Simon Boutin.  
Simon Boutin.  

Un nouveau diplômé dans le secteur de l’aquaculture

Thibault Jacquot-Paratte
Avec la fin du semestre universitaire, un grand nombre de jeunes diplômés se retrouvent dans le monde professionnel. Si certains diplômes sont issus de programmes plus communs, d’autres sont plus rares ou plus spécifiques. C’est le cas du Advanced Diploma Program in Sustainable Aquaculture (Programme de diplôme avancé en aquaculture durable) de l’Université Memorial, que complète en ce moment Simon Boutin, originaire de Dartmouth.

Après avoir terminé ses études secondaires à l’école du Carrefour à Halifax, Simon Boutin a obtenu un baccalauréat en biologie marine à l’Université Memorial, puis il a travaillé pendant plusieurs années en tant qu’observateur de pêche avec l’entreprise Javitech Ltd. Il vient de terminer la composante académique du programme en aquaculture susmentionné; il ne lui reste plus qu’à effectuer un stage professionnel dans ce domaine pour obtenir son diplôme. 


L’aquaculture est un sujet largement débattu quoique relativement peu connu. Si sa pratique existe depuis des milliers d’années, c’est principalement à partir des années 1970 que nous voyons sa mise en pratique moderne. Afin d’en savoir davantage sur ce domaine, nous avons posé des questions à Simon Boutin.


Qu’est-ce qui t’a amené à suivre ce programme?


S.B. : J’étais rendu à un certain point dans ma vie où mon travail m’intéressait plus autant et je n’arrivais pas à utiliser les connaissances acquises pendant mon bac. J’avais des amis qui avaient suivi ce programme et qui me disaient que c’était un domaine en pleine expansion au Canada et ailleurs avec de bonnes possibilités d’emploi à des salaires intéressants. J’ai fait ma recherche et ce qui m’a décidé, c’est que j’ai vu que c’était un programme fortement axé sur la préservation de l’environnement et la minimisation de l’impact anthropogène. L’aquaculture consiste vraiment à prendre les ressources déjà présentes dans un environnement et à les rendre le plus productives possible tout en réduisant l’impact sur l’écosystème.


À certains endroits, l’aquaculture s’est acquis une mauvaise réputation. D’après toi, pourquoi est‑ce le cas? 


S.B. : Dans certaines parties du monde, l’aquaculture a été implantée de façon irresponsable.
Je pense aux années 1980 quand la Norvège s’est mise à produire du saumon de façon industrielle, et ils ont utilisé de mauvaises méthodes, par exemple la surutilisation d’antibiotiques sur une petite population de poissons d’élevage et aussi le rejet de désinfectants et de produits chimiques directement dans les fjords (pour nettoyer les enclos, par exemple).


Cela a mené à l’immunité de certains pathogènes, réduisant l’efficacité des antibiotiques ou les rendant carrément inefficaces. Résultat : plus de pertes et plus de gaspillage. Les problèmes qu’entraîne le rejet de pesticides et de produits chimiques dans les cours d’eau sont pas mal évidents : la destruction des écosystèmes.


Les poissons qui sont élevés dans des cages ont besoin de beaucoup de protéines et de gras pour leur croissance. Puisque ces poissons sont carnivores, ils ont besoin de manger d’autres poissons. Dans l’élevage de saumons, il faut attraper d’autres poissons pour les nourrir. Dans le passé, on utilisait le surplus de la pêche (ce que nous autres on n’utilisait pas) et ce qu’on appelle des poissons pélagiques (comme des sardines ou des gaspareaux) riches en gras nécessaires à l’alimentation. Ceci menait à d’autre surpêche et détruisait la chaîne alimentaire dans les océans. D’après moi, ce sont les trois grandes raisons pour lesquelles l’aquaculture a mauvaise presse dans l’opinion publique.


Comment cette mauvaise réputation peut-elle changer? Quelles sont certaines actions entreprises pour changer les « mauvaises techniques »?



