Une invention noire

Madjiguène Thiam
À partir des années 70, alors que le roman policier en France semble tourner en rond, une vague de nouveaux auteurs français émergent et nous font découvrir le néo-polar. Parmi eux se trouve Jean Vautrin, une nouvelle plume qui nous expose à ce genre et qui nous présente ainsi un roman cru, un roman intriguant, un roman à plusieurs voix sous le titre de Bloody Mary.

La férocité, le racisme, la santé mentale… tels sont les thèmes qui sont dévoilés dans Bloody Mary, un roman dont l’intrigue se déroule à Sarcelles, une banlieue qui se situe au nord de Paris. Cette histoire se distingue de bien d’autres puisqu’elle met en scène plusieurs individus aux caractères distincts. Il y a tout d’abord Sam Schneider, le flic que l’on suit à travers ses périples, homme raciste et haineux qui est marié à France, une femme lascive aux multiples personnalités. On passe ensuite à l’homme noir et effronté, si on ose le dire, nommé Locomotive Baba-N’Doula, venu d’Afrique, plus précisément du Congo, perçu à travers toutes sortes de préjugés accolés à l’immigrant africain. Ensuite vient Jean-Y Grandvallet, un jeune militaire sinistre et malveillant, dont l’acte immonde déclenche toute une série de mésaventures. Bloody Mary met en scène divers personnages singuliers, dont les vies hors du commun rentrent en collision comme des trains sans freins et se concluent par une fin amère. 


Jean Vautrin n’hésite pas à dévoiler les aspects cruels et réels de la société dans ce récit palpitant. On vit le racisme à travers les yeux de Locomotive, on découvre les multiples personnalités qu’un être humain peut avoir à travers France, on hait Sam Schneider pour sa discrimination envers les Noirs et pour son obsession pour la loi et l’ordre qui font de lui un dangereux justicier …  Bref, ces personnages ne sont pas ordinaires dans la mesure où ils représentent en fait des types. Cette méthode que Jean Vautrin utilise nous démontre tout simplement à quel point notre société n’est pas tout à fait rose pour tout le monde et que plein de gens, surtout les immigrants, souffrent des mœurs de celle-ci. Ainsi, la raison pour laquelle cette œuvre est un exemple pur du néo-polar relève du fait qu’elle se colle à la réalité sociale et politique et expose de plein gré, les dysfonctionnements de notre société. En plus de cela, l’argot que Jean Vautrin adopte pour écrire ce roman rajoute une touche personnelle et relève des qualités littéraires que l’on associe au néo-polar, ce qui complète le tout et nous immerge éperdument dans la vie fracassée de nos héros. 


L’argot qu’on aborde dans ce livre peut honnêtement mettre des obstacles dans la lecture. Cependant, une fois cet argot décodé, ce livre vous transporte dans les coins les plus sombres de la société et vous fait réaliser à quel point on vit dans un monde arbitraire et barbare. Une fois les péripéties comprises, Bloody Mary vous pince le cœur petit à petit, et cela jusqu’aux dernières pages qui elles, enfoncent vraiment le clou.