L’homme à l’envers

Lorsqu’un loup s’aventure dans divers villages de France pour s’attaquer aux élevages ovins avec d’autres buts que sa propre survie, les populations se questionnent. Mais lorsque ce dernier en vient à s’en prendre à la race humaine, un climat de panique s’installe rapidement au sein du territoire et les rumeurs sont vite lancées : serait-ce un loup-garou? Une créature mythologique tout droit sortie des légendes et folklores d’antan? Les victimes ne sont malheureusement plus là pour témoigner.

    L’homme à l’envers est un roman policier de Fred Vargas publié en 1999 qui retrace la poursuite d’un tueur en série d’une espèce bien mystérieuse par un groupe d’individus qui, bien que peu semblables aux premiers abords, demeurent animés d’une même soif ardente de justice.

     Un loup, aux dimensions hors-normes, se plait à égorger de manière aléatoire des brebis de différentes bergeries non pas pour satisfaire un besoin primaire de survie, mais véritablement par pur plaisir de tuer. Si les attaques ne se limitent au départ qu’à l’espèce ovine, la situation se dégrade diligemment lorsqu’une éleveuse réputée est retrouvée égorgée à l’aube dans sa bergerie, tout laissant croire en la responsabilité du fameux loup exterminateur. D’autant plus que les derniers mots connus de la jeune femme désignent un coupable en particulier du nom de Massart, dont le caractère asocial et les facilités avec la race canine lui octroient des prédispositions apparentes à ce genre d’activité. De plus l’absence de poils sur les lieux du crime pointe promptement vers les légendes sur la lycanthropie.

     Par ailleurs, à la suite de la disparition du loup-garou, désormais présumé coupable par quelques personnes, les carnages se poursuivent dans les environs du Mercantour. Afin de venger la mort prématurée d’un être cher et, dans l’espoir de stopper les tueries d’un dangereux individu aux compétences mystérieuses, un étrange trio composé d’une femme, d’un vieillard et d’un enfant entre en scène. Mais le trio manque rapidement de ressources et d’aptitudes pour capturer un être aussi sournoisement méthodique.

     Ce n’est que suite à l’arrivée d’un commissaire, énigmatique pour certains, fantôme du passé pour d’autres, et dont les méthodes suscitent autant de confiance que de confusion, que le meurtrier est enfin neutralisé. Si son identité demeure dans l’ordre de l’inattendu, son mode opératoire se maintient.

     C’est dans une œuvre aux multiples thèmes que Fred Vargas nous fait revivre une ancienne légende de la civilisation européenne à travers le mythe du lycanthrope, tout cela accompagné d’un incroyable brassage des genres policiers. En effet, un véritable mystère plane au-dessus de l’identité du criminel. Son identité n’est révélée que grâce à la rigueur de la réflexion de l’enquêteur qui, bien qu’instinctive, demeure le résultat d’une observation minutieuse et d’un raisonnement concis. Par ailleurs, c’est dans un langage cru, à la limite vulgaire, que le commissaire Adamsberg, dont la survie est constamment menacée par un danger extérieur, s’évertue à retracer les motivations du criminel dans l’exécution de ces meurtres sanglants et inhumains, au sein d’une société où le racisme n’est point étranger.

     Adamsberg se présente tantôt comme détective, dans ses tentatives apparentes d’arrêter le criminel sous le couvert d’un intérêt personnel déguisé par sa passion connue pour les loups, tantôt comme coupable, car il est en réalité l’auteur de l’ensemble des crimes perpétrés dans les villages du Mercantour. Il y a en outre une dimension plus psychologique au roman, car l’auteur des crimes se pose aussi en victime. En effet, il ne fait qu’exécuter les desseins de son défunt père avide de vengeance. Celui-ci avait eu peu de scrupules à inculquer ses intentions meurtrières à sa progéniture trop fragile pour distinguer le bien du mal.

