Monter le phare de Cap Forchu

Lisa Doucette
Lisa Doucette
CAP FORCHU, YARMOUTH : Je suis toujours prête à essayer quelque chose de différent. C’est comme ça que je suis configurée, je suppose. Il y a certaines choses que je veux faire pendant que j’en suis encore capable, comme aller faire la pêche au homard pendant une journée, faire du traîneau à chiens, participer au souper de chasse à Quinan, apprendre à plonger dans l’océan (c’est un peu exagéré, car je ne suis pas la meilleure nageuse). Vous savez, juste des petites choses.

Une activité sur ma liste de choses à faire avant de mourir était de visiter Birchdale; c’est maintenant chose faite. Une autre chose était de monter dans le phare du Cap Forchu. Or, les possibilités que cela se produise étaient minces, jusqu’à cette année! Je ne sais pas si c’est la COVID-19 qui a convaincu les autorités de laisser le public acheter des billets et monter dans le phare, ou si c’était juste le bon moment pour le faire. Inutile de dire que lorsque les billets ont été mis en vente, nous avons été les premiers à faire la queue pour les acheter!


En fait, nous sommes montés le premier jour des visites autorisées. Mais avant de continuer, laissez-moi vous parler un peu du phare et de son histoire.


Le premier phare a été construit en 1839; il était de forme traditionnel. Mais le temps et la nature ont eu raison du bâtiment. Les mers n’étaient pas très clémentes et les cieux non plus puisqu’il a été frappé par la foudre à plusieurs reprises.


Les garde-côtes ont décidé qu’il devait être remplacé. Les autorités locales étaient d’accord avec cette décision, à condition que le nouveau bâtiment ait la même forme que l’ancien. C’était une importante attraction touristique. Eh bien, je suppose que quelqu’un a oublié d’envoyer le mémo au constructeur parce qu’on s’est rendu compte qu’il était en train de construire une grande et mince tour de ciment! La communauté était scandalisée! Le phare parfait et la vue que tout le monde avait appris à connaître et à aimer avaient disparu.

Mais il est resté ainsi, les gens s’y sont habitués et les touristes ont continué à venir. Le nouveau phare de Yarmouth, ou Yarmouth Light comme l’appellent la plupart des habitants, a vu le jour en 1962.


Le phare a la forme d’un cœur de pomme; on le nomme ainsi parce qu’il y ressemble vraiment. En 1962, c’était le premier phare de ce type au Canada. Ce design est plus aérodynamique, puisque le vent le contourne au lieu de le frapper en direct. 


Le phare mesure 75 pieds de hauteur et cinq pieds de diamètre. Il est 10 pieds de plus haut que l’ancien phare et possède une puissante lentille dioptrique qui permet de voir à 35 km. 


Dans les années 1980, les phares se sont automatisés et le Cap Forchu était la station de surveillance de 20 phares automatisés le long de la Côte Sud. Puis, en 1993, le phare est devenu lui aussi automatisé, les portes ont été verrouillées et la maison du gardien de phare a été abandonnée. Le Cap Forchu comptait le dernier gardien de phare de toute la Nouvelle-Écosse. 


Les habitants de Yarmouth avaient peur de perdre leur phare et, en 2001, le gouvernement fédéral l’a cédé à la municipalité de Yarmouth. 


Je reviens maintenant à mon aventure de monter le phare! Il m’arrive de ne pas bien réfléchir lorsque je décide de faire quelque chose; cette fois-ci n’a pas fait exception. Nous sommes arrivés dix minutes en avance pour présenter nos déclarations d’exonération. Or, chaque fois que vous devez signer une déclaration d’exonération, cela vous fait un peu réfléchir. 


À cause de la COVID-19 et de la limite de personnes pouvant se trouver au sommet, on ne permet que cinq personnes à la fois, en plus des deux guides touristiques. Pendant que nous attendions, j’ai commencé à réaliser que le bâtiment n’est pas très large et que je suis claustrophobe. Puis la visite a commencé, les guides étaient très accueillants et bien informés, expliquant l’histoire et autres choses. Il était maintenant temps d’entrer... Je m’étais fait à l’idée de ma claustrophobie jusqu’à ce qu’une guide me dise que pour entrer dans la partie supérieure, il fallait monter une échelle et passer par un trou dans le sol... Hein? Après avoir monté 77 marches, vous voulez que je monte sur une échelle branlante et que je passe la tête par un trou dans le plancher.... Oui, et je l’ai fait! Et j’ai survécu! Et l’échelle n’était pas branlante, c’est une échelle métallique robuste et très solide, soudée et fabriquée juste pour cet endroit. 


L’ascension en vaut la peine : 77 marches d’escalier (puis une échelle), ce n’est pas si mal compte tenu de la vue que vous aurez. Nous avons fait la dernière visite de la journée et le soleil était juste au-dessus de l’horizon. Nous espérions un coucher de soleil mais il était encore trop tôt. C’était quand même magnifique. Le temps était clair ce soir-là et rien n’obstruait notre vue. Je me demande maintenant si j’aurais vu les États-Unis si j’avais apporté mes jumelles. La prochaine fois. 


Et j’espère qu’il y aura une prochaine fois, car j’ai dit aux guides que je voulais monter le phare pendant une tempête! Ai-je bien réfléchi à cette idée? Non, mais ce n’est pas grave, je vais le faire quand même.