De gauche à droite : Basil Doucet, Jaron Felix et Michele Pothier.
De gauche à droite : Basil Doucet, Jaron Felix et Michele Pothier.

Grâce à la collaboration et au réseautage, de jeunes entrepreneurs acadiens réussissent à lancer leur entreprise

Rosie AuCoin-Grace
CHÉTICAMP : L’abri, café restaurant et bar, à Chéticamp est un rêve devenu réalité pour les entrepreneurs Basil Doucet et Jaron Felix.

     Cette nouvelle entreprise, L’abri, résulte du soutien d’un réseau communautaire dynamique et est le fruit de travail acharné et de dévouement. Ce qui était tout simplement au départ une idée entre amis s’est transformé en une entreprise viable, une grande histoire de succession, et L’abri est déjà devenu un établissement très populaire.

     Avec les propriétaires, nous avons discuté de la façon dont tout cela s’est passé. Jaron explique que Basil et lui ont grandi ici et qu’ils s’étaient toujours dit qu’un jour, si possible, ils reviendraient à Chéticamp. 

     « Quand je suis parti à 18 ans, dit Basil, jamais je n’aurais pensé revenir m’installer dans cette communauté. J’adore cet endroit, c’est magnifique, mais j’ai toujours imaginé avoir une maison d’été ici, et non une résidence permanente. Il a fallu que je vive à Toronto pendant quatre ans, que je voyage dans 24 pays du monde avant de me rendre compte que c’est vraiment au Cap-Breton que je me sens le plus chez moi. Parfois, il faut étendre ses ailes pour voir ce que l’on a vraiment dans sa propre cour et l’importance que cela a dans sa vie. »

     Et Basil poursuit : « J’ai grandi avec mon père qui était dans le milieu des affaires, plus particulièrement dans le secteur du tourisme. J’ai toujours su que je voudrais un jour avoir ma propre entreprise. En habitant à Toronto, je me suis rapidement rendu compte que cela ne serait pas possible compte tenu du coût élevé de la vie en ville. J’ai aussi beaucoup réfléchi à la qualité de vie. Ici, nous avons la possibilité de faire du travail saisonnier pendant six à neuf mois de l’année, puis de nous reposer et d’apprécier la vie pendant la morte-saison. Recharger nos batteries pour ainsi dire. »

     « Nous vivons dans un monde où l’emploi n’est pas garanti. Si vous ne trouvez pas un emploi que vous aimez, vous devez en créer un! Surtout si vous tenez à vivre dans une zone rurale comme ici », précise Basil. « Enfin, à moins d’avoir une formation spécifique comme en soins infirmiers, en éducation, ou de faire de la pêche, quels sont les emplois disponibles ici? Il faut être créatif et trouver un moyen de gagner sa vie tout en appréciant ce que l’on fait. »

     « Comme Basil, j’ai aussi grandi dans un milieu d’affaires, dit Jaron. J’ai passé beaucoup de temps chez mes grands-parents et j’ai toujours été inspiré par comment ils travaillaient dur. Ils avaient commencé de zéro pour créer leur propre entreprise florissante. J’ai pensé aux nombreux sacrifices qu’ils avaient consentis en élevant leur famille. J’ai été tellement inspiré par ça quand j’étais jeune que j’ai commencé à peindre des coquillages et des roches, puis on m’a installé à l’avant du magasin général de mes grands-parents, pour vendre mes produits. On appelait ça ‘le petit phare de Jaron’. Il ajoute : À mesure que cet esprit d’entreprise m’est revenu, j’étais excité et, de plus en plus, je me rends compte à quel point l’art et la créativité s’appliquent à tous les aspects de ma vie. Je pense que c’est un facteur très important dans notre économie actuelle. Enfin, notre rêve et nos idées correspondent vraiment à ce que les gens recherchent : une expérience gastronomique unique. »

     Il y a de nombreuses facettes à cette histoire qui débute vraiment avec l’ancienne propriétaire de The Happy Clam, Michèle Pothier. « J’ai acheté le restaurant The Hometown Kitchen en 2013 et j’ai changé tout le concept. L ’entreprise est devenue le Happy Clam Café. De nombreux facteurs ont contribué à cette situation, mais il a fallu surmonter bien des obstacles pour se maintenir à flot, poursuit-elle. En janvier 2016, j’ai décidé que j’avais besoin d’aide et je suis allée rencontrer un conseiller en affaires des Services en affaires et en entrepreneuriat du Conseil de développement économique de la Nouvelle-Écosse (CDÉNÉ). Nous avons travaillé à la planification stratégique, examiné la concurrence, ainsi que l’industrie et les statistiques pour prendre des décisions éclairées et apporter des améliorations. On a fait un renouveau complet! J’ai vite compris que cela allait être très difficile, mais néanmoins possible grâce à des conseils et à une aide judicieuse. Nous nous sommes rencontrés une fois par semaine pendant plus de deux mois et ce fut une expérience formidable. Ça m’a totalement recentré! »

