Ce qui se voit souvent à l’entrée des lieux publics en période de pandémie et en ce cas-ci à l’entrée de La Picasse à Petit-de-Grat.
Ce qui se voit souvent à l’entrée des lieux publics en période de pandémie et en ce cas-ci à l’entrée de La Picasse à Petit-de-Grat.

Nouvelles façons de faire, même de s’exprimer, occasionnées par la COVID-19

Robert Fougère
ISLE MADAME : Il y a un an maintenant que bien des façons de faire et des pratiques dans nos régions acadiennes ont beaucoup changé. La COVID-19 a même eu des incidences sur notre langue parlée.

Dans l’Isle Madame, comme ailleurs, il est impératif de suivre les mesures sanitaires de Santé publique Nouvelle-Écosse et de se conformer aux restrictions sur les mouvements et déplacements, élaborés et suggérés par notre gouvernement provincial. Tous ces changements, voire cette nouvelle réalité, ont eu des incidences ou des retombées sur nos façons d’agir et même sur notre langue parlée. La COVID-19 nous a introduits à un vocabulaire nouveau, à des expressions nouvelles et, comme pour le port du masque et le lavage des mains, ce sont aujourd’hui quasi des automatismes. 


En début d’année 2021, notre parler est teinté d’expressions, de mots, de tournures et d’un vocabulaire qui étaient jadis inconnus, peu connus, ou encore fort rarement utilisés. Le discours a changé et dans certains cas pour faire un virage de quasi 360 degrés. La même chose peut se dire aussi de certaines actions, de procédures ou de façons d’agir.  


Qui aurait pensé, il y a quinze mois, qu’il aurait fallu porter un masque pour faire ses affaires bancaires à la Caisse Saint-Joseph de Petit-de-Grat? En réalité, une enseigne à l’entrée de la Caisse Saint-Joseph lisait, avant la COVID-19 : « Ne portez pas de couvre visage, on veut voir votre beau visage. » La COVID-19 a changé bien des devises, des façons de voir les choses et les façons de dire ou de s’exprimer. Aujourd’hui on lit, en entrant à la Caisse Saint-Joseph : « Le port du masque ou du couvre visage est obligatoire. » On s’adapte aux nouvelles réalités, aux circonstances et on agit selon les besoins. La pandémie oblige. Personne n’entre, dans un lieu public, sans se couvrir le visage et sans se désinfecter les mains. C’est devenu une habitude et très peu de grognement se fait entendre.   


Il est généralement accepté que des nouvelles découvertes, des événements importants, des accidents, des expériences nouvelles, et des pandémies dans ce cas-ci, viennent changer notre manière de vivre. Il est aussi évident que ces mêmes découvertes, accidents, événements, et la pandémie que nous vivons, viennent aussi faire croître notre vocabulaire, modifier nos expressions et transformer notre parler.


Depuis le début de cette pandémie, nous nous rendons compte à quel point le vocabulaire a changé ou a été modifié. À quel point certaines expressions et certains mots sont entrés dans notre parler quotidien, sans qu’on en fasse trop de cas. Ah oui, le mot « cas ». Ces mots et expressions sont devenus partis de qui on est. On s’en sert quasi tous les jours et nous pouvons croire que ces nouvelles expressions et mots nouveaux seront avec nous pendant plusieurs décennies. Et ce ne sont pas tous des mots nouveaux, mais des mots qui prennent un sens particulier.


Prenons le petit mot de trois lettres « cas », à titre d’exemple. Il a été utilisé déjà à trois reprises, dans ce court texte. C’est un petit mot qui était et qui est très bien connu et qu’on prononce assez régulièrement dans notre discours quotidien. Chaque fois pour exprimer une idée quelconque, mais pas celle qui est exprimée chaque jour depuis mars 2020, et que la population veut entendre de plus en plus, ou dois-je dire, veut entendre de moins en moins. C’est que le mot « cas » est devenu synonyme de cas de COVID-19. Il a été associé tellement souvent à la COVID-19 que si vous posez la question, de nos jours : « Combien de cas y a-t-t-il aujourd’hui? » Vous aurez une réponse reliée à la COVID--19, je pense bien. Et on précisera davantage, en ajoutant très vite, le mot « évolutifs. » Donc, évolutifs est quasi marié à cas dans le discours en avril 2021. Celles et ceux qui lisent les données quotidiennes de Santé publique (est-ce qu’il y a quelqu’un qui ne lit pas celles-ci?) se sont approprié ces expressions et cela restera dans le vocabulaire actif de toutes ces personnes. Donc on a ajouté un autre sens au petit mot « cas » et on a saisi le sens du mot « évolutif », un mot qui certainement n’était pas parti du vocabulaire usuel de toutes et de tous, dans l’Acadie de la Nouvelle-Écosse.  


