Le Jour de l’émancipation célébré pour la toute première fois

Diana Ombe
Diana Ombe
Pour la première fois cette année, le 1er août a été l’occasion de souligner le Jour de l’émancipation en Nouvelle-Écosse ainsi qu’à travers le pays. C’est ce même jour, en 1834, que la Loi sur l’abolition de l’esclavage est entrée en vigueur partout dans l’Empire britannique. Cette nouvelle commémoration vise à éduquer la population sur les différentes manières par lesquelles les communautés noires ont contribué à l’essor du pays, une initiative grandement saluée par les leaders afro-néo-écossais.
Juanita Peters, directrice générale du Africville Museum.  

Le Jour de l’émancipation est une commémoration de la fin de l’esclavage au sein des colonies anglaises, le 1er août 1834. Cette décision historique a permis à près de 800 000 esclaves d’ascendances africaine et caribéenne d’accéder à la liberté et à l’autonomie.


Le 24 mars 2021, la Chambre des communes du Canada a voté à l’unanimité afin que le 1er août soit désormais désigné Jour de l’émancipation : « Les Canadiens ne savent pas toujours que les personnes noires et autochtones ont déjà été soumis [sic] à l’esclavage sur le territoire qui est aujourd’hui le Canada […] Voilà pourquoi, le 1er août de chaque année, les Canadiens sont invités à mener une réflexion, à se conscientiser et à s’engager dans la lutte continue contre le racisme et la discrimination à l’égard des communautés noires », peut-on lire sur le site Web de Patrimoine canadien.


Quelques semaines plus tard, le 13 avril 2021, le ministre des Affaires afro-néo-écossaises, Tony Ince, a à son tour déposé un projet de loi désignant officiellement le 1er août comme Jour de l’émancipation.


Un impact social significatif 


Pour Vanessa Fells, directrice des opérations à l’African Nova Scotian Decade for People of African Descent Coalition (ANSDPAD), le Jour de l’émancipation permet de mettre en lumière le problème historique de l’esclavage dans la province.


Selon elle, le manque d’accent sur cette partie de l’Histoire dans le curriculum scolaire néo-écossais crée une sous-estimation de l’impact du Canada dans l’exploitation des communautés noires durant la période coloniale. 


« Il est important que nous parlions de cette partie de l’Histoire, car elle nous concerne tous. Avoir ces conversations et reconnaître ouvertement l’esclavage [qui a eu lieu] dans notre province nous permet de présenter l’impact de ce fléau dans le développement économique et social des communautés noires de la province », affirme Vanessa Fells.


Des discriminations raciales qui persistent 


Malgré que l’ancien premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Stephen McNeil, ait présenté en septembre 2020 ses excuses aux Noirs et aux Autochtones de la province pour le racisme systémique dans le système judiciaire provincial, les différences de traitement entre les personnes racialisées et le reste de la communauté restent flagrantes encore aujourd’hui en Nouvelle-Écosse.


En 2013, la Commission des droits de la personne de Nouvelle-Écosse a publié son Rapport sur le profilage racial des consommateurs de Nouvelle-Écosse. Cette étude a notamment mis en lumière que ce sont majoritairement les Autochtones et les Noirs qui se font le plus surveiller dans les magasins.


En 2017, La Presse canadienne rapportait qu’un rapport préliminaire de l’enquête publique sur la Maison des enfants de couleur (Home for Colored Children) de la Nouvelle-Écosse suggérait que les populations noires avaient des réticences à utiliser les agences publiques en raison de mauvais traitements précédents. 


Le même document relevait que les communautés racialisées continuent d’être surreprésentées au sein des organismes de protection de la jeunesse ou des services correctionnels, une situation ayant peu changé au cours des 40 dernières années. 


Le rapport complet est aujourd’hui disponible. 


Informer et sensibiliser


Pour Vanessa Fells, directrice des opérations de l’ANSDPAD, la plupart des discriminations auxquelles sont confrontés les Afro-Néo-Écossais résultent de l’esclavage et de la culture d’oppression mise en place dans les années 1700 et 1800.


Selon elle, il y a une corrélation entre l’ultra-surveillance des populations noires par la police après l’émancipation et la surreprésentation des personnes racialisées dans le système carcéral. Les deux phénomènes seraient liés aux stéréotypes auxquels sont confrontés les Noirs dans la province.


« Je pense ce que nous pouvons faire en tant que communauté pour changer ce problème, c’est de travailler avec les membres afro-néo-écossais et les dirigeants de la communauté noire. Nous pouvons commencer à avoir une conversation sur la race et l’héritage de l’esclavage dans la province […] Ce n’est pas une conversation facile, mais nous voulons que les gens comprennent notre histoire commune », souligne Vanessa Fells.


Cette opinion est partagée par Juanita Peters, directrice générale du Africville Museum à Halifax. Pour elle, le Jour de l’émancipation représente une journée d’information et de sensibilisation pour la communauté. 


Selon Mme Peters, la reconnaissance de cette journée va pousser les habitants de la province à s’impliquer davantage dans la lutte contre les injustices et la discrimination faites aux minorités. 


« Même si nous ne sommes pas en mesure de savoir comment une situation ou un phénomène va résonner avec le reste de la communauté, je pense que nous voulons tous et toutes créer un environnement inclusif […] Cet idéal d’inclusion passe par la reconnaissance de notre passé et la collaboration entre les différents groupes », explique Juanita Peters. 

Vanessa Fells, directrice des opérations à l’African Nova Scotian Decade for People of African Descent Coalition.