soit, il est certain qu’un très grand nombre d’émigrés se réfugièrent en Angleterre durant la période en question. Il en résultait sans doute plusieurs difficultés d’ordre pratique et d’ordre socio-économique pour les villes et les villages qui les accueillaient. L’hospitalité des Anglais ne passa cependant pas inaperçue, et Mgr de la Marche, au nom des milliers d’émigrés français dont il était en quelque sorte le porte-parole, sut le reconnaître d’une façon modeste mais non moins sincère dans la lettre suivante :
     Je connais toute l’étendue de la sensibilité et de la générosité des Anglais quand il s’agit de venir au service de l’humanité souffrante. Je ne saurais oublier l’accueil favorable qu’ils m’ont fait ; il a été bien doux pour moi de sentir la plus vive affection et reconnaissance pour une nation pour laquelle j’avais déjà conçu la plus haute estime. Je ne cesserai jamais de faire les vœux les plus ardents pour la prospérité et pour la conservation du vertueux et excellent prince qui la gouverne avec tant de bonté et de sagesse. 6

     Parmi ces milliers d’émigrés ecclésiastiques débarqués sur les côtes britanniques de La Manche durant cette époque, Jean Mandé Sigogne fut certainement du nombre. Quelles furent les circonstances de son arrivée, à quel port français s’était-il embarqué, et quel fut celui de son arrivée en Angleterre? Malheureusement, rien de cela n’est connu avec certitude, en dépit des fouilles intensives faites pour le découvrir.

     Un chercheur américain, John A. Lester, Jr., passionné de Sigogne et des Acadiens, a consacré une bonne partie de sa vie à faire des recherches sur Sigogne, principalement en Europe. Il a trouvé plusieurs documents importants se rapportant au sujet. Il a préparé quelques manuscrits à partir de ses découvertes ; seuls deux articles toutefois sont publiés au sujet de Sigogne : Abbé Jean Mandé Sigogne: Three Documents of the 1790’s7 et l’autre, posthume : Sanctus Mandetus and the Abbé Jean Mandé Sigogne8. Jusqu’à sa mort prématurée en 1983, Lester n’a pas cessé de s’intéresser à Sigogne. Il n’a pas hésité à explorer toute piste prometteuse qui aurait pu fournir aux historiens de nouvelles connaissances surtout par rapport à la carrière européenne de Sigogne. Malgré ces recherches persistantes, et celles d’autres chercheurs dont l’auteur de cette chronique, plusieurs documents historiques qui pourraient préciser la vie pré-acadienne de Sigogne, surtout en Angleterre, demeurent introuvables et, en certains cas, hypothétiques.

     Un des documents publiés9 par Lester est particulièrement intéressant. C’est une supplique au Pape Pie VI de la part de trente-trois prêtres tourangeaux exilés à Londres demandant les facultés de continuer à exercer leur ministère sacerdotal et d’obtenir pour eux et pour les fidèles une indulgence plénière dans différentes circonstances. Cette supplique reçut l’approbation de Pie VI le 13 juillet 1796, et la copie approuvée fut authentifiée par l’évêque de Tréguier le 19 décembre 1796. Le nom de Sigogne, avec celui de plusieurs de ses confrères, apparaît sur cette liste de suppliants, ce qui confirme qu’il était à Londres durant cette époque. Lester ajoute une note significative en bas de la page :
     It would seem that Sigogne’s joining in this appeal is simply an expression of his readiness and eagerness to return to active ministry as soon as that becomes possible. There is no evidence that he ever returned even briefly to France and plans for his departure for the mission in Nova Scotia (April 1799) did not take shape until well after the time of this supplication.10

     En 1986, nous avons édité et publié un article posthume du regretté Lester, dans la Revue de l’Université Sainte-Anne sous le titre de Sanctus Mandetus and the Abbé Jean Mandé Sigogne.11 Cet article explique l’importance que Sigogne accordait à son nom Mandé, « un nom révéré dans ma famille » et un que « j’ai beaucoup à cœur ».12

