Comme par le passé, le Tintamarre en voiture aura lieu le 15 août à 18 h à la Baie Sainte-Marie. Les participants pourront circuler sur le rond-point devant l’Université Sainte-Anne avant de s’en retourner chez eux. Photo du Festival acadien de Clare en 2018.
Comme par le passé, le Tintamarre en voiture aura lieu le 15 août à 18 h à la Baie Sainte-Marie. Les participants pourront circuler sur le rond-point devant l’Université Sainte-Anne avant de s’en retourner chez eux. Photo du Festival acadien de Clare en 2018.

Origine du Tintamarre

1955 : les origines du Tintamarre contemporain

C’est à Moncton, en 1955, dans le cadre des grandes manifestations organisées par l’archidiocèse pour marquer le 200e anniversaire de la Dispersion des Acadiens qu’avait lieu le tout premier Tintamarre. Mgr Norbert Robichaud avait émis une feuille d’instructions officielles, dont voici un extrait : « Mercredi, le 10 août à 7 heures du soir, les cloches de toutes les églises sonneront pendant deux minutes pour annoncer l›ouverture officielle des fêtes du bicentenaire acadien. Dès que les cloches commenceront à sonner, chaque famille se mettra à genoux, dehors, devant sa maison, et récitera à haute voix la belle prière du bicentenaire. Une fois la prière terminée, on fera pendant plusieurs minutes, un joyeux tintamarre de tout ce qui peut crier, sonner, et faire du bruit : sifflets de moulin, klaxons [sic] d’automobile, clochettes de bicyclettes, criards, jouets, etc. »

L’ouverture des fêtes du bicentenaire devant la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption à Moncton comprenait discours, prières, fanfares, danses folkloriques, cloches d’église et un « tintamarre ». Au cours de la cérémonie d’ouverture résonnèrent pendant cinq minutes des sirènes, klaxons d’auto, clochettes et instruments bruyants de toute sorte. 

Ce premier Tintamarre a rassemblé environ 5 000 personnes. Voici comment le journaliste et futur premier ministre du Québec, René Lévesque, l’a décrit sur les ondes du réseau national de Radio-Canada, alors qu’il assistait en direct à l’événement : « Ici à Moncton et dans toute l'Acadie, c'est l'heure du tintamarre. Ça [les auditeurs pouvaient aussi l’entendre], c’est le joyeux tintamarre qui résonne… partout où il y a un descendant des déportés de 1755... Il y a également la musique militaire, la fanfare de l'Assomption de Moncton qui fait des flonflons avec ses cuivres. Il y a de petits enfants qui crient... Écoutez encore, c›est la vie de l'Acadie française en 1955, deux siècles après la mort qu’on prévoyait. 

Une « tradition » réactualisée à la faveur du 375e anniversaire de l’Acadie

On ne trouve aucune mention de Tintamarre dans les années qui suivent 1955, jusqu’à ce que survienne le 375e anniversaire de l’Acadie en 1979.

Cette fois-ci le Tintamarre est centré à Caraquet et est devenu le plus grand Tintamarre annuel. Le 15 août, la rue principale de cette petite ville qui abrite les sièges sociaux de plusieurs organismes acadiens est fermée à la circulation et elle se remplit de milliers de personnes aux costumes fantaisistes, faisant du vacarme avec des instruments improvisés. Comme des milliers de touristes se rendent maintenant à Caraquet le 15 août, les retombées économiques de la fête sont aussi devenues très importantes.


Étant donné que l’Acadie s’est sécularisée depuis les années 1950, l’organisation du Tintamarre ne repose plus sur l’Église catholique en 1979, mais sur la Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick (SANB).

Selon un des principaux organisateurs, Georges Bourdages, le but était d’encourager la population acadienne à « réaffirmer son identité haut et fort » dans une manifestation ouverte à tous. Le slogan du 375e anniversaire, « On est venus c’est pour rester », était affiché sur des macarons, des enseignes et des autocollants. 

Le message transmis par la SANB était que les Acadiens pouvaient se sentir chez eux partout au Nouveau-Brunswick. Bourdages insiste sur le fait que le projet ne prévoyait pas que le Tintamarre soit centré sur Caraquet. L’événement devait être un moment clé de la fête du 375e. On était loin de se douter que le Tintamarre prendrait vite les allures d’une tradition.

