Chaque année pendant de nombreuses années, Paulite Roach et trois de ses enfants partaient en forêt afin de choisir le bon sapin.
Chaque année pendant de nombreuses années, Paulite Roach et trois de ses enfants partaient en forêt afin de choisir le bon sapin.

Souvenirs précieux des Noëls d’antan chez Paulite et Sadie Roach

Rosie AuCoin-Grace
BELLE-MARCHE : En ce moment magique de l’année, le cœur est rempli d’espoir, de sérénité et de nostalgie. On passe du temps avec la famille et les amis qui affluent de près comme de loin. Rien de tel que de voir les visages des enfants qui attendent le Père Noël et d’écouter les chants à la messe de minuit.

     Nos anciens ont de belles histoires à raconter au sujet des Noëls d’autrefois. Il y a de cela une vingtaine d’années, j’ai eu le plaisir de m’entretenir avec Paulite et Sadie Roach qui habitaient à Belle-Marche. Même s’ils ont maintenant quitté ce monde, leurs histoires demeurent, ainsi que les leçons et les souvenirs qu’ils nous ont laissés tel un legs précieux.

     En les écoutant raconter, on comprenait les souvenirs très spéciaux chers à leur cœur, ceux des Noëls vécus dans leur jeunesse et plus tard comme parents.

     Paulite se rappelait comment le jour de Noël était toujours excitant. « Ce n’était pas comme aujourd’hui, où la fête de Noël est annoncée partout des mois d’avance. Nous n’avions pas de télévision et nous pensions à Noël seulement quand la neige commençait à tomber. Nous devenions très excités et même à cette époque, nous nous inquiétions qu’il n’y aurait pas assez de neige pour que vienne le Père Noël. »

     Il a parlé de la foi de ses parents et comment ceux-ci encourageaient leurs enfants à prier. « Nous devions dire le chapelet de Noël plusieurs fois par jour à compter du début de décembre. En ces jours-là, la tradition voulait que le chapelet soit dit cent fois avant Noël, sinon le Père Noël ne viendrait pas. Le dernier chapelet devait être dit à la messe de minuit la veille de Noël avec le reste des paroissiens. Dans notre famille, il y avait un bout de papier collé au mur au-dessus des bas de Noël. Comme il n’y avait pas de clou à l’époque, nous utilisions de la pâte comme colle pour retenir le papier. Chaque fois que nous disions le chapelet, une marque était faite sur le papier et après la centième fois, le Père Noël viendrait vérifier si le chapelet avait bien été dit cent fois avant de déposer ses étrennes. Il n’y avait aucune excuse pour que le Père Noël ne vienne pas si les enfants avaient prié », fait remarquer Paulite.

     Comme Paulite était l’aîné, c’est lui qui disait le chapelet avec les autres enfants et il le notait sur le papier. Les enfants n’avaient pas des attentes élevées, alors tout ce qui se trouvait dans leur bas de Noël était une vraie surprise fort appréciée. Ils recevaient quelquefois des bâtons de sucre et une bonne pomme. « C’était quelque chose qui nous remplissait de frissons de voir l’excitation le matin de Noël », poursuit-il.

     Paulite explique comment la messe de minuit était spéciale. « Ce n’était pas comme aujourd’hui. Nous aimions aller à la messe de minuit, même si c’était très long. Le père LeBlanc était connu pour ses longs sermons. Les enfants seraient fatigués et auraient faim avant la fin, mais on ne manquait pas la messe de minuit et tous les enfants avaient hâte d’y aller. Au retour à la maison, comme les enfants ne voulaient pas gâcher les surprises, ils s’éclairaient à la paraffine pour traverser la cuisine en se cachant les yeux pour ne pas apercevoir les bas derrière le poêle. Vous voyez, ça portait malheur de voir les bas et le Père Noël ne viendrait pas. Nous allions au lit pour essayer de dormir le plus vite possible afin que le matin de Noël vienne plus vite. Le lendemain matin, nous n’avions pas besoin de quelqu’un pour nous réveiller. Nous attendions au haut des escaliers et appelions nos parents pour voir s’ils étaient réveillés. Une fois qu’ils avaient donné leur accord, nous nous précipitions en bas directement vers les bas de Noël. Imaginez le plaisir qui nous avions avec si peu. »

