ÉVANGÉLINE Le Ballet

Dan Robichaud
BOSTON, 1939 – « Elle était légère comme une plume. Quelle merveilleuse partenaire! » Pour le danseur franco-américain Adolphe Robicheau, son ballet Évangéline était un chef-d’œuvre. « Ses yeux s’illuminaient vers une photo de lui et d’Evelyn dans leurs costumes acadiens », d’après les mémoires inédites de Lorita.

La première, à deux représentations, eu lieu au Jordan Hall, à Boston, le 15 avril 1939. Le ballet-pantomime est composé de quatre scènes : les fiançailles, Grand-Pré, l’expulsion et la Louisiane. Adolphe, âgé de 33 ans, tient le rôle de Gabriel et Evelyn Ford Galvin celui d’Évangéline. Ils sont soutenus par Arthur Vaillancourt, Elizabeth Doucette et les danseurs de l’Académie Robicheau. La musique est de Xavier Leroux et le décor est de Richard deFole. 


Les quotidiens de Boston en ont fait l’éloge et la critique.  « Un narrateur lisait le poème de Longfellow, la musique était spécialement écrite et il y avait plusieurs changements de scène. La production a clairement nécessité beaucoup de travail, les décors étaient assez élaborés, l’éclairage était de l’école classique et les costumes étaient nombreux et colorés.  De nombreux objets du pays acadien, hérités de la famille de M. Robicheau, ajoutaient une touche d’authenticité », précise un journaliste du Boston Globe.  


Le Boston Herald, quant à lui, a déclaré : « Poor Evangeline! Poor Ballet! Ils ont tous deux souffert hier après-midi dans les griffes de danseurs malhabiles.  La technique s’est résumée à une mauvaise posture, à l’absence d’une bonne ligne de ballet, à une chorégraphie lâche et à une exécution très bâclée. M. Robicheau lui-même ne sait pas danser et les postures, qui étaient censées passer pour de la danse, étaient très peu théâtrales... honnêtement, c’était terrible! »     


La critique n’éteint pas sa passion. Il installe son studio de danse, en 1944, au Manoir Appleton: La maison d’enfance de Fanny Longfellow. Là, il décide de refaire deux scènes du ballet. Ces pièces figurent au programme du festival annuel de danse en 1946. 


En 1955, les journaux de Boston réjouissent - Évangéline destinée au Canada! Selon Robicheau, il est l’invité du comité de Grand-Pré dans le cadre de la commémoration du bicentenaire. Bien que cette information parue dans les circulaires de Boston, il est probable qu’elle ne soit très précise. Il présente plutôt « La légende de Clare » dans le cadre du bicentenaire en Clare. Avec plus de 300 figurants, c’était le plus grand pageant de ce genre à la Baie Sainte-Marie. Il en reste un souvenir vivant. Le programme du pageant le confirme, des chorégraphies inspirées de son ballet y figurent; de plus, une photo d’Adolphe et d’Evelyn Ford Galvin apparaît à la suite du texte. Ambiguïté dans les journaux de Boston ou rêves gâchés à Grand-Pré? ... à la Baie Sainte-Marie, il est superstar! 


 Reprise ratée en 1960 : Dans un élan de nostalgie, Adolphe décide de faire tourner son Évangéline en Nouvelle-Écosse.  Il organisa un bal costumé à l’Hôtel Vendôme, à Boston, afin de ramasser les fonds.  Esthétiquement, l’événement est un succès; quelques consuls et politiciens étaient à l’assistance.  Malgré tout,  le bal n’a gagné que trentre dollars.  Ne s’avouant pas vaincu, Robicheau envoya une lettre au College Sainte-Anne, offrant une troupe de six pour un programme de ballet et une production d’Évangéline. « Ils n’ont toujours pas de spectacles comme ceux que nous pouvons faire... », raisonnait Adolphe.   Quand l’acceptation est arrivée, quatre danseurs se sont révoltés et ont refusé d’être accablés par ce qu’ils considéraient comme un trip d’ego. Le danseur Lou Labidini soutient que s’il devait danser gratuitement, il le ferait dans un collège de Boston où il serait tout aussi apprécié.   Robicheau est dévasté par cette mutinerie « Il est évident que je ne suis plus le maître ici! », dit-il. 


Le Festival Acadien de Clare accepte de payer le trajet d’avion pour Adolphe et Lorita (Loraine Ash) en 1961. Des extraits du ballet ainsi que des danses espagnoles sont présentés. Elle précise dans son manuscrit, « L’auditorium était rempli et le public nous a inondés d’applaudissements. Il avait prévu de danser trois numéros; je l’ai convaincu d’en faire cinq. Lors de la fête organisée par la suite dans son musée soigneusement restauré, La Vieille Maison, il est apparu évident pourquoi il aimait tant cette Acadie et ses habitants. » 


La dernière présentation est le 15 août 1976 au bicentenaire du Massachusetts, à la Massachusetts State House. Les jupes acadiennes portées trente ans auparavant par la troupe ont été recherchées pour la demi-douzaine de jeunes filles dans le rôle de l’héroïne et de ses amies. Il s’agissait d’une dernière visite avec un rôle très apprécié, d’une réunion finale.  Les sœurs d’Adolphe étaient présentes, tout comme  Elizabeth Doucette et Arthur Vaillancourt.  Tout près était assise la ballerine Evelyn Ford Galvin et Gabriel, un vieillard septogénaire.