Le glacier Athabasca est l’un des six principaux glaciers du champ de glace Columbia dans les Rocheuses canadiennes. Il s’est retiré de près de 1,5 kilomètre et a perdu plus de la moitié de son volume au cours du dernier siècle.
Le glacier Athabasca est l’un des six principaux glaciers du champ de glace Columbia dans les Rocheuses canadiennes. Il s’est retiré de près de 1,5 kilomètre et a perdu plus de la moitié de son volume au cours du dernier siècle.

Les glaciers n’en finiront pas de pleurer

Julie Gillet
OTTAWA : Cet été, j’ai eu la chance de survoler une partie du parc national Kluane, au Yukon, en avion léger. Ce parc, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, abrite le plus grand champ de glace non polaire au monde. On y trouve également le mont Logan, le plus haut sommet du Canada, qui culmine à quelque 5 956 mètres d’altitude. Une expérience magique, bien entendu : tout n’y est qu’immensité, blancheur et silence, si ce n’est le vrombissement des moteurs et les exclamations de joie des camarades d’aventure.

Cet été (oui, j’ai eu un bel été!), j’ai également eu la chance de découvrir le glacier Athabasca, l’un des six principaux glaciers du champ de glace Columbia dans les Rocheuses canadiennes. 


Sa proximité avec la promenade des Glaciers, qui relie Jasper à Banff, et sa facilité d’accès en font l’un des glaciers les plus visités d’Amérique du Nord ; jusqu’à tout récemment, d’énormes autocars tout-terrain le parcouraient de long en large toute la journée, transportant leurs flopées de touristes avides de photographies parfaites et d’expériences « uniques ». 


La disparition des géants

Le point commun entre ces deux épisodes, outre leur beauté évidente? La possibilité d’observer de visu les dégâts irréversibles provoqués par le réchauffement climatique. 


D’assister, impuissants, mais coupables, à la disparition inéluctable de ces géants de glace et aux profonds bouleversements collatéraux qui en résultent. D’être les derniers témoins de leur existence, immortalisée dans nos histoires depuis les pontons d’observation. 


Depuis les années 50, les glaciers du Yukon situés dans la chaine Saint-Élie ont perdu environ un quart de leur surface, laissant place à des zones arides et des cratères de poussière qui affectent considérablement la faune et la flore locales. 


Le glacier Athabasca, quant à lui, s’est retiré de près de 1,5 kilomètre et a perdu plus de la moitié de son volume au cours du dernier siècle. 


Pendant que je me promenais ci et là dans l’Ouest, le dernier plateau de glace intact de l’Arctique canadien, dans le nord du Nunavut, s’effondrait. Le record de la température la plus chaude jamais enregistrée au nord du cercle arctique était battu en Sibérie, avec 38°C. 


Certes, le recul des glaciers 

est un phénomène naturel. 

Mais pas à cette vitesse!


En mars dernier, une équipe de chercheurs et chercheuses internationale a révélé que le Groenland et l’Antarctique avaient perdu 6400 milliards de tonnes de glace entre 1992 et 2017, multipliant par six le rythme de la fonte depuis 1990. 


Les scientifiques nous mettent en garde : si les émissions de gaz à effet de serre continuent au même rythme, l’élévation du niveau des mers, déclenchée par la fonte des glaces à travers le monde, pourrait atteindre un mètre, voire plus, d’ici la fin du siècle. 


Cela pourrait entrainer l’exil de centaines de millions de personnes.


Ce n’est jamais le bon moment


Alors oui, nous sommes en pleine pandémie mondiale. Oui, c’est difficile pour tout monde. Oui, l’économie canadienne a connu son pire recul depuis plus de 60 ans. Oui, l’avenir peut paraitre morose. Oui, nos gouvernements ont bien d’autres urgences à traiter. 


Mais porter un masque ne doit pas nous faire oublier que nous courrons à la catastrophe écologique si rien n’est fait pour inverser la tendance. 


Selon un rapport d’Environnement Canada publié en 2019, le Canada se réchauffe en moyenne à un rythme deux fois plus élevé que le reste de la planète. Ce qui n’est finalement qu’un juste retour des choses : le Canada est également l’un des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre par personne au monde. Il est temps que ça change!


Cette crise sanitaire nous a appris que nous pouvons nous mobiliser, que nous pouvons répondre de manière collective à un problème, que des gestes simples peuvent être mis en place pour lutter contre un risque global et que nos gouvernements peuvent prendre des mesures fortes. Alors, pourquoi pas pour l’environnement?


Les sources d’émission de gaz à effet de serre, principaux responsables des dérèglements climatiques, sont connues : utilisation massive de combustibles fossiles (comme le charbon, le gaz ou le pétrole), déforestation, élevage et l’agriculture intensifs. 


Des mesures politiques doivent être mises en place dans ces différents secteurs dès maintenant. Merci au gouvernement Trudeau pour ses belles intentions, mais cela ne suffit plus. 


La transition écologique doit être au cœur de la relance économique du Canada. Pour que nos glaciers sèchent leurs larmes, et pour que nos arrière-petits-enfants puissent un jour en admirer la beauté et la puissance magique comme j’ai eu la chance de le faire.