Sarah Granke, spécialiste de la prévention et du soutien en matière de violence sexuelle au ministère des Services communautaires de la Nouvelle-Écosse.  
Sarah Granke, spécialiste de la prévention et du soutien en matière de violence sexuelle au ministère des Services communautaires de la Nouvelle-Écosse.  

La Nouvelle-Écosse continue sa lutte contre la traite des personnes

Marie-Paule Berthiaume
Une formation en ligne gratuite sur l’exploitation sexuelle et la traite des jeunes a été lancée en juin par le ministère des Services communautaires de la Nouvelle-Écosse. Uniquement disponible en anglais, il s’agit du huitième module publié dans le cadre du cours Supporting Survivors of Sexual Violence : A Nova Scotia Resource. Ce projet, inauguré en 2017, permet aux Nord-Américains de suivre le cours à leur propre rythme pour s’éduquer sur la violence sexuelle et sur la manière de soutenir une personne y ayant survécu.
Schools Plus : Charlene Gagnon, responsable de la défense des intérêts, de la recherche et des nouvelles initiatives au YWCA Halifax, a offert en octobre 2019 une séance de formation en personne sur la traite des personnes aux éducateurs et au personnel de soutien scolaire au bureau du Nova Scotia Government and General Employees Union à Dartmouth.  

D’après les données du recensement 2016, la Nouvelle-Écosse représente environ 2,6 % de la population nationale. Pourtant, elle détenait en 2019 le taux le plus élevé de trafic humain, avec 5,3 personnes par 100 000. 


Ce taux représente 10 % des affaires de traite de personnes déclarées au pays. Près du trois quarts des victimes canadiennes, pour la plupart des jeunes femmes, avaient moins de 25 ans. 


Spécialiste de la prévention et du soutien en matière de violence sexuelle au ministère des Services communautaires de la Nouvelle-Écosse, Sarah Granke apporte cependant un bémol puisque ces statistiques ne reflètent que les plaintes rapportées à la police et les cas judiciaires survenus. 


« La plupart des gens ne portent pas plainte et ils ne vont pas chercher d’aide. Donc ce que nous savons, c’est que le nombre de cas est beaucoup plus élevé que ce qui est divulgué dans les médias ou via les services de police ou de protection de l’enfance », explique celle qui souhaite que le public se soucie davantage des défis liés à la violence sexuelle. 


En juin, plus de 5600 personnes s’étaient inscrites au cours Supporting Survivors of Sexual Violence : A Nova Scotia Resource, coordonné par Sarah Granke, dont 2700 avaient terminé tous les modules.


Quelques précisions sur la traite des personnes


Sarah Granke décrit l’exploitation sexuelle comme le fait de convaincre, d’attirer ou d’impliquer une personne dans un acte sexuel afin de profiter de son travail, en excluant la pornographie de l’équation. 


« Il s’agit généralement d’un échange contre quelque chose comme de l’argent, des drogues, un abri, de la nourriture, de la protection ou du transport. Parfois, il peut s’agir de combler les besoins émotionnels » dans le cas d’un ou d’une jeune, ajoute-t-elle.


Quant à la traite des personnes, qui s’apparente davantage à de l’esclavage, Sarah Granke la définit comme l’achat ou la vente d’une personne, parce une tierce partie, dans le but de tirer profit du travail — notamment sexuel — de celle-ci.


« Peut-être qu’ils les déplacent dans la province, peut-être qu’ils les emmènent à Moncton ou peut-être qu’ils les tiennent en captivité », énumère Sarah Granke en insistant sur « l’avantage » des déplacements fréquents pour éviter de se faire repérer et mieux contrôler les victimes en les tenant isolées.


Le public à la rescousse


Responsable de la défense des intérêts, de la recherche et des nouvelles initiatives au YWCA Halifax, Charlene Gagnon se dit encouragée par le progrès réalisé dans la province au niveau de la prévention sexuelle depuis cinq ans. 


Elle indique qu’il n’existait auparavant que deux organismes dédiés à travailler avec la population en matière de traite des personnes, soit Stepping Stones à Dartmouth et l’Ally Centre of Cape Breton à Sydney.

Elle invite désormais la population à suivre les médias sociaux (Instagram, Twitter, Facebook) du groupe Trafficking & Exploitation Services System (TESS), un partenariat provincial regroupant 180 professionnels. Ce groupe veille, depuis 2016, à soutenir les personnes à risque, les victimes et les survivants, ainsi que leur entourage.


Pour Charlene Gagnon, il est essentiel que le public soit en mesure d’alerter anonymement la police s’ils suspectent une situation d’abus, via Crime Stoppers par exemple. 


« Les personnes qui travaillent dans les salons de coiffure, les salons de manucure et de tatouage, qui sont en contact avec des gens tout le temps, commencent à reconnaître les signaux d’alarme et à les rapporter », reconnaît celle qui salue les récentes ressources et le soutien mis en place à travers la province pour prêter main-forte à la lutte contre l’exploitation sexuelle et la traite des personnes.


Charlene Gagnon cite une étude récente du Centre canadien pour l’élimination de la traite des personnes portant sur les couloirs de la traite au Canada, et notamment sur l’inévitable lien Halifax-Moncton, puisque que le commerce sexuel et les clubs de strip-tease sont illégaux à Halifax. 


Elle indique que les victimes se retrouvent également souvent en Ontario, où il existe un circuit très actif de traite des personnes, et plus rarement en Alberta.


Sarah Granke et Charlene Gagnon invitent la population à utiliser au besoin la Ligne d’urgence canadienne contre la traite des personnes, un service confidentiel multilingue gratuit dédié à la traite des personnes et accessible 24 heures sur 24. 


En Nouvelle-Écosse, il est possible de joindre en tout temps la Nova Scotia Human Trafficking Team en composant le 902-449-2425.