Qui a peur de la mort?

Alara Earle
Le roman de Nnedi Okorafor raconte l’histoire d’une jeune fille, Onyesonwu, dont le nom signifie « qui a peur de la mort » en Igbo. Elle vit dans une Afrique post-apocalyptique rongée par de nombreux problèmes qui affligent le continent encore aujourd’hui - comme le génocide, le viol comme arme de guerre, ainsi que les mutilations génitales féminines. C’est un monde dans lequel les Nuru à la peau claire oppriment les Okeke à la peau sombre. Onyesonwu est une ewu, c’est-à-dire une enfant issue du viol d’une Okeke par un Nuru. Tout au long de son enfance, elle doit faire face à des discriminations liées à son sexe et à son identité métisse. Très vite, cela devient le moindre de ses soucis, car elle a un plus gros problème à surmonter, la présence menaçante du terrible sorcier Nuru, décidé à éradiquer les Okeke.

Le roman Qui a peur de la mort écrit par Nnedi Okorafor, est une histoire qui comporte trois parties, qui décrivent la vie de la protagoniste Onyesonwu, de sa naissance à sa mort. La première partie de l’histoire nous ramène à son enfance - elle a été élevée dans le désert, seule avec sa mère, jusqu’à l’âge de six ans. Elles ont fini par s’installer après à Jwahir, mais comme ewu, elle est ostracisée par la communauté. Au fil des ans, elle a néanmoins pu se faire des amis, trois filles avec lesquelles elle a subi le Onzième Rite, et un autre jeune ewu, un garçon appelé Mwita, qui possède lui aussi un pouvoir unique et s’entraîne avec le sorcier du village, Aro. Onye croit qu’apprendre à devenir sorcière l’aidera à se protéger contre le puissant sorcier Nuru, son père biologique. Pourtant, Aro a passé des années à refuser de l’initier parce qu’elle est fille et ewu, mais il a fini par accepter. 


Dans la deuxième partie, après avoir passé l’initiation pour devenir sorcière, Onye commence sa formation avec Aro et suit des études pendant les quatre années suivantes. Rapidement, la violence augmente envers elle et avant que cela ne devienne incontrôlable, elle entreprend un voyage vers l’Ouest. Elle est rejointe par Mwita, qui est désormais son amant, et par quatre autres amis, afin d’arrêter son père, le sorcier Daïb. La troisième partie est consacrée au voyage vers l’Ouest et aux combats qu’ils mènent en cours de route.


Il n’est pas très fréquent que nous, lecteurs, voyons des séries centrées sur des femmes en général, et en particulier des femmes africaines. Qui a peur de la mort nous permet d’avoir un nouveau point de vue, celui des victimes de viols. L’auteur montre comment les femmes sont violées, puis torturées mentalement et physiquement par les hommes et la société dans laquelle elles vivent. Même si les femmes ne sont pas responsables des agressions sexuelles, elles sont blâmées pour des actes dont elles n’avaient ni le contrôle ni le pouvoir. Bien que ce roman aborde des thèmes plus sombres, il s’agit de sujets importants qui restent pertinents dans le monde d’aujourd’hui. Okorafor n’embellit pas la violence et ne la glorifie pas non plus. Les scènes de violence sont écrites de façon très réaliste. Elle met en valeur non sans justesse les bonnes parties de l’histoire, l’amour et la magie. En plus, elle encourage les femmes à connaître leur propre valeur et à devenir des individus forts, grâce à Onyesonwu qui prend la défense de sa mère et de toutes les personnes qui ont été humiliées à cause de leur identité, victimes des Nuru. 


La lecture de ce roman est fort intéressante. Il faut dire que le concept d’un enfant qui va grandir pour accomplir une prophétie a été utilisé si souvent dans les romans de fantasy qu’il est devenu un cliché usé. Malgré cela, les personnages, bien développés et fort complexes, font que les lecteurs sont capables de ressentir de l’empathie pour eux. L’auteur a conçu un personnage formidable et c’est un plaisir de voir un protagoniste féminin fort dans une œuvre de fiction héroïque. Je suggère fortement ce roman à ceux qui souhaitent lire de la fantasie féministe non européenne.