Le premier magazine scientifique pour les jeunes de La Liberté est paru en mai dernier.
Le premier magazine scientifique pour les jeunes de La Liberté est paru en mai dernier.

Le coronavirus expliqué aux enfants

Barbara Gorrand
Journaliste indépendante, France
Quand la COVID entraîne un nouveau modèle d’affairesMANITOBA : C’est pour s’adresser aux enfants, grands oubliés de la gabegie d’informations qui accompagne la pandémie actuelle, que La Liberté, hebdomadaire francophone établi au Manitoba a choisi de revenir aux fondamentaux de sa mission. Être journaliste, ce n’est pas tout savoir. Être journaliste, c’est prendre du recul, c’est aller chercher les personnes ressources, c’est confronter les points de vue, recouper et enfin, rendre ces connaissances accessibles au plus grand nombre.

Et il n’y a rien d’étonnant à ce qu’un « petit » journal canadien soit à l’origine de ce minutieux travail de vulgarisation scientifique à destination des enfants.
En moins de cinq semaines, son équipe a entièrement conçu, illustré, financé et réalisé un magazine de 64 pages pour expliquer comment le corps humain se bat contre les virus comme le SARS-CoV2.

Parce que c’est à ces petits journaux, aux moyens souvent limités, que revient l’obligation de se réinventer sans cesse, de sortir des carcans, de s’affranchir des dogmes, sous peine de disparaître. La Liberté, 107 ans aujourd’hui, n’aurait pas survécu sans cette conviction chevillée au corps… 

Alors qu’en ce mois de mars 2020, le début de la crise sanitaire annonçait le début de la fin pour plusieurs journaux canadiens, Sophie Gaulin, directrice et rédactrice en chef de l’hebdomadaire, a répondu « pas question ». Pas question de laisser la chute de revenus publicitaires mettre un terme à ce véritable service au public que sont les publications d’information. Elle décide donc d’engager à contrat un directeur scientifique, le professeur d’immunologie Jean-Eric Ghia, et d’aller chercher une vingtaine de commanditaires pour livrer un tout premier magazine Sciences pour enfants et adolescents.

Exonérée de la course à l’information quotidienne qui agite les salles de nouvelles un peu partout à travers le monde, son équipe est donc allée frapper aux portes. Celles du Centre de recherche de l’Hôpital Saint-Boniface, celles des professeurs, des universitaires, de tous ceux qui pouvaient apporter leur pierre à cet édifice éducatif.

La présidente-directrice générale de l’Hôpital Saint-Boniface, Martine Bouchard, a immédiatement répondu présente à la demande de la directrice de La Liberté.

« Je suis très heureuse que le Centre de recherche de l’Hôpital Saint-Boniface ait pu contribuer à ce tout premier magazine scientifique pour la jeunesse, en offrant l’expertise de nos éducateurs du BIOlab jeunesse qui ont contribué à la rédaction du magazine », indique-t-elle.

Entièrement financé par les commanditaires et bailleurs de fonds, ce projet en est alors distribué gratuitement en version numérique, mais aussi en version papier, aux abonnés du journal de langue française La Liberté, mais aussi aux abonnés du quotidien de langue anglaise, le Winnipeg Free Press. « Le magazine papier c’est une façon de récompenser nos abonnés et ceux du Winnipeg Free Press, dévoile Sophie Gaulin. Car dans un monde où l’information est donnée gratuitement sur quasiment toutes nos plateformes, il faut que les fidèles abonnés y trouvent un avantage. Depuis décembre 2019, nous offrons des magazines de grande qualité. Mais celui-ci est un peu spécial, car il est pour les jeunes. »

Le magazine est aussi disponible en ligne gratuitement sur la-liberte.ca. Mais, preuve de l’attachement des lecteurs à leur publication papier, c’est cette version-là qui a remporté un succès retentissant. « La première journée de parution, nous avons reçu de très nombreux appels, courriels et messages sur les réseaux sociaux pour savoir comment s’abonner et quand paraîtrait le prochain. Nous avons d’ailleurs publié deux pages entières de notre hebdo avec ces messages », se réjouit Sophie Gaulin.

Et puis, ce magazine est déjà appelé à voyager… « Un professeur de microbiologie à l’Université du Manitoba nous a demandé l’autorisation de reproduction du magazine pour l’envoyer dans des écoles de la Sierra Léone. »

Un outil de collecte de fonds

Mais si cet esprit de réaction semble avoir permis à La Liberté de relancer ses abonnements, ce n’est pas le seul point positif de cette aventure. Ce tout nouveau

Sophie Gaulin, directrice et rédactrice en chef de La Liberté, et initiatrice du projet À l’attaque des Coronas

modèle d’affaires repose sur une composante philanthropique. Le journal s’est associé à la Fondation de l’Hôpital des enfants du Manitoba pour contribuer à financer la recherche scientifique au sujet de l’impact de la COVID sur les enfants. La dernière page de couverture est un message du PDG de cette fondation, Stefano Grande, qui exprime sans détour :

« Notre Fondation est fière d’appuyer cette ressource extraordinaire faite au Manitoba. Un outil d’une valeur inestimable qui aidera les enfants (et leurs parents) à mieux comprendre les virus comme celui qui cause la COVID 19 et par le fait même, qui contribuera à apaiser les peurs et l’anxiété dans un monde frappé par un sentiment d’insécurité sans parallèle. »

Sophie Gaulin explique : « Une partie de l’argent récolté permettra de couvrir les frais engendrés par la réalisation du magazine et l’autre partie ira à la recherche scientifique. Mais si les fonds dépassent nos attentes, la Fondation bénéficiera alors d’un crédit pour continuer d’annoncer dans notre journal. »

Le résultat de ce formidable cercle vertueux, ce sont ces 64 pages colorées, dûment documentées, qui permettent de mettre une information vérifiée sur une maladie encore méconnue à hauteur d’enfant. Une aventure humaine qui a permis à un journal de conserver son personnel en temps de crise sanitaire, tout en participant à l’avancée de la recherche médicale. Une expérience que la directrice de La Liberté serait heureuse de partager avec ses confrères et consœurs par l’intermédiaire des réseaux d’éditeurs. En ces temps de disette de bonnes nouvelles, celle-ci fait donc beaucoup de bien, à plus d’un titre…