     Paulite évoque ses meilleurs souvenirs de Noël. « Un des oncles de mon père habitait avec nous pendant quelque temps et a vécu plus tard aux États-Unis pour faire un peu d’argent. Nous l’avions bien connu avant son départ vers les États. Durant les fêtes, ce grand- oncle avait décidé d’envoyer des cadeaux aux trois aînés, Joseph, Léo et moi. Nous avions chacun reçu un étui à crayons. L’étui avait un compartiment qui contenait une craie pour la grande ardoise noire qu’on avait à l’époque. Il y avait aussi un crayon de plomb, une petite règle et une gomme à effacer. Eh bien, c’était gros pour nous. Je dois dire que de tous les cadeaux de Noël reçus pendant ma jeunesse, c’était mon préféré. Mon frère Joseph avait aussi beaucoup apprécié ce cadeau puisque des années plus tard, avant de rendre l’âme, il m’avait montré cet étui à crayons qu’il avait conservé pendant toutes ces années. Sur l’étui était gravé un dessin du Père Noël et de ses rennes. Ce n’était pas grand- chose, mais pour nous, c’était un cadeau que nous avons chéri dans nos souvenirs et dans nos cœurs. »

     Sadie s’est aussi souvenue de ses Noëls d’antan. « Les préparatifs de cette grande fête commençaient en faisant pénitence, en fréquentant plus assidument la messe et, bien sûr, en récitant le chapelet de Noël. On commençait le 1er décembre à dire le rosaire pour le petit Jésus pour que le Père Noël ne nous oublie pas. À chaque perle du rosaire, on devait dire : Doux Jésus, enfant de lumière, venez prendre naissance dans nos cœurs. Nos parents nous encourageaient à dire ce chapelet plusieurs fois, autrement le Père Noël ne nous apporterait pas de cadeaux. »

     « Pour ce qui est des préparatifs de nourriture, nous commencions d’habitude quinze jours avant Noël parce qu’il n’y avait pas de réfrigérateur à l’époque. Ma mère préparait le pâté à la viande et autres tartes. C’était tout un délice, car ce type de nourriture était réservé à Noël. Maman nous tricotait des mitaines et des bas de laine comme cadeaux. Nous ne recevions pas les amusettes d’aujourd’hui, mais nous étions tout aussi fiers de nos cadeaux. Nous recevions quelque petite chose dans nos bas. Souvent, s’il n’y avait pas assez de gâteries pour remplir les bas, alors on les rembourrait de papier journal dans le fond pour que le tamarin et une pomme soient au haut du bas! Nous étions tellement reconnaissants, même s’il n’y avait qu’une pomme et un bonbon. »

     Sadie se souvient qu’avec ses frères et sœurs, ils étaient intrigués de n’avoir pas reçu de jouets comme les autres enfants du voisinage. « Nos parents nous avaient expliqué que contrairement à nous, les voisins avaient les moyens de donner de l’argent au Père Noël pour apporter des jouets. Nous étions satisfaits de cette explication et contents avec ce que nous avions, peu importe ce que les autres avaient reçu. »

     Sadie conserve de bons souvenirs des scènes de chevaux et de traîneaux en route vers la messe de minuit. « On pouvait entendre sonner les gourlos (grelots), les voix gaies des gens et voir luire dans le noir les nombreuses lanternes. C’était tellement beau que tout le monde voulait être de la partie. Les hymnes de Noël résonnaient dans l’église, nos cœurs étaient remplis de joie et d’excitation. »

     Paulite et Sadie ont continué d’apprécier le sens de Noël quand, comme couple marié, ils ont célébré cette fête avec leur famille. Paulite se souvient : « J’emmenais les enfants dans les bois afin de choisir le meilleur arbre. La veille de Noël, une fois les enfants au lit, nous montions l’arbre et placions les cadeaux. On faisait tout cela durant la nuit pour que le matin de Noël, il y ait une grosse surprise pour les enfants. Ils se levaient tôt et attendaient jusqu’au bon moment pour descendre. Une tradition spéciale et amusante s’est installée dans notre maison : les enfants devaient se couvrir les yeux et je me plaçais devant eux. Ce n’est qu’après avoir compté 1, 2, 3 Allez-y!, qu’ils pouvaient ouvrir les yeux et se précipiter vers l’arbre et leurs cadeaux. »

    En plongeant dans leurs souvenirs, Paulite et Sadie ont expliqué que même s’ils n’avaient pas de décorations compliquées ni beaucoup de cadeaux comme les enfants en ont aujourd’hui, ils étaient aussi contents en ces temps-là, et même davantage puisqu’ils avaient moins d’attentes. Les choses simples leur procuraient d’immenses plaisirs. Ils disaient souvent : contentez-vous de peu et vous serez heureux. Ça dit tout!