L’année suivante, la SANB ne coordonnait pas les fêtes du 15 août, mais on organisa de façon spontanée un Tintamarre à plusieurs endroits. On décrit dans L’Évangéline les célébrations de cette année comme des « mini-tintamarres », sauf à Shippagan et Caraquet, où pendant environ une heure, un important défilé a circulé, les participants installés à l’arrière de camions frappant sur des tonneaux avec tout ce qui pouvait faire du bruit, pendant que les résidents sortaient de leurs demeures pour frapper sur des chaudrons.

À Caraquet, on a vite intégré le Tintamarre au Festival acadien qui se déroule depuis 1962 autour du 15 août. En 1981, lors du centenaire de la fête nationale de l’Acadie, la rue principale de Caraquet a été fermée à la circulation pendant qu'une foule de participants arborant les couleurs de l’Acadie traversaient le village à pied. On commence l’année suivante à se costumer et à se déguiser pour l’occasion, et le Tintamarre prend de plus en plus l’allure d’un carnaval.


La diffusion du Tintamarre en Acadie

En 1982, les autres communautés du nord-est du Nouveau-Brunswick emboîtent le pas et le Tintamarre se répand dans la région. 

En 1984, l’année où on fêtait le centenaire du drapeau acadien, on parle déjà dans les journaux du « traditionnel tintamarre », même si cette tradition n’existait que depuis cinq ans. 

Congrès mondial acadien 2004

La tenue du Congrès mondial acadien en Nouvelle-Écosse en 2004 a toutefois favorisé l’organisation d’activités pour marquer le Tintamarre à plusieurs endroits.

Il est certain que les organisateurs du Tintamarre de 1979 s’inspiraient de la coutume du charivari, comme en témoignent les articles de journaux, mais il s’agissait pour eux de récupérer des éléments d’une ancienne tradition pour en faire usage dans un nouveau contexte. Si l’on associe aujourd’hui le Tintamarre à des pratiques anciennes, c’est sans doute parce que l’on voudrait croire qu’un peuple qui a célébré 400 ans d’existence a conservé des coutumes de ses ancêtres.

Le Tintamarre est devenu en peu de temps un des principaux symboles de l’identité acadienne. Déjà en 1992, l’essayiste Jean-Marie Nadeau avait intitulé un ouvrage à esprit nationaliste Que le tintamarre commence : Lettre ouverte au peuple acadien. Dorénavant, quand il est question d’affirmer son appartenance à l’Acadie, le Tintamarre est au rendez-vous, peu importe le moment ou le contexte. En septembre 2006, par exemple, on a tenu à ce que l’inauguration du nouveau programme de formation médicale à l’Université de Moncton soit marquée par un bref tintamarre, expliquant qu’il s’agissait d’une « coutume acadienne ».

Le mot tintamarre

Le mot tintamarre est entré dans le vocabulaire à tel point qu’il fait maintenant partie de l’image de l’Acadie à l’extérieur des Maritimes. En Louisiane, le Département d’études françaises du Centenary College à Shreveport a depuis 1996 un journal étudiant intitulé Le Tintamarre, auquel s’ajoute une bibliothèque virtuelle des œuvres littéraires franco-louisianaises, la Bibliothèque Tintamarre. 

Le Québec prend part à son tour au mouvement. Le village de Saint-Liguori dans Lanaudière – où vivent des descendants de réfugiés acadiens du XVIIIe siècle – a depuis 2001 son festival acadien, la Fête du tintamarre. En 2004, le cinéaste québécois André Gladu a réalisé un long métrage consacré à la vitalité de la culture acadienne qu’il a intitulé Tintamarre : La piste Acadie en Amérique. Même la France se joint au mouvement et une semaine acadienne se déroule à Saint-Aubin-sur-Mer (Calvados), où les organisateurs du Tintamarre invitent les gens à descendre dans la rue « armés de crécelles, tambours et casseroles. »

Une adhésion populaire croissante au Tintamarre

Le Tintamarre est donc aujourd’hui une importante tradition annuelle qui symbolise la vitalité de la société acadienne. Pourtant, cette nouvelle « tradition », dont l’origine ne remonte qu’en 1955, doit son existence actuelle à la fête du 15 août en 1979. 

Cela démontre comment une nouvelle pratique peut très rapidement prendre l’allure d’une coutume ancienne. Il suffit que le peuple se l’approprie et s’y identifie, l’intégrant à ses rituels d’appartenance culturelle. 

Texte tiré d’un article
de Ronald Labelle
Université de Moncton