Gavin Fraser pendant son processus de création.  
Gavin Fraser pendant son processus de création.  

Gavin Fraser, premier compositeur en résidence à Lunenburg

Thibault Jacquot-Paratte
LUNENBURG : Cette année, pour la première fois, la Lunenburg Academy of Music Performance (LAMP) accueille un compositeur en résidence. C’est l’Acadien Gavin Fraser, originaire de Pomquet, qui a été sélectionné pour ce poste prestigieux. Il sera sur place de mai à septembre.

Une personnalité connue dans le monde musical provincial, Gavin Fraser a marqué la scène émergente en Acadie en se produisant comme artiste solo, ainsi que dans plusieurs formations telles que les groupes Metal Asokah et Cermin (Cermin a remporté le prix Frogstock 2012 et a effectué des enregistrements avec le soutien de Radio-Canada). Multi-instrumentaliste, il a été, de 2009 à 2017, membre de la Nova Scotia Youth Choir puis du Chœur national des jeunes du Canada. « C’est beaucoup d’influences différentes », dit-il, sans compter qu’il a également commencé à jouer de la musique folk dans les dernières années.


Après ses études secondaires à l’École acadienne de Pomquet, il se dirigea vers un B. Mus. en chant classique avec mineur en composition à l’Université Memorial. Après l’obtention de ce diplôme avec honneur, il reçut diverses offres pour entreprendre une maîtrise en chant classique ou en composition; il choisit l’Université McGill pour faire une maîtrise en composition en tant que compositeur en résidence pour les instruments à vent. « J’ai appliqué pour la section vent parce que c’était celle qui m’offrait le plus de possibilités », souligne-t-il. « C’est un des plus gros orchestres – environ 40 musiciens – et je voulais la possibilité de faire quelque chose de gros. » Sa maîtrise terminée, il fut invité par diverses universités pour entreprendre un doctorat en composition; c’est l’Université de Toronto qui retint son attention. « McGill et l’Université de la Colombie-Britannique m’avaient aussi fait des offres, mais je voulais un peu changer de ville, et il y avait le professeur Gary Kulesha ainsi que la scène musicale qui m’intéressaient beaucoup à Toronto. »


Le programme de compositeur en résidence de la LAMP lui permet désormais de travailler sur ses compositions à temps plein. La résidence aurait normalement amené le compositeur à donner des cours à des élèves venus des États-Unis ou du reste du Canada, dans le cadre de programmes d’études d’été. Il aurait également pu travailler avec d’autres compositeurs venus offrir des cours d’été tels que Dinuk Wijeratne ou Ana Sokolovic. Ces aspects de la résidence n’auront malheureusement pas lieu, à cause des restrictions liées à la pandémie de COVID-19.


L’objet principal de la résidence reste inchangé : offrir au compositeur la possibilité de travailler pendant cette période. De plus, Gavin Fraser pourra travailler directement avec le nombre restreint de musiciens qui peuvent être présents. En plus de travailler avec les musiciens en résidence à la LAMP, il devra, en août, préparer des concerts ou des enregistrements d’une de ses compositions (dépendamment de l’évolution de la pandémie et des mesures en place) avec la cheffe d’orchestre Barbara Hannigan et son ensemble Equilibrium.


L’occasion de faire jouer sa musique et de collaborer avec les musiciens est un des aspects de la résidence que Gavin Fraser souligne comme parmi les plus importants. Le jeune compositeur attire notre attention sur le fait qu’il est difficile de produire de la nouvelle musique orchestrale (pour de gros ensembles, comme pour des orchestres de chambre). « Pour de nouveaux compositeurs, nous n’avons pas souvent l’opportunité de composer de longs morceaux, ou pour des gros orchestres. On appelle cela parking music : les pièces de dix minutes environ que nous pouvons composer pour être jouées avant une symphonie de Brahms ou de Beethoven. Mais nous, nous n’avons pas vraiment la chance de faire jouer un opéra de deux heures si nous en composons un. » 


C’est un problème que le compositeur souhaite contourner pour sa thèse de doctorat, qu’il vise à finir dans l’année à venir. « Beaucoup de compositeurs font leur thèse, qui est de la très bonne musique, mais il n’y a pas les dispositions pour la faire jouer, alors ça reste écrit, et ce n’est jamais joué », constate-t-il. Pour contourner ce problème, le compositeur cherche à utiliser des éléments électroacoustiques et électroniques pour que ses créations aient plus d’ampleur; il projette un opéra où les chanteurs seraient accompagnés par un ensemble de chambre d’environ huit personnes.



Gavin Fraser.  

Enthousiaste malgré la pandémie, Gavin Fraser énumère plus d’idées et de projets en cours que nous pouvons en compter. Il est évident que cette résidence offre le temps et la concentration nécessaires à mettre sur papier la créativité de l’artiste, reconnue sans limites par ceux qui sont familiers avec ses œuvres. Il célèbre d’ailleurs durant cette résidence l’aboutissement de divers projets, dont une pièce pour voix narrative qui sera bientôt publiée par le Festival New Music à Toronto, une pièce pour guitare dont la première s’est faite en mars à la 21st Century Guitar Conference, et la sortie d’enregistrements d’un cycle de chansons lyriques Shared Isolation.