Le Lady Melissa en mer.  
Le Lady Melissa en mer.  

Le Lady Melissa : 40 ans avec le même équipage

Richard Landry
YARMOUTH – Le senneur au hareng, le Lady Melissa chez Comeau’s Sea Foods, fait la pêche depuis maintenant plus de 40 ans. Baptisé le 13 décembre 1980, le senneur (chalutier) a été construit pendant un an et demi chez Ferguson Industries à Pictou.

Les premiers membres de l’équipage du Lady Melissa, et l’unique équipage pendant ces 40 ans sont tous de Pubnico-Ouest. Il s’agit du capitaine Glen d’Eon, de l’ingénieur et second capitaine Warren d’Eon, du conducteur du skiff Hubert d’Eon, du cuisinier Tom LeBlanc et des membres de l’équipage, Ken d’Entremont et Ryan d’Entremont (décédé en 2020). Un autre membre de l’équipage, Felton d’Entremont, est aussi décédé il y a quelque temps.


Ces pêcheurs font la pêche au hareng, et quelquefois au maquereau. Ils se sont rendus surtout dans les années 1980 dans la baie de Chedabucto et la baie Aspy jusqu’à North Sydney et à Louisbourg et aussi loin qu’aux Îles-de-la-Madeleine de novembre à la fin février. Ils étaient partis deux à trois semaines à la fois, faisant la pêche la nuit et apportant leurs prises surtout à Mulgrave où ils déchargeaient le hareng le matin avant de reprendre la mer en soirée. Les camions de Comeau’s Sea Foods et d’autres usines se rendaient là pour recevoir ou acheter le hareng. Il y avait environ 20 chalutiers qui faisaient la pêche par là à la fois. Les jours de pêche étaient déterminés par le vent. Durant l’été, ils pêchaient dans la baie de Fundy.


Ils font la pêche maintenant seulement dans la baie de Fundy et déchargent à Yarmouth, ayant déchargé à Saulnierville jusqu’en 1991. Ils prennent jusqu’à 240 tonnes de hareng qui est gardé dans l’eau réfrigérée dans la cale du bateau. Le bateau est capable de contenir jusqu’à 300 tonnes de poisson.   


Les pêcheurs ont connu beaucoup d’expériences au fil de leurs 40 ans sur le senneur. Ils ont vu jusqu’à onze jours quand ils ne pouvaient pas sortir faire la pêche au Cap-Breton à cause du mauvais temps. Ils en profitaient pour aller à la chasse. Comeau’s Sea Foods leur a fourni une voiture familiale qu’ils utilisaient pour se rendre à la chasse. « La voiture de couleur bleue foncée comprenait un écusson de Comeau’s Sea Foods sur la porte. Quand on allait dans les montagnes, le monde croyait que nous étions des officiers », a dit Hubert en riant.


Le capitaine Glen d’Eon a connu une mauvaise expérience. Il était à côté de la rampe près de la seine quand une bloque lui a frappé la joue. Il avait l’orbite d’un œil brisé avec son œil enfoncé dans la tête. On l’a couché sur un banc. Le Lady Melissa s’est dirigé immédiatement au quai avant qu’il ait subi une opération. On a pris des os de sa hanche pour réparer son visage. Si la bloque lui avait frappé en plein front, il aurait été tué.


Le « skiff » Hubert d’Eon était charpentier quand il est allé par hasard dans un skiff. Il a alors décidé qu’il voulait devenir pêcheur. Il a donc débarrassé ses outils, selon lui-même, et est devenu opérateur du skiff. Il a obtenu ses papiers de capitaine de classe 4, tout comme le second capitaine Warren d’Eon. Ensemble, ils ont vécu plusieurs expériences.


Les pêcheurs ont visité l’Isle-Haute, dans la baie de Fundy il y a environ 15 ans, quand le bateau s’est pris sur la côte de l’île. La marée, la plus basse au monde, a baissé et le bateau s’est échoué. Le capitaine Glen d’Eon a communiqué avec Comeau’s Sea Foods pour dire qu’ils allaient chavirer. Le bateau, cependant, est demeuré debout sur le côté et a pu flotter de nouveau à marée haute avant de s’en aller de là. 


