En 2017, Adèle Comeau était étudiante de 7e année à l’École secondaire de Clare, à La Butte. Dans le cadre d’une Expo-sciences, elle s’est intéressée au puceron lanigère de la pruche. Son projet lui a valu un prix à l’Expo-sciences pancanadienne à Ottawa et à celle de Fredericton l’année suivante. La voici à côté de haricots sur le site de dépistage, chez elle.  
En 2017, Adèle Comeau était étudiante de 7e année à l’École secondaire de Clare, à La Butte. Dans le cadre d’une Expo-sciences, elle s’est intéressée au puceron lanigère de la pruche. Son projet lui a valu un prix à l’Expo-sciences pancanadienne à Ottawa et à celle de Fredericton l’année suivante. La voici à côté de haricots sur le site de dépistage, chez elle.  

Une situation inquiétante au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse

Ramona E. Blinn
BANGOR : Depuis 2017, l’Agence canadienne d’inspection des aliments surveille de près la présence du puceron lanigère de la pruche en Nouvelle-Écosse. Cet insecte ravageur menace de détruire les forêts de pruches de la région, une situation qui inquiète les propriétaires de terrains et les forestiers du Sud-Ouest. Des recherches et des tests environnementaux laissent désormais espérer un meilleur contrôle.
Encore aujourd’hui, Adèle Comeau s’intéresse au PLP.  La voici dans la serre de sa famille, J & R Comeau Greenhouses, à Saulnierville.  

Le 3 août 2017, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) confirmait la présence du puceron lanigère de la pruche (PLP) dans les comtés de Digby, Yarmouth et Shelburne.


C’était alors la première fois que le PLP était identifié en Atlantique. Originaires de l’Asie, ces pucerons qui s’attaquent aux pruches ont été découverts en Colombie-Britannique dans les années 1920, dans l’est des États-Unis dans les années 1950 et se multiplient depuis, notamment en Ontario.


Leur présence en Nouvelle-Écosse a provoqué une crise mettant à risque la vie des pruches, mieux connues sous le nom de «haricots» en Acadie. Plusieurs experts se sont penchés sur la question en espérant que de jeunes haricots parviennent à survivre et à continuer de nourrir les écosystèmes.


Une capacité à endurer


André Belliveau est propriétaire d’un terrain boisé d’environ 30 arpents dans le village de Bangor, en Nouvelle-Écosse. Les haricots sur son terrain sont victimes du PLP. 

Il a été étonné de remarquer « deux haricots secs, morts debout » il y a quelques années. Depuis, il en apprend davantage au sujet de ces insectes ravageurs et en identifie de plus en plus sur son terrain. 


Un des plus vieux haricots, désormais mourant, est âgé de 250 ans. « Dans environ quinze ans, il n’y aura plus de haricots sur notre terre», craint André Belliveau.


Les œufs du PLP et la décoloration des aiguilles sont des signes faciles à reconnaître selon lui : « À mesure que l’infestation devient pire, les épines changent de couleur. À la place d’être un vert vif, elles deviennent couleur d’olive, et après un bout de temps, le haut de l’arbre n’a presque plus d’épines. »


Pour tenter de combattre le PLP, André privilégie l’approche sylvicole individuelle, coupant un à un les arbres ravagés pour « donner la chance aux autres de pousser ».


Il explique que le bois de haricot est « bon pour faire des ponts et des quais parce que ça dure un peu plus longtemps face aux éléments de la nature ». Ces temps-ci, il utilise le bois dans la fabrication d’un édifice.



Voici la souche d’un haricot âgé de 185 ans qui a été touché par le puceron lanigère de la pruche. Elle mesure 31 pouces de diamètre. L’âge approximatif d’un arbre est calculé à partir de son nombre d’anneaux annuels de croissance.  
La présence d’œufs du puceron lanigère de la pruche à la base des aiguilles, sur les branches des haricots, est l’un des moyens de confirmer la présence de l’insecte. Une toile blanche entoure les œufs, donnant l’apparence de petites boules de coton ou de laine. Les boules sont plus visibles après la pluie.

Une forestière témoigne des changements


« Les arbres sont mourants», confirme Mary Guptill, qui a été forestière dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse pendant plusieurs années.


Les jeunes haricots comme les aînés sont tous atteints par le fléau des PLP. « Un arbre qui perd ses égrates [aiguilles] meurt lentement. Miette par miette, il perd ses branches. Et là, on voit les squelettes debout. Ça peut prendre du temps avant que ça tombe », constate Mary Guptill.


Le Centre d’espèces envahissantes souligne que « le PLP se fixe à la base des aiguilles d’une branche pour se nourrir d’éléments nutritifs et de sève. » L’arbre s’assèche alors et «doit travailler fort pour répondre à ses besoins et à ceux de l’insecte», ajoute Mary Guptill.


Est-il encore possible de porter secours aux forêts de haricots? Ressources naturelles Canada s’est penché sur la question en 2018. Il ressort de son Plan de gestion du puceron lanigère de la pruche pour le Canada que les luttes chimique, biologique et sylvicole pourraient permettre de ralentir la propagation du PLP et de préserver les graines de pruche en vue des « futurs efforts de restauration et de réhabilitation ». 


Un pilier des forêts de Mi’kma’ki


À titre de forestière, Mary Guptill a toujours voulu tenir compte du respect «de la terre de façon écologique, tournée vers l’avenir». Elle proposait des plans d’aménagement aux propriétaires et facilitait la coupe et la vente de bois.


Elle souligne que le haricot est l’un des piliers natifs de la forêt acadienne : « Surtout en Clare, les haricots sont le résultat d’une histoire de coupage partiel. Un arbre ici, un arbre là. Ils ont tous des âges différents », explique Mary Guptill.


Dans son mémoire de maîtrise en études environnementales, Puktewei : Learning from Fire in Mi’kma’ki (Mi’kmaq Territory), Shalan Joudry fait référence aux forêts anciennes de Kespukwitk, territoire aussi connu comme la région du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, dans lesquelles poussent depuis longtemps des haricots.


La contribution écologique du haricot a été plus élevée que sa valeur économique, souligne Mary Guptill. Dans son communiqué publié le 3 août 2017, l’ACIA déclarait que la pruche est «une espèce d’arbre fondamentale dans l’environnement, et sa perte pourrait mettre en péril la santé de la végétation, des oiseaux et des mammifères».


Un projet scolaire révélateur

La forestière mentionne qu’elle a appris l’existence du puceron langière de la pruche dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse « l’année que [Adèle Comeau] a fait son projet scolaire. C’était extrêmement observant d’elle ».


En 2017, Adèle Comeau était étudiante de 7e année à l’École secondaire de Clare, à La Butte. Dans le cadre d’une Expo-sciences, elle s’est intéressée au puceron lanigère de la pruche. Son projet lui a valu un prix à l’Expo-sciences pancanadienne à Ottawa et à celle de Fredericton l’année suivante.


Nathalie Comeau, la mère d’Adèle, a elle-même constaté la présence des PLP sur les haricots de leur terrain : « Quand on a réalisé qu’ils allaient sans doute tous mourir d’ici quatre à vingt ans, ça nous a vraiment chagrinés. Il y a quelques nuits qu’on a eu de la difficulté à dormir parce que j’imaginais le terrain sans haricots. »


Adèle collabore maintenant de près avec des organisations qui mènent des enquêtes environnementales, tels le Mersey Tobeatic Research Institute (MTRI), le Service canadien des forêts (SCF) et l’ACIA. 


Le terrain de la famille Comeau « a été désigné comme site de dépistage, » souligne Nathalie.