Vieille photo de hôpital, du couvent, de l’école et de l’église Saint-Pierre du Sacré-Cœur dans les années 1930.
Vieille photo de hôpital, du couvent, de l’école et de l’église Saint-Pierre du Sacré-Cœur dans les années 1930.

Beaucoup d’histoire rattachée à l’ancien hôpital du Sacré-Cœur de Chéticamp

Rosie Aucoin-Grace
CHÉTICAMP :  Dans le numéro de la semaine dernière, j’ai expliqué comment une épidémie de grippe asiatique s’est propagée en 1930 à Chéticamp, entraînant de nombreux décès, et comment elle a motivé la décision de construire un petit hôpital - l’hôpital du Sacré-Cœur. Avec beaucoup de délibérations et une grande détermination, le révérend LeBlanc, ses paroissiens, Les Filles de Jésus (religieuses) et d’autres généreux donateurs, cet hôpital a été ouvert aux patients dès novembre 1931. Aujourd’hui, je continue cette histoire de courage et de ténacité alors que nos ancêtres s’efforçaient d’améliorer leur communauté.

Avant de venir à Chéticamp, Soeur Marie Ediltrude et Soeur Eliza Marie s’étaient rendues à Montréal pour acheter un stérilisateur qui avait appartenu au défunt docteur Edmond Aucoin. Ce stérilisateur serait utilisé par l’hôpital pour stériliser le linge destiné aux soins infirmiers des malades.

 

À cette époque, il n’y avait pas d’électricité à Chéticamp et les gens utilisaient des lampes à huile. L’électricité pour l’éclairage et les autres besoins électriques était fournie par des dynamos installées dans un entrepôt entre l’hôpital et la grange. Le courant électrique n’était pas assez fort pour charger le stérilisateur. Anselme Boudreau, membre du comité de construction, a trouvé une solution.

 

Le stérilisateur a été installé dans le bureau de la mine de gypse. Deux ou trois fois par semaine, Soeur Ediltrude se rendait dans ce bureau pour les besoins de la stérilisation. Anselme Boudreau et Placide Boudreau transportaient tous deux l’eau nécessaire à cette opération depuis la résidence de Johnnie (à Eustade) Aucoin, située à proximité du bureau de la mine.

 

Les Soeurs étaient très dévouées à la cause. Au début, Soeur Ediltrude était la seule infirmière diplômée. Pendant la nuit, les soeurs, surmontant la peur et l’anxiété, se rendaient souvent à la grange avec une lanterne, une hache et un seau pour obtenir la glace nécessaire aux cas de pneumonie, de fièvre, etc. La glace prélevée dans le port gelé pendant l’hiver, coupée en morceaux, était stockée dans la grange.

 

Lorsqu’il y avait des patients gravement malades, la religieuse de garde dormait sur un tapis dans le couloir près de la chambre du patient, car il n’y avait pas de système d’appel. Chaque patient avait une petite cloche, mais il était difficile de distinguer d’où venait la sonnerie. Pour aider à financer le système d’appel, Sœur Ediltrude a commencé à broder un ensemble de nappes et de serviettes. Cette loterie a permis de réaliser un bénéfice de 50 dollars, somme nécessaire à l’achat d’un système d’appel. M. A. Deveau, un électricien de Chéticamp a offert ses services pour installer le système.

 

En 1932, Sœur Marie Patricia et Sœur Marie Prudentienne arrivent pour travailler à l’hôpital. Sœur Marie Patricia était une infirmière diplômée très efficace. Malgré le dur labeur, les religieuses étaient heureuses et prêtes à aider « de si bonnes personnes ». C’est ce que les religieuses observaient souvent en disant : « Beaucoup de patients, toujours sous l’effet de l’éther, disaient leur chapelet. D’autres s’agenouillaient près de leur lit pour les prières du soir ».


Il est vite devenu évident qu’un hôpital de douze lits ne suffirait pas pour les besoins des gens de Chéticamp et de la région. En 1936, les Filles de Jésus décident de construire, à leurs frais, un hôpital plus grand de trente lits. Des plans ont été faits pour une structure à l’épreuve du feu. La construction débute en avril 1937 avec l’aide de plusieurs personnes de la paroisse. Anselme (à Charles) Boudreau, qui était alors directeur du bureau de la mine de gypse, fut la force motrice qui motiva le directeur M. MacFarland. La compagnie minière a prêté ses camions et la pelle mécanique exploitée par Paulite (à Paddé) Roach pour creuser le sous-sol. Curieusement, la pelleteuse, qui tombait souvent en panne lors des travaux de la mine, a travaillé sans aucun problème mécanique pendant toute la durée des travaux de creusement pour le projet de l’hôpital. 


À l’époque, une statue de Saint Joseph avait été placée dans une niche au-dessus de la porte principale du couvent et elle y est restée tant que le couvent a existé. La bénédiction de la pierre angulaire a eu lieu en juillet 1937. Sous cette pierre ont été placés des documents, quelques pièces de monnaie, de la mousse et de la terre prélevée sur la pierre de Massabielles à Lourdes, ainsi que les noms du révérend LeBlanc, de toutes les religieuses impliquées et celui de Sœur Marie Ste Agathe. La pierre a ensuite été encastrée par le révérend LeBlanc.


