Ne pas avoir d’enfants, un outil de lutte aux changements climatiques

Marie-Paule Berthiaume
La récente « alerte rouge pour l’humanité » lancée par les experts du climat des Nations Unies et un été marqué par une série de catastrophes climatiques sans précédent incitent un nombre croissant d’individus à faire la grève des naissances. Cette décision découle chez la plupart d’une anxiété liée aux conditions climatiques, mais pour d’autres, il s’agit surtout de ralentir la croissance démographique pour réduire la consommation des ressources terrestres. Le sujet demeure toutefois sensible et peu abordé.
Olivia Mullen ne juge pas les gens qui décident d’avoir des enfants malgré la crise climatique.

La Néo-Écossaise dans la vingtaine Olivia Mullen et ses amies discutent régulièrement de l’idée d’avoir ou non des enfants. Celle qui ressent de l’écoanxiété à propos de la crise climatique se dit frustrée par les politiciens et les dirigeants mondiaux « qui ne prennent pas la question climatique au sérieux ».


« La seule façon de me calmer est de réduire ma propre empreinte [écologique] et de participer aux rassemblements sur le changement climatique. J’évite le bœuf ou les produits laitiers, j’ai réduit ma consommation de viande, mon mode de transport principal est la marche et j’adopte un mode de vie minimaliste », énumère Olivia.


Celle qui croit que les humains ont la responsabilité de réduire leur empreinte considère que « l’ajout de personnes sur cette planète peut être considéré comme l’une des plus grandes empreintes que nous pouvons avoir. Une personne produit chaque jour une quantité absurde de déchets ».

Daniel Rainham s’étonne qu’il n’y ait pas plus de gens qui se préoccupent des générations futures.  

« Nous sommes désynchronisés »


Codirecteur et chercheur principal au Healthy Populations Institute (HPI) de l’Université Dalhousie, qui se concentre sur l’interaction entre l’individu et son environnement, Daniel Rainham identifie l’anxiété comme motivation principale à la grève des naissances.


« Nous avons mis en place une société qui n’est pas en harmonie avec les systèmes naturels. Nous sommes désynchronisés et je pense que beaucoup d’entre nous aimeraient savoir à quoi ressemblerait une synchronisation à la nature, mais cela entraînerait un changement radical dans notre mode de vie actuel, auquel plusieurs seraient réticents », explique-t-il. 


Celui qui souhaite élargir la discussion sur le concept de population reconnaît la nécessité d’effectuer une transition technologique pour contrer les changements climatiques, au moyen d’énergies vertes par exemple, tout en mettant d’abord l’accent sur une transformation sociale et culturelle drastique. 


Surpopulation humaine : un sujet qui gêne


Professeur à l’École d’études sur les ressources et l’environnement de l’Université Dalhousie, Peter Tyedmers a toujours été fasciné par la vie terrestre non humaine. Les défis liés à l’augmentation continue de la population mondiale — tout comme l’appauvrissement de la biodiversité qui sévit depuis plus d’un siècle — ont placé l’impact de l’humain sur la planète au centre de ses préoccupations.


Tout comme son collègue Daniel Rainham, il dénonce l’absence de discussion autour de la croissance démographique de l’humain, non seulement au sein de la population, mais également dans la sphère universitaire. 


Peter Tyedmers a d’abord considéré l’adoption, pour finalement décider d’avoir un enfant biologique – mais un seul. Tout comme Olivia, il considère la régulation des naissances auto-imposée comme une étape essentielle pour sauver l’habitabilité de la planète. 


« Au cœur de tous les problèmes environnementaux auxquels nous sommes confrontés se trouve l’impact occasionné par les besoins et les nombreux désirs de l’humain, un grand mammifère qui nécessite une quantité de ressources biologiques considérable pour se maintenir en vie », explique-t-il. 


Peter Tyedmers rappelle toutefois que des variables liées à la consommation, comme la quantité et la qualité, sont d’autres enjeux à considérer. 


Il reconnaît lui-même que ses positions sont un peu paradoxales alors qu’il qui vient de se faire construire un chalet : « L’ambiguïté et l’hypocrisie, je vis avec ça. Je continue aussi à travailler pour atteindre un objectif plus large à travers la carrière que j’ai choisie, soit enseigner et parler des défis causés par l’accroissement de la population. » 


« Je n’offre pas de cours sur la population, mais je l’évoque toujours comme moteur de consommation », ajoute celui qui poursuit l’invitation de son illustre professeur et directeur de thèse, William E. Rees, à passer à l’action par la recherche et la communication pour élargir la connaissance de cet enjeu. 


Pour Peter Tyedmers, c’est par l’éducation que les gens pourront devenir plus critiques, avoir une vision conforme à la réalité actuelle et passer à leur tour à l’action.

Peter Tyedmers salue la motivation des gens à réfléchir sérieusement aux changements climatiques à travers le prisme de leur reproduction.

L’ère géologique actuelle, l’anthropocène ou l’âge des humains, révèle l’impact majeur de l’humain sur les écosystèmes terrestres. Un article publié en 2017 dans le journal Environmental Research Letters par Seth Wynes et Kimberly A. Nicholas indique que l’éducation et les recommandations des gouvernements passent à côté des actions individuelles les plus efficaces pour réduire les émissions de gaz à effet de serre associées aux changements climatiques. Les deux chercheurs concluent que le choix de vie ayant le plus d’impact à long terme est d’avoir moins d’enfants.