     Que Sigogne ait séjourné à Londres, cela ne fait aucun doute. Ce sont surtout les circonstances précises de son arrivée en Angleterre et de son séjour à Londres qui demeurent encore floues. Nous ignorons de quel port il a quitté la France pour l’Angleterre et comment il s’y est rendu en 1792 ... également l’endroit et la date précise de son débarquement sur les côtes anglaises. Il existe, aussi, peu de documents originaux et probants pour nous informer des principales occupations de Sigogne pendant cette période de 1792 à 1799. En effet, tous ces milliers d’ecclésiastiques français devaient chacun à leur façon assurer leur gagne-pain et leur fournir des vivres quotidiens; tous ne pouvaient pas vivre de leur sacerdoce catholique en un pays étranger et principalement protestant.

     Tout ce dont nous pouvons être certain quant au séjour de Sigogne en Angleterre provient de certaines traces laissées dans des documents plus ou moins officiels trouvés à Londres. Un premier document s’intitule : Liste de MM. les ecclésiastiques français qui, pour obéir et se conformer au Bill des Aliens, ont fait leur déclaration; mais qui n’ont point encore obtenu la licence qu’ils demandent.13 Cette liste est établie sous forme de colonnes verticales, chaque ligne renfermant, de gauche à droite, le numéro du registre, les noms de baptême et de famille de l’émigré ainsi que la qualité de la personne inscrite, c’est-à-dire si elle était prêtre ou occupait d’autres fonctions. Au bas de la liste apparaissent de façon plus détaillée d’autres renseignements, voire le nom de la paroisse et du diocèse français dont le prêtre faisait partie, ou encore le nombre de guinées payées et à quelle date. Le début de cette liste ne porte pas de date correspondant au manuscrit original ; la première date qui y apparaît, le 27 août 1792, est plutôt due à l’intervention ultérieure d’un scribe, car elle se trouve dans la marge supérieure réservée à la référence archivistique. La première date complète reconnaissable sur le document original est celle du 16 janvier 1793 à la sous-section intitulée : Distribution du 16 janvier 1793. L’entrée précédant immédiatement cette sous-section est l’entrée 2767 : Jean Mandé Sigogne de Manthelan, à qui on a payé deux guinées.14 Cette entrée n’est pas datée mais il est fort raisonnable de conclure que c’était en 1792; de plus, elle indique que c’est la deuxième fois que Sigogne reçoit cette obole. La liste est maintenant devenue un registre qui recense l’aide financière payée en guinées aux émigrés français. Plus haut dans la liste, l’entrée 447 indique : Jean Mandé Sigogne, vicaire de Manthelan, Tours; cette fois, il a reçu ses deux premières guinées.15 Encore plus haut dans la liste, l’entrée 113 révèle de nouveau le nom de Jean Mandé Sigogne, prêtre, ce qui deviendra son numéro d’inscription comme émigré en Angleterre. En marge gauche de cette entrée apparaît la date du 27 août sans que l’année toutefois ne soit mentionnée. Serait-ce qu’il était trop évident qu’il s’agissait toujours de l’année 1792? C’est l’hypothèse qui semble la plus vraisemblable; Jean Mandé Sigogne aurait donc été inscrit sur cette liste le 27 août 1792.

     La première partie de cette liste faisait uniquement l’énumération des émigrés, tandis que les parties subséquentes recensaient les secours qui leur étaient distribués après que les instances gouvernementales britanniques eurent décidé de leur venir en aide. Plus bas, dans la liste, le nom de Sigogne réapparaît à l’entrée 4771; lors de la distribution du 20 mars 1793, c’est la troisième fois qu’on lui prête secours et, cette fois, il reçoit une guinée. La liste poursuit l’énumération des dons reçus par les émigrés, Sigogne inclus, de une à deux guinées et demie dans son cas, et ce jusqu’à la trente-septième entrée en juin 1796. La liste s’arrête là.

