Au sein de la communauté franco-canadienne noire, parents et organismes se sont relayés pour tenter d’expliquer aux enfants la raison d’être de ce mouvement, encore présent en 2021.  
Au sein de la communauté franco-canadienne noire, parents et organismes se sont relayés pour tenter d’expliquer aux enfants la raison d’être de ce mouvement, encore présent en 2021.  

Comment expliquer Black Lives Matter à ses enfants en 2021?

Inès Lombardo
Francopresse
FRANCOPRESSE : Aux États-Unis comme au Canada, la mort de George Floyd en mai 2020 a ravivé le mouvement Black Lives Matter (La vie des Noirs compte). Depuis, au sein de la communauté franco-canadienne noire, parents et organismes se sont relayés pour tenter d’expliquer aux enfants la raison d’être de ce mouvement, encore présent en 2021. En ce Mois de l’histoire des Noirs, l’Histoire est justement l’un des moyens utilisés pour aborder ce sujet.
Body Ngoy, vice-président du conseil d’administration du Regroupement ethnoculturel des parents francophones de l’Ontario (REPFO), est aussi auteur de la bande dessinée Le Canadien, parue en 2020 en anglais et en français. Pour ce travail, il est finaliste du prix Bernard Grandmaître.

« Dans ces univers, les jeunes noirs ne sont pas traités de la même manière que les jeunes blancs. C’est du racisme systémique, que je retrouve moi-même au sein de mon travail. »
Germaine Dimanche, mère et infirmière

L’Histoire et la communication : c’est le chemin emprunté par Germaine Dimanche, qui a commencé par « prendre le temps d’analyser avec mes enfants ce qui s’était passé, lors de la mort de Georges Floyd. Au départ, moi-même je n’ai pas compris.» 

La fille de 15 ans et le fils de 13 ans de cette infirmière noire basée à Ottawa ont constaté la brutalité, l’injustice et le racisme de cet événement. Ce sont les trois mots qu’ils ont retenus, à l’instar du mouvement Black Lives Matter.

Leur mère nuance : « Le côté négatif que je vois dans ce mouvement, ce sont les violences qui ont pu en découler dans certaines villes. Je crois que rien ne se peut se régler par la violence, mais plus par un changement d’orientation des institutions, des écoles. Dans ces univers, les jeunes noirs ne sont pas traités de la même manière que les jeunes blancs. C’est du racisme systémique, que je retrouve moi-même au sein de mon travail. »

Elle ajoute : « J’ai cru comprendre que M. Floyd avait utilisé un faux billet. Ce n’est pas un bon comportement. Mais ce n’est pas une raison de tuer quelqu’un de cette manière, aussi atrocement. »

C’est pour cette raison précise que Germaine Dimanche répète à ses enfants de toujours avoir le meilleur comportement et les meilleures fréquentations possible; pour éviter de se retrouver dans des situations où ils pourraient être maltraités, par la police ou les autres. 

Un discours qu’elle ne pense pas que les parents blancs tiennent avec leurs enfants. « Bien sûr, tous les parents conseillent cela à leurs enfants. Mais les parents blancs ne le font pas dans la même perspective que nous », croit-elle.


La lutte contre les injustices par le savoir de l’Histoire

Body Ngoy, vice-président du conseil d’administration du Regroupement ethnoculturel des parents francophones de l’Ontario (REPFO), est aussi auteur de plusieurs bandes dessinées, dont Le Canadien, parue chez Boxia Partage en 2020 en anglais et en français. 

Même si elle est destinée à tous les publics, la bande dessinée cible particulièrement les enfants et les adolescents. 

Via le programme de mentorat du REPFO, après plusieurs échanges avec des classes en Ontario sur son ouvrage, Body Ngoy explique : « Je me suis rendu compte que beaucoup de jeunes Canadiens noirs ne connaissent pas ou peu leurs origines. Et que, lorsqu’ils les connaissent, ils n’en sont pas fiers, car ils les rattachent à l’esclavagisme. Certains expliquent qu’ils se sentent considérés comme des Canadiens de deuxième classe et expérimentent donc une perte d’estime importante. »

Pour lutter contre ce sentiment, Body Ngoy a commencé par leur poser des questions, pour amener le sujet de l’histoire des Noirs au Canada sous forme de rappel historique. Sa bande dessinée est une manière d’aborder le sujet de manière plus légère : « On ne va pas chercher à leur expliquer par de gros bouquins », plaisante-t-il à moitié. 

Toutefois, si le mouvement Black Lives Matter a éveillé la curiosité chez les jeunes et a suscité des questions, Body Ngoy observe que la majorité ne comprend toujours pas ce mouvement. 

« Mais certains leadeurs noirs ne le comprennent pas non plus, assure le vice-président du REPFO. C’est pour cela que je pense que le rappel historique est un premier point de départ, car ces événements de 2020 ont fait prendre conscience aux jeunes du racisme qui est encore bien présent dans notre société ».

Explications différentes selon la communauté

Germaine Dimanche et Body Ngoy se rejoignent sur un point : les enfants noirs ne reçoivent pas le discours d’explications de l’existence de ce mouvement de la même façon que les jeunes blancs ou asiatiques. 

Il faut bien sûr que chaque communauté s’éduque sur l’histoire des Noirs pour comprendre le mouvement aujourd’hui, selon Body Ngoy. Un point sur lequel Gustave Bitsi, également membre du conseil d’administration du REPFO, le rejoint : « Il faut faire comprendre à tout le monde que le profilage est toujours présent et qu’il y a un privilège blanc. »

« Aux États-Unis comme au Canada, ce sont les jeunes noirs qui ont fait descendre les Blancs dans la rue avec eux, reprend Body Ngoy. Toutes les communautés étaient présentes, mais ce sont forcément les Noirs qui se sentent concernés personnellement. »

Pour Gustave Bitsi, « les manifestations de Black Lives Matter dans la foulée de la mort de George Floyd ont sonné comme un réveil pour les jeunes. C’est aussi l’équivalent d’un pas vers la reconnaissance de leurs origines et vers une éducation policière. Car George Floyd est mort pour 20 $. »

Il observe que « les choses ont tout de même évolué depuis 60 ans. Mais les enfants ne comprennent pas toujours et il y a un devoir d’éducation ».

Selon lui, il faut essayer de balancer le pouvoir, notamment aux États-Unis. « À Ottawa, ajoute-t-il, il y a une belle coopération qui se fait entre les communautés multiethniques et la police, en majorité. »

Et cela même si les programmes éducatifs vraiment officiels sur les Noirs datent d’il y a seulement quelques années en Ontario, selon Body Ngoy. Ce dernier explique que le fait que Justin Trudeau ait reconnu l’existence du racisme systémique au Canada soit un bon début.



« Certains expliquent qu’ils se sentent considérés comme des Canadiens de deuxième classe et expérimentent donc une perte d’estime importante. »
Body Ngoy, vice-président du conseil d’administration du Regroupement ethnoculturel des parents francophones de l’Ontario
Pour Gustave Bitsi, « les manifestations de Black Lives Matter dans la foulée de la mort de Georges Floyd ont sonné comme un réveil pour les jeunes. C’est aussi l’équivalent d’un pas vers la reconnaissance de leurs origines et vers une éducation policière. »