     « Je ne saurais trop insister sur l’aide que le conseiller m’a apportée. Avec lui, j’ai surmonté les obstacles qui m’empêchaient d’aller de l’avant. Cette transition vers la relève a été si gratifiante et a certainement changé ma vie, dit Michèle. Ce conseiller en affaires a eu le don de trouver les mots et les métaphores pour m’inspirer. Il m’a demandé si je faisais du sport, à quoi j’ai répondu oui! Il m’a alors expliqué : « Vois les choses comme ça : The Happy Clam est une équipe, et les autres entreprises sont aussi des équipes. Allez-vous gagner le tournoi? » Je connaissais le sport, affirme Michèle, et je peux certainement m’identifier à ce type de pensée et j’ai décidé d’y mettre le paquet. Au lieu de concurrence, j’ai pensé que les autres entreprises étaient davantage une rivalité et que je devais jouer mieux qu’eux. Je me suis mise à considérer les autres entreprises comme des rivales à battre. Comment allais-je pouvoir gagner cette fois? Cette nouvelle façon de penser a vraiment fonctionné, et mes finances se sont améliorées. Quand j’ai montré mon bilan de 2018 à mon conseiller d’affaires, je lui ai dit en riant : vous voyez, j’écoutais! J’étais sur la bonne voie! Michèle conclut en disant : « J’ai sué eau et sang et en plus je faisais ça toute seule! J’ai dû surmonter de nombreux obstacles personnels et financiers, mais j’en suis sortie gagnante et je me suis sentie tellement bien. Je pouvais maintenant faire preuve d’une rentabilité, ce qui était vital alors que je me préparais à vendre l’entreprise. » Je suis très reconnaissante de l’aide du CDÉNÉ, car sans eux j’aurais probablement abandonné! J’étais tellement épuisée et débordée lorsque j’ai rencontré le conseiller en affaires pour la première fois, mais grâce à son soutien et à ses encouragements, beaucoup de travail et de persévérance, tout est tombé en place. Je suis super excitée à l’idée que Jaron et Basil reprennent l’entreprise et je leur souhaite beaucoup de succès!

     La directrice de la Caisse populaire acadienne, Lynn Deveau, n’a que des éloges pour ses clients, Basil et Jaron. « Nous leur avons suggéré de rencontrer Jeannot Chiasson, conseiller en affaires au CDÉNÉ, afin d’élaborer un plan d’affaires, puis nous nous sommes rencontrés à nouveau pour commencer le processus d’approbation. Nous avons un excellent produit pour cibler nos membres et les membres potentiels qui achètent ou lancent leur propre entreprise ou même qui agrandissent leur entreprise », poursuit Lynn Deveau. Le Programme de garantie de prêts aux petites entreprises est un partenariat entre le Atlantic Central du Nova Scotia Co-operative Council, les caisses populaires participantes de la Nouvelle-Écosse et la province de la Nouvelle-Écosse. Les caisses populaires peuvent fournir du financement jusqu’à 500 000 $ sous forme de prêts à terme, de fonds de roulement et de marges de crédit. Les prêts peuvent être accordés pour une durée maximale de dix ans. La garantie maximale fournie par la province de la Nouvelle-Écosse sera de 90 % de la valeur du prêt à terme et de 75 % sur les marges de crédit, mais des garanties de 90 % peuvent être offertes aux personnes admissibles dans le cadre des volets de financement spéciaux. Cela signifie qu’au lieu de verser une mise de fonds de 35 % pour l’achat ou l’expansion d’une entreprise, les membres n’ont qu’à verser un acompte de 10 %. Quiconque est intéressé à savoir si son entreprise est admissible peut communiquer avec notre directeur des comptes commerciaux pour obtenir plus de détails. »

     Au sujet de ces premières étapes de l’entreprise, Basil explique : « Nous avons approché la Caisse populaire acadienne qui nous a donné des conseils financiers très utiles. Tel que suggéré, nous avons communiqué avec M. Chiasson, conseiller en affaires, pour qu’il nous aide à dresser un plan d’affaires. Honnêtement, sans cela, nous n’aurions pas été en mesure d’obtenir un prêt », indique-t-il. J’ai connu ce conseiller d’affaires après avoir travaillé pour lui alors qu’il était lui-même propriétaire de Wabo’s Pizza pendant six ou sept ans. Je lui faisais confiance, pas seulement en tant que conseiller en affaires, mais en tant que personne. Je savais que s’il examinait la question, qu’il élaborait un plan d’affaires et qu’il ne pensait pas que c’était viable, il nous le dirait. Le plan d’affaires en mains, nous nous sommes rendus à la Caisse populaire acadienne et avons présenté notre document de 46 pages, appuyé par de nombreuses recherches, et la Caisse a dit oui! Et Basil de conclure : Ces partenaires positifs ont été les catalyseurs, les forces motrices qui nous ont permis de mettre l’entreprise sur pied et de l’exploiter. Ces gens ont reconnu l’importance et les conséquences positives de l’investissement dans l’économie locale. »

     La gestionnaire Lynn Deveau a dit que le succès résultait de l’excellent travail d’équipe entre Basil, Jaron, Jeannot (conseiller en affaires CDÉNÉ) et la Caisse populaire acadienne. « Le dévouement, l’enthousiasme et le dynamisme des deux jeunes entrepreneurs ainsi que leur plan d’affaires très détaillé, voilà ce qui a amené la Caisse populaire à participer à cette entreprise commerciale. J’étais très enthousiaste à l’idée de ces deux jeunes entrepreneurs qui voulaient revenir à Chéticamp pour y acheter et exploiter un restaurant local. Ils connaissent bien la collectivité et les gens et ils ont une formation ou de l’expérience dans l’industrie de l’accueil. Nous espérons que Basil et Jaron connaîtront beaucoup de succès dans leur nouvelle entreprise et nous avons hâte de voir la relation d’affaires entre la Caisse populaire acadienne et L’abri croitre.»