S.B. : Il faut dire que l’aquaculture est devenue l’industrie de production de viande la plus contrôlée. Aucune autre industrie – que ce soit le porc, la volaille, le bœuf – ne comporte autant de réglementation.


Des règles strictes entourent l’utilisation d’antibiotiques, et celle-ci n’est encouragée uniquement comme dernier recours. Il y a beaucoup d’autres choses que l’on peut faire pour minimiser et prévenir les infections. Quant à l’utilisation de pesticides, ceux-ci ne devraient être utilisés qu’en dernier recours et de manière éthique et responsable. Au Canada et partout ailleurs où l’aquaculture est pratiquée, des règlementations sont mises en place pour minimiser la propagation de pesticides dans l’environnement.


Par rapport à la consommation élevée de poissons par les poissons d’élevage, la façon de minimiser l’impact serait d’éviter les poissons de source marine et de trouver une autre source qui offre les mêmes nutriments essentiels pour les poissons. Par exemple, il y a beaucoup d’expérimentation maintenant vis‑à-vis de l’utilisation d’insectes ou d’algues comme sources de nutriments. C’est là où l’aquaculture s’en va parce que c’est beaucoup plus soutenable même s’il y a encore beaucoup de recherche à faire à ce sujet.



Un panneau anti-aquaculture vers Centerville à Digby Neck.

Pour toi, quels sont certains avantages de l’aquaculture?


S.B. : Premièrement comme avec toute industrie, l’aquaculture est une bonne source de revenu économique. Elle offre des possibilités d’emploi dans des communautés rurales qui ont été victimes du déclin de l’industrie de la pêche, comme à Terre‑Neuve où il y a eu un moratoire dans les années 1980-1990. 


Au fur et à mesure que la population mondiale augmente, nous aurons besoin de l’aquaculture pour suppléer à notre production alimentaire. À peu près trois quarts des pêches mondiales sont déjà exploitées à leur limite. Cela étant dit, produire des poissons grâce à l’aquaculture va permettre de compléter ce que nous ne pourrons pas obtenir de la pêche, ou encore nous permettre d’éviter la surpêche à l’avenir.


Je dirais aussi que l’aquaculture produit de la viande à un taux hautement réduit en gaz à effet de serre. L’aquaculture en produit moins comparativement à n’importe quelle autre production de viande; même moins que certaines agricultures. L’aquaculture utilise peu de terre, voire aucun sol arable. C’est ce point qui m’a le plus convaincu des bienfaits de l’aquaculture. Si nous sommes capables de minimiser notre production de gaz à effet de serre, cela va de soi que c’est une bonne solution. Le monde est en train de mourir, avec les feux de forêt et tout ça, il faut que nous cherchions d’autres façons de produire de la nourriture, selon moi.


Selon toi, comment se présente l’avenir de la Nouvelle-Écosse en ce qui concerne l’aquaculture?


S.B. : En janvier dernier, un plan d’investissement de 56.8 millions de dollars a été approuvé pour la construction d’un complexe aquicole près de Centerville dans le coin de Digby, donc déjà là, ça semble assez prometteur. Ensuite, je crois – c’est mon opinion personnelle, basée sur mes propres expériences comme observateur de pêche – avec les pratiques comme elles sont maintenant, comment la pêche est pratiquée maintenant par les pêcheurs, je crois qu’il y aura une grande diminution de poissons à l’état sauvage. Cela voudrait dire un effondrement de l’industrie de la pêche, comme nous l’avons vu à Terre-Neuve. Je crois que l’aquaculture aidera énormément à réparer les dommages causés par une industrie de la pêche irresponsable. Ça me semble la bonne chose à faire d’investir dans l’aquaculture maintenant, puisque c’est une industrie durable, de plus en plus propre et écoresponsable, qui pourra offrir des emplois stables. Je crains pour l’avenir de la Nouvelle-Écosse si nous avons un effondrement comme à Terre-Neuve – et je crois sincèrement que ça s’en vient, si on continue de pratiquer la pêche comme nous le faisons.