     Une autre série de documents retrouvés aux mêmes archives démontre cependant que Sigogne a bénéficié de cette aide au moins jusqu’à la fin 1797.16 Au nombre de huit, les bons de secours couvrent la période allant du 1er août 1796 jusqu’au 1er décembre 1797, et ils indiquent que le montant fixé pour Sigogne durant cette période s’élève d’une livre treize shillings et huit sous (pence) à une livre quinze shillings, ce qui représente une réduction de sept shillings par rapport aux deux guinées antérieurement accordées. Le numéro figurant sur le bon ne correspond plus au nombre quantitatif des émigrés qui se présentaient pour leur secours, comme cela était le cas dans la liste précédemment mentionnée. Le numéro figurant sur les bons à partir du 1er août 1796 correspond plutôt au numéro de l’émigré inscrit à son arrivée sur la liste précitée, dans le cas échéant 113 pour Sigogne. Il semblerait que des changements administratifs bureaucratiques aient eu lieu à cette période, ce qui expliquerait les différences aux procédures et aux montants. Vu le nombre excessif d’émigrés français, le fardeau de la dépense incessante pour le gouvernement britannique était-il devenu trop lourd?

     Une autre chose à noter concerne la signature qui apparaît à la rubrique du bon pour acquit; à partir du printemps 1796, c’est une personne différente qui signe chaque bon pour Sigogne. Ou bien cela indique qu’il y a eu quelques changements bureaucratiques dans la distribution des secours, ou bien alors est intervenu un changement dans le statut personnel de Sigogne. Nous y reviendrons en la deuxième partie de cette chronique.


     1Ghislain de Diesbach, Histoire de l’émigration, 1789-1814, Paris, Librairie Académique Perrin, 1984, p. 264.
     2Public Record Office [dorénavant PRO], Londres, Angleterre, HO, 42, 21, X-1-2029, document 473.
     3PRO, HO, 42, 21, X-1-2029, document 529.
     4PRO, HO, 42, 21, X-1-2029, document 572.
     5PRO, HO, 42, 21, X-1-2029, document 612.
     7Ibid. Lester, John A., Les cahiers de la société historique acadienne, 1982, pp. 180-196.
     8Lester, John A., Revue de l’Université Sainte-Anne (1986), pp. 14-17. Une courte biographie de Lester s’y trouve en introduction.
     9Lester, op. cit., Les Cahiers de La Société historique acadienne 13/4 (1982), pp. 180-196.
     10Ibid., p. 192, note 30.
     11Lester, op. cit., Revue de l’Université Sainte-Anne (1986).
     12AAQ, 312 CN, N.-É. V:73, lettre du 20 novembre 1816 de Sigogne à Plessis, p. 2.
     13PRO, T. 93, 26, X-1-2441. Ce document est tout probablement le registre que tenait Mgr de la Marche et auquel il fait référence dans sa lettre du 19 septembre 1792 à Henry Dundas : voir PRO, HO, 42, 21, X-1-2029, document 572.
     14Selon nos estimations, la valeur d’une guinée en dollars canadiens aujourd’hui serait environ 3,45 $. Une guinée anglaise équivalait à 1 livre (£) et un shilling (égale donc à 21 shillings) et le shilling était composé de 12 pences.
     15D’autres de ses confrères recevaient trois, parfois quatre guinées.
     16PRO, T., 93/86, X-1-3503; 93/88, X-1-3583; 93/76, 1 décembre 1796; 93/69, X-1-3613; 93/65, X-1-3858; 93/76, X-1-3894; 93/80, X-1-4234; et 93/79, X-1-3620.

La présente chronique, et d’autres qui suivront, fait partie d’une série d’instructions ou de sermons présentés par Sigogne à ses paroissiens, une série initiée la semaine dernière dans ces colonnes.

Une des qualités manifestées par Sigogne fut sans doute son habileté à prêcher, pour certains de ses paroissiens, cependant, pendant trop longtemps. Il est vrai que le prédicateur moralisait parfois pendant de très longs moments, désirant convenablement instruire son monde dans la droiture de l’enseignement de l’Église. Naturellement, le contexte au 19e siècle était grandement différent de celui d’aujourd’hui.

Depuis son arrivée en Acadie du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, l’abbé Sigogne a maintes fois déploré avec constance l’ignorance parmi son monde. Il a souvent prêché contre ce « vice » pour inciter les siens à s’instruire non seulement des vérités de la foi, mais encore de la lecture, de l’écriture et des mathématiques, des sujets utiles à leur vie de tous les jours. Nous présentons aujourd’hui, en une première partie de deux chroniques, les efforts de Sigogne envers l’éducation de son monde et ses réalisations pour encourager ses ouailles à s’instruire.

