Lettre ouverte de la Société internationale Veritas Acadie   au Conseil des gouverneurs de l’Université de Moncton

Le 15 août national 2020 Mesdames, Messieurs, D’une part, on apprend que l’Université de Princeton va retirer le nom de Woodrow Wilson de son école des affaires internationales en raison des « politiques et opinions racistes » dudit ancien président américain, a annoncé le prestigieux établissement universitaire américain de la côte est. Lesdites « politiques et opinions racistes » font du nom de Woodrow Wilson, quelque chose d’inapproprié pour une école où les étudiants, le personnel et les anciens élèves doivent être pleinement investit dans la lutte contre le fléau du racisme.

D’autre part, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, ouvrait récemment une allocution quotidienne sur la COVID-19 en soulignant la date de l’anniversaire du génocide perpétré par l’Allemagne nazie contre les Allemands qui étaient de religion juive. Pourquoi le premier ministre n’a-t-il pas souligné pareillement, le 28 juillet dernier, la date anniversaire en 1755 du début des mesures prises pour le génocide perpétré par la Grande-Bretagne contre les Acadiens qui étaient de religion catholique? 

Quant aux Acadiens, le lieutenant-gouverneur Robert Monckton était un des principaux responsables de la perpétration de leur purification ethnique. En juin 1755, Monckton s’était emparé des forts français de Beauséjour et Gaspareau, en contravention des traités de paix signés avec la France. Dès le 8 août 1755, il accélère la solution finale de la question acadienne en détruisant les villages des côtes nord et nord-ouest de l’isthme de Chignectou et en faisant tous les efforts possibles pour réduire à la famine ceux qui tenteraient de se cacher dans les bois. Au cours des opérations de nettoyage ethnique des Acadiens, il confisqua leurs terres et leurs biens, abondamment brûlant leurs demeures, leurs granges et leurs dépendances et s’emparant de leur bétail. 

On rapporte que le colonel Robert Monckton est directement responsable d’au moins la moitié des déportations acadiennes sans parler des exactions et de la terreur. Tout comme les officiers nazis,

Monckton va exécuter les ordres de Lawrence sans état d’âme, avec une efficacité et un souci du travail bien fait. Lawrence, lui, a dû avoir et a eu l’acquiescement des amiraux britanniques Boscawen et Mostyn qui, eux, ne répondaient directement qu’au roi George II. Et ces amiraux étaient présents à Halifax lors des délibérations du Conseil, le fatidique 28 juillet 1755, présidé par Charles Lawrence, le lieutenant gouverneur de la Nouvelle-Écosse. La présence des amiraux audit Conseil est une des preuves qui confirment qu’il y avait bel et bien, en amont, intention des Britanniques d’exterminer le peuple acadien. 

Dans le registre des crimes, ce qui est arrivé à la nationalité acadienne n’est-il pas plus grave dans les faits que ce qui a transpiré à l’Université de Princeton? Avant de pointer le doigt à l’Allemagne, qu’est-ce qui empêche Justin Trudeau d’accuser la Grande-Bretagne pour quelque chose de fort inapproprié, génocidairement parlant, à l’endroit du peuple acadien?  Si ce n’est que pour épargner la Reine...


Un paradoxe historique des plus parlants


Le paradoxe historique le plus probant qui soit au niveau du génocide acadien provient de feu l’auteur acadien, Claude Le Bouthillier, à la p. 209 de son livre Complices du silence? (2004) où il nous apprend que le conquérant britannique s’est accaparé du nom de la victime acadienne de l’époque (Acadia University à Wolfville, Nouvelle-Écosse) et que les Acadiens, à leur tour, ont donné à leur université le nom du bourreau (Université de Moncton). Pourtant, selon Le Bouthillier, rien ne s’opposait – sinon les Acadiens eux-mêmes - à ce que leur université prenne un nom plus de mise. Le nom général « Université Nationale de l’Acadie » a été suggéré et, bien entendu, comprendrait des campus régionaux dans les provinces Maritimes. S’il y en a un des plus parlants, ce nom-ci constituerait en soi le geste de réparation morale historique par excellence pour le rétablissement de la mémoire des victimes.

Mesdames, Messieurs, l’Université de Moncton, notre université acadienne, persiste à glorifier à jamais la mémoire d’un odieux criminel de guerre. Cette lettre ouverte à tous se veut un cri de cœur pour placer dans le futur une situation idéale qui enrobera le rêve dans le réel. Dans le réel... parce que justice aura triomphé sur quelque chose de fort inapproprié à l’endroit des Acadiens : les faits et gestes du génocidaire Robert Monckton. 


David Le Gallant,
président