L’auteure acadienne Cassie Deveaux Cohoon.
L’auteure acadienne Cassie Deveaux Cohoon.

Décès tragique de l’auteure Cassie Deveaux Cohoon

Rosie AuCoin-Grace
MONTRÉAL (QC) : Le 3 septembre 2019, l’auteure Cassie Deveaux Cohoon est décédée de façon tragique à l’âge de 84 ans lorsqu’elle a été mortellement happée par un camion à Montréal, plus précisément dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce. L’accident a eu lieu en plein jour à l’angle des rues Girouard et Terrebonne. Les efforts pour la sauver ont été vains.

     Née à Chéticamp le 2 février 1935, Cassie était la fille de feu Auguste (à Charles) et de feu Louise (Bourgeois) Deveaux. Pendant que Cassie allait à l’école, la famille vivait à Dingwall et, comme il n’y avait aucune école secondaire dans cette région, elle est allée habiter chez ses grands-parents maternels, Kenneth et Marie Bourgeois, où elle a fréquenté le couvent. Elle a déménagé à Montréal après ses études secondaires. Elle y a travaillé comme sténographe et a vite accédé à des postes de responsabilité dans le soutien administratif auprès de l’Association du transport aérien international. Sa carrière l’a amenée à vivre et à travailler à New York et à Paris puis elle est revenue poursuivre sa carrière à Montréal.

     Elle s’est inscrite à des programmes au Thomas More Institute. Elle y a obtenu son baccalauréat ès arts et est demeurée associée pendant longtemps à l’Institut comme chef de file. Elle était aussi active auprès de la société C.J. Jung de Montréal.

     Selon Marcel Deveaux, son frère qui habite la région de Chéticamp, elle aurait quitté le Cap-Breton parce qu’elle voulait une meilleure vie que ce que son petit village pouvait lui offrir. « Grâce à ses voyages et au temps passé à Montréal, elle a fait des choses que des filles de cette région ne pouvaient que rêver d’accomplir à cette époque », a-t-il dit.

     « Cassie était comme une bouffée d’air frais et quand on la rencontrait, elle laissait une impression inoubliable. Sa joie de vivre était contagieuse. Dans les années 1980, elle a commencé à écrire des histoires de famille comme journaliste pigiste pour des journaux et magazines locaux. Dans les années 1990, elle s’est consacrée au rêve de toute sa vie, soit la recherche en vue d’écrire un livre sur sa passion pour le rôle des femmes dans l’histoire acadienne. Elle adorait écrire et cet enthousiasme transparaît dans son style et son talent pour raconter des histoires. »

     Son patrimoine acadien remonte aux débuts à Grand- Pré, du côté de son père, et à Beaubassin, dans la région d’Amherst, du côté de sa mère. Elle était très branchée sur ses racines acadiennes et était très fière de faire de la recherche sur ses ancêtres, puis de publier des histoires liées à la Déportation des Acadiens en 1755 et à la grande misère qui a suivi. À la suite de ses recherches, elle a publié en 2007 son premier livre, Severine, qui raconte l’histoire d’une héroïne fictive qui avait vécu en Acadie. En 2013, elle publie Jeanne Dugas of Acadia qui présente l’histoire de sa propre ancêtre. Une des petites-filles de Jeanne Dugas avait épousé un fils d’Augustin Deveau, un des fondateurs de Chéticamp et un ancêtre paternel de Cassie.

     Cette auteure possédait une grande connaissance de l’histoire acadienne et avait sa façon bien à elle de présenter de manière sympathique un excellent portrait de l’ancienne Acadie et de la vie des Acadiens exilés. Même s’il s’agissait de travaux de fiction historique, elle donnait vie à ses personnages et permettait de faire comprendre les luttes et expériences des anciens Acadiens et ce qu’ils avaient enduré. Elle a surtout écrit sur les femmes d’autrefois sur leur rôle en ces temps difficiles.

     Lors d’une visite au Site historique national de la Forteresse de Louisbourg, après la publication de Severine, Cassie a découvert qu’elle était descendante de Jeanne Dugas, une des fondatrices de son village natal, qui a d’ailleurs été nommée Personne de signification historique nationale par le gouvernement du Canada. C’est ce qui l’a inspirée à faire sa recherche et à publier Jeanne Dugas of Acadia qui présente les tribulations de son ancêtre à l’époque de la Déportation.

     Au moment de publier, Cassie Deveaux-Cohoon avait dit à son éditeur : « Jeanne n’est pas une héroïne qui a accompli des choses extraordinaires, c’une femme vraie qui a vécu avec persévérance et endurance des moments très difficiles de notre passé. »

     En dépit de son âge, cette femme d’origine acadienne en était à une période cruciale de sa carrière. Son deuxième roman, Jeanne Dugas of Acadia, venait juste d’être traduit en français. « Elle écrivait un troisième roman, a confié Marcel. Je vais probablement trouver ce matériel précieux quand nous irons parmi ses affaires. »

     Cassie vivait une vie tellement active à l’âge de 84 ans. Elle est même venue récemment en auto, qu’elle a conduite elle-même, de Montréal à l’Île-du-Prince-Édouard pour rendre visite à sa cousine, Nicole. Elle a participé au Congrès Mondial Acadien de 2019. Elle a conduit jusqu’à Moncton pour signer des copies de la version française de son livre. Cassie est retournée à l’Île-du-Prince-Édouard et de là, elle et sa cousine Nicole se sont rendues jusqu’au Cap-Breton pour y visiter parents et amis. Cassie venait justement de rentrer à Montréal d’un merveilleux voyage de trois semaines dans les Maritimes avec la tête pleine de projets. Le lendemain, sortie pour faire des courses, elle n’est jamais revenue chez elle.

     « L’intérêt que Cassie portait à notre histoire acadienne transparaissait dans ses livres, et nous sommes heureux de les avoir dans notre collection, a dit Lisette Bourgeois, directrice générale des Trois-Pignons. Nous sommes attristés du fait que ses autres projets ne verront pas le jour. Nous offrons nos condoléances à sa famille. Ses visites annuelles aux Trois-Pignons vont nous manquer. Son livre, Jeanne Dugas of Acadia, était un projet d’amour qu’elle a entrepris avec passion. La vie de Jeanne Dugas illustre les expériences des Acadiens au XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, avant, durant et après le Grand-Dérangement. Jeanne Dugas a été reconnue comme personne historique nationale par les Sites et monuments historiques du Canada. Beaucoup de travail a été accompli pour obtenir cette reconnaissance. Cassie Deveaux-Cohoon nous offre un portrait plus complet du personnage de Jeanne Dugas. Le livre est maintenant disponible en français et en anglais. »

     « J’ai toujours été très fier de ma grande sœur, précise Marcel. Elle est allée loin pour une petite fille de Chéticamp. Elle s’est donné des buts dans la vie et a travaillé avec ferveur et beaucoup de passion pour les atteindre. »

     Cassie était l’épouse de feu Douglas Haig Cohoon. Elle laisse dans le deuil un fils, Tim Deveaux, sa sœur Jeannine (Pedro) Simon, et ses frères, Elbert et Marcel (Sylvia), ainsi que sa tante Jeannette AuCoin et de nombreux cousins et cousines, nièces et neveux. La dépouille a été incinérée. La famille a accueilli parents et amis au salon funéraire Collins Clarke MacGillivray White à Montréal le jeudi 19 septembre. L’enterrement aura lieu plus tard à Chéticamp.