Un autre incident qui a marqué les coéquipiers était la fois quand un chalutier a chaviré sur les bancs de pêche. Le Lady Melissa était tout près et a pu repêcher des pêcheurs tombés en mer, tout comme d’autres bateaux autour. Tout l’équipage a été sauvé sauf le capitaine qui s’est noyé et qui a été repêché par Hubert. On a procédé à la respiration artificielle, mais sans succès. Il y avait deux de ses pêcheurs avec lui sur le Lady Melissa. 


Ces membres de l’équipage viennent de terminer leur service sur le Lady Melissa. « On a fini. Ça va nous manquer de ne pas retourner à la pêche, a confié le capitaine d’Eon. Nous nous sommes bien accordés et nous étions tous de bons coéquipiers. Nous n’avons rien à nous plaindre, nous avons été très bien traités par les dirigeants chez Comeau’s Sea Foods. » Tous les membres sont septuagénaires. 


Quant à la condition du Lady Melissa, les coéquipiers ont tenu à le maintenir propre et en bon état. La laveuse, la sécheuse et le réfrigérateur, par exemple, sont les appareils originaux. Seul le moteur a été remplacé vers 2005. Les murs des chambres, les douches et les toilettes sont propres. « On prenait soin du bateau comme si c’était à nous, a dit le capitaine. Nous en étions fiers. On le voulait nette et présentable quand il y avait de la visite. Il y avait tout le temps du monde à bord.  Nous sommes tous de Pubnico depuis le commencement, on le considère notre bateau. J’ai été chanceux d’avoir une si bonne équipe. On n’a pas eu grands problèmes et très peu de pannes, peut être durant un total d’une semaine sur les 40 ans », a dit le capitaine d’Eon.


Pourquoi le nom Lady Melissa ? Le capitaine a expliqué que quand Bernadin Comeau, alors propriétaire de Comeau’s Sea Foods, a pris possession du bateau, il avait déjà nommé d’autres bateaux selon les femmes de sa famille. Il a donc demandé au capitaine d’Eon de choisir le nom et ce dernier a choisi celui de sa fille, qui se nomme Melissa. Il y a une plaque dans le bateau avec la photo de la jeune Melissa. Pour nommer un bateau, trois noms doivent être soumis au bureau d’enregistrement à Ottawa qui en choisit un parmi les trois. Pour assurer que le nom de Melissa soit choisi, les deux autres noms soumis étaient le Titanic et le Queen Mary. Le nom de Lady Melissa a ainsi été choisi. 


Bernadin avait une affinité avec Glen d’Eon, selon Noël Després, président actuel de Comeau’s Sea Foods. « Le capitaine était le premier de la flotte de hareng. Bernadin a envoyé Glen à Québec chercher le premier bateau de pêche au hareng. Les pêcheurs de Pubnico sont reconnus pour être parmi les meilleurs, estime Noël. Ils sont très fiables. Je suis fier que ça fait un jumelage entre les pêcheurs de Par-en-Haut et de Par-en-Bas. »


Billy Saulnier, gérant des ressources du hareng chez Comeau’s Sea Foods, a beaucoup apprécié lui aussi son travail avec Glen d’Eon et son équipage. « Ils étaient les premiers à sortir à la pêche et les derniers à finir la saison. Glen assistait à toutes les rencontres concernant le quota du hareng et était toujours là au besoin au bénéfice de la compagnie. Il continuait d’évaluer le stock et la taille du poisson pour les autorités. Il rapportait toujours en détail l’état du bateau et de l’endroit où il se retrouvait. Il était toujours prêt à aller à différents endroits. C’est le meilleur ambassadeur au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, selon Billy Saulnier. Son équipage établissait l’attitude de la compagnie. » 


Pour leur part, Hubert et Warren n’ont rien à dire de mal du capitaine. « Nous avons été traités comme il faut sur ce bateau par le capitaine et par les dirigeants chez Comeau’s Sea Foods. On nous connaît par nom et on nous fie. Nous avons été traités comme de l’or depuis que nous sommes venus ici », s’entendent-ils pour dire.


Avec la fin de l’ère du capitaine Glen d’Eon, un nouvel équipage du Lady Melissa prendra la relève sous peu. Le nouveau capitaine est Owen d’Entremont et l’ingénieur est Ted Amirault. Le capitaine va bientôt compléter son équipage.