Clint Bruce
La ministre zimbabwéenne des Affaires féminines, du genre et du développement communautaires,
l’honorable O. C. Z. Muchinguri, en visite à New Delhi pour discuter avec Maneka Sanjay Gandhi,
ministre indienne des Femmes et du Développement des enfants, juillet 2014.
La ministre zimbabwéenne des Affaires féminines, du genre et du développement communautaires, l’honorable O. C. Z. Muchinguri, en visite à New Delhi pour discuter avec Maneka Sanjay Gandhi, ministre indienne des Femmes et du Développement des enfants, juillet 2014.

Les femmes dans la sphère politique, de l’Argentine au Zimbabwe (3e partie)

L’Inde est souvent qualifiée de « plus grande démocratie du monde ». Au moment où fut signée cette chronique, les élections les plus importantes de l’histoire de l’humanité s’achevaient dans cette république multiethnique, multilingue et multiconfessionnelle d’Asie du Sud : 900 millions d’électrices et d’électeurs se rendaient aux urnes pour se prononcer sur la composition de la Lok Sabha, la chambre basse du parlement, dirigée depuis cinq ans par Narendra Modi du Bharatiya Janata Party (BJP), d’obédience nationaliste hindoue.

Parmi les enjeux de ces législatives, la condition des femmes n’est pas le moindre.

L’Inde vient d’être classée « pays le plus dangereux pour les femmes » par la Fondation Thomson Reuters. Malgré les protestations contre cette désignation, dénoncée notamment par Maneka Sanjay Gandhi, ministre des Femmes et du Développement des enfants, personne ne nie les problèmes. Outre la pauvreté endémique, nombre d’outrages affligent la société indienne : viols et autres actes de violence, mariages forcés et infanticides.

En abordant le rôle des femmes dans les hautes sphères du pouvoir politique, quelques questions s’imposent : le bien-être des femmes est-ce un « dossier féminin »? Incombe-t-il surtout aux femmes politiques de s’en occuper, devant d’autres aspects de la gouvernance d’un pays? Le leadership féminin a-t-il forcément un effet positif sur la situation globale des citoyennes?

L'histoire de l'Inde contemporaine a certes été marquée par une grande femme d’État en la personne d’Indira Gandhi, Première ministre de 1966 à 1977 puis de 1980 à 1984. Le cas de Gandhi, fille unique de Jawaharlal Nehru, l’un des pères de la nation (devenue indépendante en 1947) est symptomatique de la dynamique du genre en politique indienne : les femmes élues ou nommées à de hautes fonctions appartiennent souvent à des familles puissantes dont elles contribuent à maintenir l’influence. (À noter que Maneka Gandhi est la veuve de son fils.)

Leur présence ne promet pas forcément l’avancement des revendications féministes.

Actuellement, 66 des 524 sièges de la Lok Sabha sont occupés par des femmes, soit 12,6 %. Les deux principaux partis nationaux, le BJP et le Congrès national indien, ont inscrit dans leurs programmes un objectif de 33 % de représentation féminine.

Une autre stratégie pour combler ce déficit d’équité passerait par l’attribution de portefeuilles ministériels. Le gouvernement Modi a adopté cette approche. Ainsi, la proportion de femmes au sein du Conseil des ministres a atteint 18 % en 2015, comparativement à 3 % au milieu des années 1990. 

Il existe certes une tendance à confier aux femmes les ministères chargés de questions « annexes » (soft issues, en anglais), comme la famille et l’enfance, plutôt que la défense ou la justice, par exemple. Mais des progrès se dessinent.

Selon l'Union interparlementaire, 1412 portefeuilles ministériels dans 188 pays sont détenus par des femmes, dont, en tête de liste, 109 ministères des affaires sociales et 107 ministères de la famille, de la jeunesse, entre autres. L’infographie ci-dessous montre que les dossiers de l’environnement (95), de l’industrie (84) et des affaires étrangères (63) sont confiés à un nombre croissant de femmes.

L’une des cinq femmes ministres de la défense est indienne : Nirmala Sitharaman.

La situation du Zimbabwe a p p o r t e u n é c l a i r a g e complémentaire. Située en Afrique australe et comptant 14 millions d’habitants, cette ancienne colonie britannique traverse une importante transition politique après le long règne sans partage de Robert Mugabe. Le Zimbabwe est gangréné par la corruption et des iniquités sociales criantes.

Ce sont des groupes de femmes de la société civile qui mènent la charge pour réformer le pays. Aux élections de l’an dernier, beaucoup appelaient de leurs voeux une vague féminine. Autant d’espoirs déçus : 26 sièges parlementaires sur 210. 

L’égalité hommes-femmes a beau être enchâssée dans la constitution, les Zimbabwéennes sont confrontées à une culture qui carbure à la testostérone. De nombreuses candidates ont subi de l’intimidation et des campagnes de salissage.

Dans une chronique parue le 10 octobre dernier sur le site d’actualité NewsDay, la militante féministe Linda Tsungirirai Masarira posait la question : « Pourquoi la marginalisation politique des femmes? » (Why Marginalise Women in Politics?). L’auteure en conclut à des « déformations structurelles » qui confortent la misogynie traditionnelle. Les femmes sont exploitées et maltraitées, et la mentalité patriarcale ne veut rien y changer. 

Masarira ne mâche pas ses mots : « La violence politique constitue le principal obstacle à la participation politique des femmes. »

Elle poursuit : « C’est une folie de s’attendre à ce que les hommes prennent des décisions au nom des femmes […]. Les enjeux touchant les femmes sont des questions de droits de la personne et ne peuvent être abordés que par des femmes ou des hommes qui comprennent le bourbier dans lequel les femmes du Zimbabwe sont prises. » 

Heureusement, le président Emmarson Dambudzo Mnagagwa voit le problème. Son nouveau cabinet comprend 30 % de femmes-chefs de ministères et 50 % de femmes ministres d’État. C’est un pas en avant. 

Y a-t-il une commune mesure entre ces pays et le Canada? 

Oui, bien sûr. La violence à l’encontre des femmes affecte toutes nos communautés, tandis que les femmes sont sousrémunérées par rapport aux hommes et sous-représentées dans la sphère politique. 

Pourtant, ces défis ne font pas partie, par exemple, des objectifs du programme One Nova Scotia pour développer l’économie de la province. C’est dommage. 

Pour ma part, il me semble terriblement urgent de doter la Nouvelle-Écosse et le Canada entier de dispositifs musclés en matière de parité. Comme au Zimbabwe, les hommes décident mal pour les femmes – et les femmes, c’est la moitié des gens, et non pas « un groupe ».

À toutes les femmes, jeunes et moins jeunes, qui nourrissent des aspirations politiques, je vous encourage à entrer en contact avec la Fédération des femmes acadiennes de la Nouvelle-Écosse (FFANÉ), à devenir membre de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne (AFFC) et de vous renseigner sur les initiatives la Fondation canadienne des femmes (FCF).

Nous avons besoin de vous.

Détail de l’infographie Les femmes en politique : 2019, publiée par l’Union interparlementaire avec l’appui d’ONU Femmes.