Voilà qu’on vient de souligner comment on avance ou qu’on assure une sécurité linguistique ou qu’on milite contre l’insécurité linguistique, soit une autre façon de dire la même chose. 


Mais pour revenir aux multiples mots et expressions qui ont pris tout un nouveau sens à l’ère de la COVID-19. 


Le mot « flambée » me parlait d’un repas exotique ou je l’associais à la Saint-Valentin, la fête des amoureux qu’on vient de célébrer récemment, mais avec restrictions en 2021, à cause de la COVID-19. Donc, je pense qu’il y avait moins de flambées chocolatées en 2021. Au contraire, il y avait plus d’explosion ou de flambées de COVID -19. Cela a été le cas à Terre-Neuve et Labrador ainsi qu’au Nouveau-Brunswick, assez récemment.  


Vague, comme le mot cas, peut avoir plusieurs sens. En milieu de pêche, comme à l’Isle Madame, le plus souvent quand on parle de vague, c’est pour parler de conditions marines qui pourraient nuire à la pêche côtière ou hauturière. Des vagues de 3 à 6 mètres de hauteur qui perturbent le pêcheur. Aussi, on s’en sert très souvent lorsqu’une idée n’est ni claire, ni précise. Ce qui est clair et précis depuis l’hiver 2020, c’est qu’il pourrait y avoir plusieurs autres vagues de la COVID-19, nouvelles générations ou tendances. Et pour en ajouter une autre saveur, on parle de plus en plus, de vague de « variante » de la COVID-19. Oui, vous l’avez sans doute deviné, ce qui veut dire « une forme légèrement différente » de l’autre. Le positif dans tout ceci, c’est que tous ces changements viennent faire croître notre vocabulaire, notre compréhension et notre facilité d’expression. 


Vous avez remarqué le mot « positif » que je viens de prononcer dans la dernière phrase du paragraphe qui précède celui-ci. Pas besoin d’en dire plus. Si vous testez « positif », ce n’est pas positif, mais plutôt négatif, si on parle en termes de COVID -19. Et quand il s’agit de se rassembler ou de côtoyer quelqu’un, on disait vouloir s’associer à des gens positifs. D’après les nouvelles et de ce qu’on lit tous les jours dans les journaux, le contraire peut être vrai aujourd’hui. Mais, je suis certain que cette tendance parle uniquement de Covid-19 et ne deviendra pas règle générale ou très répandue chez les Acadiennes et Acadiens, une fois la COVID-19 vaincue par les vaccins qui font la ronde.  


Plein d’autres mots ont été très souvent prononcés, sinon surutilisés, depuis mars 2020. Distanciation, quarantaine, isolement, propagation, éclosion, salubrité, hybride (sans parler de plantes ou d’animaux) Zoom, présentiel, et bien sûr j’en passe. Ce sont que des exemples de mots qui font partie de notre vécue, de notre vocabulaire actif. 


Selon le discours des politiciens et des médecins-hygiénistes, qui sont devenus en quelque sorte des amis et des héros, « nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge. » Une autre belle expression qui a vu jour, qui a été fort souvent utilisée en lien avec la COVID--19 et dont nous avons saisi le sens par la force des choses. Les Acadiennes et Acadiens de la Nouvelle-Écosse auraient pu penser qu’on parlait toujours de la fête de Noël. Mais vous savez très bien que ce n’est pas le cas. 


Donc beaucoup de mots, d’expressions et de façons de dire font maintenant partie de notre vécu, si nous avons goûté à ceux-ci en français. Pas besoin de les voir inscrits sur un macaron (il n’y aurait pas suffisamment de place de toute façon). Il aura simplement fallu écouter, parler et lire en français ces multiples nouveautés terminologiques pendant la dernière année, l’année de la COVID-19.  


Restez à l’écoute pour autres découvertes à faire et d’autres ajouts à notre langue parlée, grâce à la COVID-19, car « nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge. »