     Ce livre, déjà plus que fourni, est d’autant plus attrayant lorsque l’on s’intéresse à son titre : L’homme à l’envers qui, en plus de justifier le caractère lycanthrope dont il est question au cours du récit, nous renvoie aux personnalités bien opposées de ses personnages clés que sont le bel l’aventurier peu volubile, Lawrence Johnstone, et le chétif, mais ingénieux orateur, Jean-Baptiste Adamsberg. Si les deux apparaissent dès le départ comme des adversaires dans la conquête de la belle Camille, ils le sont plus encore dans les rôles respectifs du criminel et du détective, ces deux entités du roman policier qui de nature sont en parfaite opposition. Ainsi, le tout porte à croire aux deux faces d’une même pièce ou, comme dans ce cas précis, d’un « homme à
l’envers ».

     Cette œuvre du XXe siècle nous présente un récit, aux allures de mythe, ponctué par la poursuite effrénée d’un criminel hors du commun à l’identité aussi étrangère que les motivations et circonstances de ses meurtres. Ce livre est à recommander, puisqu’en plus de nous offrir une course-poursuite pleine de mystère et d’angoisse, il s’accompagne d’une sublime histoire d’amour dramatique comme seuls les auteurs de la gent féminine savent en produire.

Le roman Une vie de boy de l’écrivain camerounais Ferdinand Oyono est un des premiers à paver le chemin de la littérature africaine et à exposer les mœurs déplorables des Blancs durant la colonisation française en Afrique. Parue aux éditions Julliard en 1956, l’œuvre délocalisée du fait de sa publication au Nord, se sert d’une plateforme innovatrice d’un réalisme choquant et porte un regard frappant sur l’Autre pour mettre de l’avant une critique sociale par la plume d’Oyono et les mots du jeune Toundi.

     Une vie de boy raconte l’histoire infernale du boy Toundi qui, après avoir quitté sa maison à cause des tortures incessantes de son père, est recueilli par un Père Blanc, le père Gilbert. Chez celui-ci, Toundi sera aussi choyé qu’un jeune Noir pourrait l’être dans une famille de Blancs, mais plus important encore, il sera aimé par son maître. Alors lorsque le Père Blanc quitte ce monde, Toundi est à nouveau recueilli, cette fois-ci par le commandant qui dirige une région administrative dans les colonies françaises. L’attitude et le comportement de ce dernier vont donc de pair avec sa profession. Toundi sera pour ce puissant homme un boy, un serviteur qui n’a d’autre choix que d’obtempérer sous les ordres de son nouveau maître. Si Toundi avait déjà commencé à tenir un journal sous le toit du père Gilbert, il n’est pas loin de s’arrêter lorsqu’il devient domestique d’un endroit si animé. C’est donc grâce à ce journal, qu’Oyono recevra des propres mains de Toundi, que l’auteur pourra écrire Une vie de boy et ainsi relater les histoires terribles du jeune Toundi et cette vision qu’il aura pu avoir de Blancs sanguinaires.

La grammaire est une chanson douce, roman d’Erik Orsenna, paru en France aux éditions Le Livre de Poche, relate l’histoire à la fois dramatique, magique et épique de deux jeunes enfants ayant perdu la voix suite à un naufrage. Vous y trouverez, comme lecteur, une apologie du français et une centaine de raisons qui vous amèneront à vouloir garder cette langue comme trésor.

     Lorsque le bateau de Jeanne et son frère Thomas, est pris dans une tempête dans laquelle il finit par sombrer, les deux jeunes gens se retrouvent sur une île inconnue et découvrent qu’ils ont perdu la voix. Alors qu’ils sont sur la plage à reprendre leur souffle, ils se rendent compte que des mots flottent sur la rive. Ils font par la suite la rencontre de Monsieur Henri, grand homme noir, poète et musicien, qui sera leur guide et qui les aidera à retrouver la parole. S’ensuit une découverte de ce nouveau territoire, où Jeanne apprend que l’île est magique, car les mots y vivent. C’est grâce à ce fait que Monsieur Henri saura axer l’attention des deux jeunes sur le français; la découverte d’une ville de la grammaire avec les mots qui se marient afin de s’accorder, l’existence d’une usine de mots où on ne cesse de créer et la rencontre avec La Nommeuse, qui veille sur les mots rares, tout cela saura redonner envie à Jeanne et Thomas de parler.