Pendant la phase de construction, tous les paroissiens ont été invités à donner du bois. Une fois de plus, la compagnie minière est venue à la rescousse en offrant l’utilisation de sa scierie. Tout le matériel, briques, acier, plaques de plâtre, équipement, etc. a été apporté gratuitement de Montréal par l’intermédiaire de la compagnie minière. Les gros bateaux, qui transportaient le plâtre en Angleterre, revenaient remplis de charbon pour Montréal, d’où ils revenaient vides à Chéticamp. Ils apportent gratuitement, de Montréal à Chéticamp, tout le matériel acheté pour l’hôpital. Le ciment nécessaire était également fourni gratuitement de la manière suivante : le bateau Bulkarrier transportait du plâtre de Chéticamp à la Canada Cement Company de Montréal ; il ramenait des chargements de ciment à Halifax. Ce bateau se déchargeait automatiquement à l’aide d’un auto-déchargeur, mais il restait toujours une certaine quantité de ciment dans sa cale de halage. Il n’était pas autorisé à prendre ce ciment, mais la permission lui fut accordée pour la construction de l’hôpital. À l’arrivée du bateau, le directeur, M. MacFarland, envoya ses ouvriers ramasser tout ce ciment laissé dans la cale et le mettre dans des sacs. Au bout de deux ou trois voyages, on avait récolté suffisamment de ciment pour la construction de l’hôpital et pas un sou n’a été consacré à ce projet.

 

Le contremaître avait été un M. Toutain de Trois-Rivières. Soeur Marie-Élisa, également de Trois-Rivières, avait été envoyée comme supérieure pendant la construction. La supérieure provinciale des Filles de Jésus, Mère Saint-Agathe elle-même, s’est rendue souvent sur place afin de favoriser la conclusion rapide des travaux.


Malheureusement, les plans de l’hôpital avaient été conçus sans tenir compte des terribles vents du sud-est de cette région, ce qui causa beaucoup de déception aux religieuses. Du côté battu par la suête, les fenêtres n’étaient pas assez solides, le mur de briques n’était pas assez isolé et les ventilateurs n’étaient pas assez puissants et plus encore.

 

À la grande joie des Chéticantins, l’hôpital fut achevé en 1938. Un hôpital moderne d’une capacité de quarante lits au coût de 95 514,00 $ pour la Congrégation des Filles de Jésus. Son personnel comprenait déjà trois médecins et dix infirmières. Les malades ont été transférés dans le nouvel hôpital le 31 mai 1938 et la première messe a été célébrée le 7 juin de la même année. La bénédiction du bâtiment a eu lieu le 20 juillet 1938.

  

En 1942, l’hôpital du Sacré-Cœur est heureux d’accueillir le docteur Gabriel Boudreau. Il exerce sa profession pendant un an à Port Hood, Margaree pendant cinq ans avant de s’installer à Chéticamp. Presque infaillible dans ses diagnostics, un très bon médecin et très respecté par la population, surtout par ses patients et par Les Filles de Jésus. Soeur Marie Ediltrude qui avait travaillé avec lui pendant de nombreuses années, le considérait comme l’ange de l’hôpital.

 

En 1947, l’hôpital a subi une dure épreuve. Le village de Pleasant Bay fut frappé par un violent incendie de forêt qui fit de nombreux blessés et provoqua l’évacuation de nombreuses personnes. Les habitants ont travaillé dur pour préserver leur maison du feu, mais ils ont dû rapidement s’efforcer de sauver des vies. Au même moment, des sections de l’île de Chéticamp étaient également en feu, d’où l’urgence de travaux pénibles et dangereux. 

 

Le docteur Poirier, qui pratiquait également dans le village de Chéticamp, scarifiait ses jours et ses nuits, jusqu’à l’épuisement. Il est mort peu après cet horrible incident. Grand médecin et chirurgien compétent, il était aussi connu pour sa grande charité. Sa mort a laissé Chéticamp et les communautés environnantes dans un grand état de deuil. Ses funérailles ont attiré une telle foule que l’église Saint-Pierre n’a pas pu les accueillir toutes.

 

Finalement, le docteur Ratchford, d’Inverness, établit sa pratique à Chéticamp et accepte de travailler avec le docteur Boudreau. En 1936, Anselme Boudreau, alors conseiller municipal, fait reconnaître l’hôpital par la municipalité du comté d’Inverness. Ainsi, en 1958, lors de l’entrée en vigueur du Plan d’hospitalisation, l’hôpital du Sacré-Cœur est intégré à ce plan. L’hôpital est resté la propriété des Filles de Jésus, mais après cette date, le gouvernement a eu la responsabilité de payer toutes les dépenses. Cela signifiait également que les religieuses recevaient des salaires, ainsi que les autres employés de l’hôpital.


(Ressources pour cet article : Histoire de Chéticamp et traditions acadiennes - Anselme Chiasson, Mémoires de Chéticamp - Anselme Boudreau et Archives des Sœurs de Sainte-Marthe d’Antigonish - Bulletin du 50e anniversaire en 1982).