En première partie sur le thème de Sigogne, bâtisseur d’églises, nous avons vu comment il avait négocié avec ses paroissiens la construction de ses premières églises et comment il avait insisté sur des règlements pour maintenir l’ordre dans ses églises.

En arrivant en Acadie, c’est à dire, le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, l’abbé Sigogne ne tarde pas à renseigner son évêque à Québec sur l’état physique des églises dans ses deux grandes paroisses. « Il y a une église et un presbytère dans les deux endroits [Sainte-Anne-du-Ruisseau et Pointe-de-l’Église], mais les églises doivent être incessamment rebâties, » lui écrit-il en 1800.1

Les tractations entre Mgr Denaut, Mgr de la Marche et Sigogne (partie 3) Nous terminons ici les deux dernières chroniques au sujet des démarches insistantes des Acadiens du Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse auprès des autorités religieuses et civiles. Insatisfaits de leurs pasteurs et négligés des autorités religieuses, ils sollicitaient un prêtre de langue française voulant demeurer à long terme avec eux.

Nous présentons dans cette chronique le père de la famille Sigogne, Mandé, qui est en quelque sorte un personnage énigmatique dont l’idéologie diffère grandement de celle de son fils aîné, Jean Mandé. Comme adulte, Mandé est devenu un fonctionnaire public dans sa commune française et il se montre passablement intransigeant dans ses idées et son comportement.

Dans le Décret relatif aux passeports proclamé le 1er février 1792,(1) il est stipulé que « toute personne qui voudra voyager dans le royaume » ou qui voudra sortir du royaume sera tenue de se munir d’un passeport octroyé individuellement et signé exclusivement par le maire ou un autre officier municipal, par le secrétaire-greffier et par l’individu. Quelques mois plus tard, le 29 juillet 1792, un autre décret sur le même sujet ajoute encore :

À compter du 9-10 août 1792, l'Assemblée Notre dernière chronique (voir le 27 mars 2020) rapportait les différentes idéologies qui séparaient le père, Mandé Sigogne, et son fils, le vicaire de Manthelan, et les conflits entre père et fils que celles-ci occasionnaient.

Sigogne a complété ses études théologiques à Tours, en France, où il fut ordonné prêtre en 1787 au service du diocèse du même nom. Il fut aussitôt nommé vicaire de la commune Manthelan, sous l’autorité du curé LeBen. Rien de très par ticulier n’est rappor té à propos de son ministère à partir de son affectation jusqu’à la mainmise des Républicains sur l’État et leur empiètement sur l’autorité religieuse en France.

Suivant la monographie de Dagnaud (1) (voir chronique du 13 mars 2020), peu de nouvelles données sur la vie de Sigogne ont été révélées dans les nombreux écrits qui ont suivi jusqu’à nos jours. Ces articles ont soit repris les faits connus sur Sigogne, soit exposé une nouvelle interprétation ou une nouvelle perspective de sa vie à la lumière de publications déjà parues.

Faisant suite à nos plus récentes chroniques, nous ne pouvons passer sous silence l’auteur qui a marqué de façon brillante la période de Sigogne dans une monographie. En 1905, le deuxième supérieur du Collège Sainte-Anne à l’époque, et curé de la paroisse Sainte-Marie de 1899 à 1908, Pierre-Marie Dagnaud, Français et prêtre eudiste, publie l’œuvre, à cette époque, la plus reconnue et la plus volumineuse au sujet de Sigogne et des Acadiens du Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse^1. Cette monographie comprend douze chapitres précédés d’une préface du supérieur général des pères eudistes, d’une introduction de l’auteur, le tout suivi de deux appendices, dont le deuxième reproduit intégralement le règlement (voir chronique du 20 décembre 2019) de vingt-huit ar ticles proposés par Sigogne en 1799 à ses deux paroisses.

