Lars Osberg est professeur au Département d’économie de l’Université de Dalhousie.  
Lars Osberg est professeur au Département d’économie de l’Université de Dalhousie.  

Les salaires ne suivent pas l’inflation en Nouvelle-Écosse

Depuis un an, l’inflation ne cesse de croître sur l’étendue du territoire canadien. Selon Statistique Canada, en novembre 2021, l’indice des prix à la consommation a augmenté de 5,3 % par rapport à 2020. À l’échelle du pays, on constate une hausse moyenne de 4,7 %. Face à ce constat, plusieurs experts tirent la sonnette d’alarme sur des salaires devenus trop bas.

Le salaire minimum de 12,95 $ de l’heure n’a pas changé depuis avril 2021 en Nouvelle-Écosse et demeure conforme aux recommandations émises par le Comité d’examen du salaire minimum de la Nouvelle-Écosse dans son rapport publié en janvier 2021.


La Province annonçait toutefois en mars dernier qu’elle réviserait son approche en matière de salaire minimum, sans plus de détails.


Selon un rapport du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) paru en novembre 2021, un salaire minimum de 18 $ à 22 $ de l’heure selon la région serait nécessaire pour conserver un niveau de vie décent en Nouvelle-Écosse. 


« La comparaison des revenus minimums de subsistance d’Halifax et du Cap-Breton en 2020 montre une augmentation des deux. [Cela n’est pas surprenant] étant donné que la plupart des postes du budget du salaire vital ont augmenté en coût, mais qu’il n’y a eu aucune amélioration significative des transferts de revenus, des services publics ou des crédits d’impôt qui aident à compenser les augmentations du coût de la vie » (traduction libre), explique Christine Saulnier, autrice du rapport et directrice du CCPA, dans un communiqué.


Pour Lars Osberg, professeur au Département d’économie de l’Université de Dalhousie, l’inflation actuelle est calculée selon les standards de vie de la classe supérieure.


D’après lui, seuls les membres de ce groupe sont en mesure de payer pour la plupart des services, ce qui entraîne la classe moyenne à vivre dans une grande précarité. 


« C’est évident qu’une hausse du salaire minimum aurait un effet positif sur l’ensemble de la population. En moyenne, il faudrait un salaire de 22 $ de l’heure pour que chaque habitant puisse jouir d’un standard de vie confortable. En augmentant à au moins 15 $, cela pourrait rééquilibrer le pouvoir d’achat pour les personnes à faibles revenu », soutient Lars Osberg.


Les entrepreneurs au pied du mur


Pour Sue Uteck, directrice générale de la Spring Garden Area Business Association, le salaire minimum actuel est insuffisant face à l’inflation actuelle des prix. 


Elle reconnaît tout de même que si la Province imposait une augmentation des salaires, certains employeurs devraient fermer complètement leur entreprise. 


« L’augmentation des loyers, des services publics et autres seront également des facteurs décisifs. Beaucoup de petites entreprises sont des locataires, et avec le plafond de loyer de 2 %, de nombreux propriétaires pourraient décider de vendre, ce qui affecterait les petites entreprises », explique-t-elle. 


Sue Uteck estime qu’avant de parler d’une augmentation des salaires, il faudrait mettre sur pied un programme fédéral pour que le coût des salaires soit partagé conjointement entre l’État et les employeurs. Ce programme permettrait d’enlever une pression financière sur les employeurs et offrirait un plus grand pouvoir d’achat au reste de la population, défend la directrice générale. 


Le cercle vicieux du manque de main-d’œuvre


Pour le professeur Lars Osberg, le problème de nombreux employeurs se trouve à deux niveaux : dans un premier temps, ils se plaignent du manque de main-d’œuvre pour répondre à la demande actuelle, et dans un second temps, ils ne souhaitent pas voir une hausse des salaires, car ils ne seront pas en mesure de payer cette main-d’œuvre à un prix plus élevé. 


« Ce que beaucoup de chefs d’entreprises souhaiteraient avoir, c’est une main-d’œuvre qui est prête à travailler, mais à moindre coût. Cela leur serait profitable puisqu’ils pourraient réduire leurs dépenses. Pourtant, la solution à une pénurie de main-d’œuvre serait de mieux payer les employés », explique-t-il. 


Selon lui, malgré la situation économique actuelle, les employeurs devront devenir plus productifs pour s’adapter à la réalité du marché. 


« La solution [pour les employeurs] serait une économie où tout le monde est employé. Ce type d’économie demande une immense productivité pour assurer sa croissance. Ce type de modèle économique dépend de salaires minimums plus élevés. Ainsi, cette situation forcerait les employeurs à travailler plus pour fournir de meilleurs services et produits à leurs clientèles. Tout le monde en bénéficierait », conclut le professeur Osberg.