     Et Jaron d’ajouter : « C’est très agréable! On sent que tout ce que l’on fait a un sens profond. Lorsque nous avons présenté notre plan d’affaires au conseiller en affaires du CDÉNÉ, ce n’était pas seulement pour nous un moyen de faire de l’argent. Nous recherchions un style de vie. Nous avons présenté l’idée comme un concept, pour favoriser un sentiment d’identité comme celui qui se dégage de Wabo’s Pizza, qui est un commerce vraiment ancré dans l’identité de Chéticamp. Quand les étudiants rentrent à la maison pour Noël et en d’autres occasions, ils ont hâte de retourner manger chez Wabo’s Pizza. Ils s’y sentent chez eux! Nous voulions créer la même atmosphère ici à L’abri où tout le monde est toujours le bienvenu. »

     Basil déclare fièrement : « Cela va de pair avec le branding. L’abri c’est évidemment un refuge. Comme on dit lors d’un suête : ‘J’allons nous mettre à l’abri, ou il faisait beau chez nous cabané à l’abri.’ Pour nous, c’est donc un endroit accueillant, un oasis où se détendre, un endroit où il fait bon passer après le travail, prendre un verre de vin et oublier les tracas de la journée. Nous voulons transmettre ce que cela signifie pour nous. Notre abri est pour la communauté, et tous sont les bienvenus. Il enchaîne : Quand vous commencez à regarder votre entreprise et à l’adapter à ce qu’un touriste veut, vous perdez votre créativité, votre sens de la valeur et votre fierté. Pour moi, c’est là que notre culture meurt. Nous voulons plutôt rajuster le tir et nous contenter d’aimer ce que nous faisons, en accueillant les gens et en trouvant des moyens de projeter ce qui nous rend fiers et heureux, et ce, en servant les gens de la région et les visiteurs, et en leur offrant une expérience gastronomique. »

     Jaron déclare en souriant : J’aimerais que les clients ne nous compartimentent pas parce que nous sommes plus que ça! Nous voulions créer un endroit qui nous représente. Nous avons entièrement transformé ce bâtiment, tout est symbolique avec une histoire qui y est rattachée. Comme ces œuvres d’art, Basil et moi sommes très différents et uniques. Dans notre nouvel espace, poursuit-il, nous jouons avec l’éclairage, la musique pour créer une ambiance qui peut vraiment évoluer au fil des heures. Nous aimons les défis et, une fois que nous avons une idée, nous allons de l’avant et il n’y a pas de limite! »

    « Cette entreprise commerciale nous excite terriblement, s’exclame Jaron. Nous avons une excellente équipe de serveurs et de cuisiniers. Nous avons vraiment eu de la chance, car il n’est pas facile de trouver de bons travailleurs. Nous avons des gens de l’extérieur et des gens de la région, ce qui donne un excellent mélange de compétences. Il faut constamment apprendre. Nous n’avons pas peur d’admettre que nous ne savons pas tout. C’est l’un des aspects les plus importants pour réussir en affaires. Ce n’est pas un one-man show. Notre succès repose sur les gens qui travaillent à nos côtés tous les jours. Ici, on est comme une famille et on se traite les uns les autres avec le plus grand respect tout en s’amusant beaucoup. »

     J’ai été très impressionnée par ces deux jeunes entrepreneurs avant-gardistes et j’ai ressenti leur fierté lorsqu’ils ont parlé de leur parcours, reconnaissant que ce succès résultait du soutien qu’ils avaient reçu de diverses sources. Basil a souligné que tout avait commencé par un remue- méninges entre deux amis. C’est un voyage de transition et de progression et c’était une proposition gagnante pour tous les participants! Le CDÉNÉ a été le dénominateur commun tout au long du processus; il nous a guidés, nous et Michèle, et il nous a aidés à fournir à la Caisse populaire acadienne un plan d’affaires gagnant. Sans eux, rien de tout cela n’aurait pu se réaliser. »

     Jaron a conclu : « Grâce à une grande coopération et au réseautage, ainsi qu’au soutien de nos familles et de la communauté, nous avons été en mesure de trouver un moyen de revenir chez nous pour vivre le style de vie dont nous rêvions. Notre maison, son histoire et sa culture nous ont inspirés pour créer un endroit qui inspirera les autres. Nos ancêtres étaient innovateurs - ils n’avaient pas d’autre choix que de travailler fort et de persévérer - et à la fin de la journée, ils aimaient se réunir et socialiser, un peu comme nous à L’abri. »