Photo prise dans le village de Chéticamp il y a plusieurs décennies. À l’extrême gauche se trouve le bâtiment qui a été établi comme le premier hôpital de Chéticamp en 1931.
Photo prise dans le village de Chéticamp il y a plusieurs décennies. À l’extrême gauche se trouve le bâtiment qui a été établi comme le premier hôpital de Chéticamp en 1931.

La grippe asiatique de 1930 à Chéticamp a entraîné la création du premier hôpital du village

Rosie Aucoin-Grace
CHÉTICAMP : L’incertitude est partout autour de nous, jamais plus qu’aujourd’hui. La pandémie actuelle de COVID-19 a accru l’incertitude sur l’économie, l’emploi, les finances, les relations et, bien sûr, la santé physique et mentale.  


En ces temps difficiles, nous nous tournons vers nos travailleurs essentiels, les qualifiant même de héros communautaires dont la contribution à nos communautés est incommensurable. Prenez par exemple la direction et le personnel du Centre de santé communautaire du Sacré-Cœur et du Foyer Père Fiset. Ils se sont occupés avec diligence de leurs patients et de leurs résidents en appliquant des mesures et des protocoles de prévention, tout en étant aussi préparés que possible à une éventuelle épidémie. Ils ont dû s’adapter à une toute nouvelle façon de travailler impliquant des défis nouveaux et quotidiens et des changements continus à leur routine habituelle.

  

J’ai pensé que pendant notre pandémie actuelle, il serait intéressant de revenir sur une époque où l’on était mal préparé à des fléaux tels que la grippe et d’autres maladies. 

 

Vers 1795, une épidémie a causé la mort de nombreux enfants. En 1817, une fièvre terriblement contagieuse s’est installée chez les habitants de la région acadienne de notre comté. Au moins les deux tiers de la population étaient alités avec elle. Plusieurs d’entre eux sont morts. 

 

Il y eut d’autres épidémies, telles que la variole, la grippe espagnole et quelques cas de fièvre typhoïde. L’absence de conditions d’hygiène a permis à la tuberculose de faire son apparition à plusieurs reprises dans cette région. Elle était très contagieuse et constituait une maladie dont les remèdes populaires étaient impuissants et comparables à un cancer avancé.

 

Le premier cas de variole est arrivé à Chéticamp dans les années 1800, selon les estimations. C’est la famille d’Amable Chiasson qui a attrapé le virus. Selon certains anciens, cette famille résidait encore sur l’île de Chéticamp, mais les Chiasson en ont été chassés par le peuple Jersey en 1879. 

 

Apparemment, une famille de Margaree, apparentée à Amable Chiasson, avait la variole. Il était déterminé à leur rendre visite, même s’il avait été averti du risque qu’il prendrait. Il a contracté la variole, comme le reste de la famille.

 

Le docteur Napoléon Fiset, frère du révérend Fiset, était le médecin de Chéticamp, mais le vaccin pour contrer cette maladie n’était pas encore connu. On ne pouvait rien faire. Voyant que la variole ne pouvait être attrapée qu’une seule fois, des gens de Margaree qui avaient déjà eu la maladie, ont été amenés pour soigner cette famille de Chiasson. Malheureusement, Amable et sa femme sont morts, mais d’autres membres de la famille, deux filles et un garçon, ont été guéris. Tout le monde avait très peur de cette maladie. Amable et sa femme ont été enterrés dans l’angle sud-est du cimetière, dans un petit enclos, à distance des autres tombes. Ils n’ont pas été enterrés côte à côte. Amable fut enterré d’un côté de l’enclos et sa femme de l’autre, avec leur pierre tombale entre les deux, ce qui indiquait qu’ils étaient morts de la variole. Personne n’était autorisé à y creuser d’autres tombes et les gens avaient peur d’entrer dans l’enceinte.

 

La deuxième vague de variole est arrivée à Chéticamp en 1904. Tom (à Fulgence) Aucoin, de retour de Bangor, dans le Maine, dormait dans une maison et a attrapé des germes de variole qu’il a développés peu après son arrivée à Chéticamp. Heureusement, cette fois-ci, il y avait un vaccin pour combattre la variole. Le Dr Louis Fiset, neveu du révérend Fiset, vaccinait les gens dans le presbytère. Tout le monde à Chéticamp a été vacciné, mais Tom était très malade. Après une longue maladie, il s’est complètement remis. 


Ce printemps-là, la variole frappe également Saint-Joseph-du-Moine. Joseph Cormier, dit Joseph (à Michon) et sa femme sont infectés et meurent tous les deux. 

 

La troisième et dernière fois que la variole frappa Chéticamp a été en 1910. Cette fois, c’était chez Damase (à Jeannot) Deveau de Belle-Marche. Le couple n’a pas eu d’enfants, ni de descendants. Bien qu’ils aient été durement touchés, ils ont survécu. Aujourd’hui, nous sommes rarement touchés par la variole, car un vaccin est donné aux très jeunes enfants et cette maladie n’est plus redoutée.

 

À la fin de la Première Guerre mondiale, à l’automne 1918, une terrible grippe, appelée grippe espagnole, se répand dans le monde entier. Elle était souvent mortelle et surtout en Amérique, responsable d’autant de morts que la guerre elle-même. Attaquant les poumons et provoquant une forte fièvre, la maladie entraînait la mort du malade en quelques heures. Le cas de Vigeneault, capitaine du Kinburn, qui a fait le voyage de Chéticamp à Mulgrave, en est un bon exemple. Un soir, le Kinburn est amarré à un quai de Margaree, d’où il repartira le lendemain matin. Les membres de l’équipage sont partis se réunir dans le village, tandis que le capitaine est resté seul à bord. La fièvre l’attaqua soudainement et avec une telle force qu’au retour de l’équipage, il était déjà mort. 

 

Le docteur William LeBlanc est alors le seul médecin de Chéticamp.