La présente chronique donne suite à notre dernière du 28 février 2020 sur les écrits de Placide Gaudet à propos de Sigogne. Gaudet a commencé à écrire dans le Courrier des Provinces Maritimes, le 19 novembre 1885, dans un article intitulé simplement : ‘L’Abbé Jean-Mandé Sigogne’.

Dans notre dernière chronique, nous avons présenté les commentaires élogieux à l’endroit de Sigogne formulés durant son vivant par deux influents personnages, Haliburton et Howe. Il aura fallu attendre près de six décennies avant de découvrir dans la presse francophone naissante des témoignages aussi éloquents que ceux-là, et ce, quelque quarante ans suivant la mort de Sigogne. En effet, c’est Placide P. Gaudet(1), qui reprend les éloges dans Le Courrier des Provinces Maritimes(2) à partir du 19 novembre 1885.

Au Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse en début du XIXe siècle, peu d’Acadiens savaient écrire. Il n’y avait pas de journal en français dans les provinces Maritimes où ils auraient pu s’exprimer. Il est donc difficile à cette période, sinon impossible, de trouver des commentaires publiés par ces Acadiens au sujet de leur pasteur, l’abbé Sigogne.

Tournant décisif de la guerre de Sept Ans (1756-63), la chute de la forteresse française de Louisbourg, à l’été 1758, marque le début de la fin de l’Amérique française. La victoire des forces britanniques à l’île Royale (Cap-Breton) ouvre la voie au siège de Québec, où se jouera l’an suivant le sort de la Nouvelle-France sur les plaines d’Abraham, et à la capitulation de Montréal en septembre 1760, sans oublier la bataille de la Ristigouche (juillet 1760) à laquelle participeront des Acadiens réfugiés dans la région de la baie des Chaleurs.

En octobre 1802, Sigogne écrit à Mgr Denaut, évêque de Québec, une longue lettre remplie d’importants renseignements au sujet de son ministère. Physiquement, cette lettre comprend quatre longues pages (21 X 33 cm) écrites dans une calligraphie mince, assez soignée cependant, comparée à celle d’autres lettres où la calligraphie est quelques fois illisible. Il est évident que Sigogne en a long à dire à son évêque. Nous reviendrons, dans des chroniques ultérieures, à d’autres points soulevés dans cette lettre, mais aujourd’hui nous nous arrêtons à un sujet en par ticulier qui touche la difficulté de se trouver un conjoint à l’extérieur de la parentalité.

Deux ans après son arrivée parmi les Acadiens du Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse, l’abbé Sigogne se vide à son évêque de ses problèmes personnels et aussi des problèmes qu’il a avec ses ouailles. Ce ne sera pas, hélas!, la seule fois ... ces ‘tracasseries’ deviendront un thème récurrent dans sa correspondance à ses supérieurs.

En 2020, les habitants de la paroisse Sainte-Marie, Pointe-de-l’Église, Nouvelle-Écosse, sont aux prises avec l’état de leur église qui a grandement besoin de réparations coûteuses et qui est trop spacieuse pour le nombre déclinant de fidèles qui la fréquentent.

À partir de 1789, la Révolution française entraîne des conséquences désastreuses pour plusieurs en France, et en particulier pour les religieux. L’abbé Sigogne fut une des victimes cléricales en raison de son refus d’embrasser la Constitution civile du Clergé imposée par les Républicains à tous les religieux, évêques, prêtres, entre autres.

La correspondance de l’abbé Jean Mandé Sigogne est abondante et riche en intérêt historique et notamment en histoire religieuse de la région du Sud-Ouest de la Nouvelle Écosse. Tout près de 100 lettres retrouvées sont conservées dans différentes archives, principalement au Canada, bien qu’il s’en trouve une aux archives diocésaines de Westminster, à Londres, en Angleterre.

La lettre suivante, datée du 19 août 1816, est en réponse à celle du 16 février 1816, du notaire français Gallicher qui, très probablement, informait l’abbé Sigogne du décès (le 16 octobre 1815, à Beaulieu, France) de son père. Tout d’abord, la lettre initiale de Gallicher n’a malheureusement jamais été retrouvée. Ensuite, la réponse de l’abbé Sigogne dans sa version manuscrite originale existe toujours, mais elle est très fragmentaire.